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> Effet Papillon ~ Tome III
post Mardi 11 Octobre 2011 18h00
| Message #1


Général

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Si vous découvrez ce topic sans connaître la fic, voici un petit avant-propos :
Il s'agit, comme le nom du topic l'indique, du troisième (et dernier) Tome de Effet Papillon, une fan-fiction Stargate commencée il y a quelques années sur ce forum et poursuivie sur le forum SciFi Fan-Séries (bientôt Le Multivers). Il s'agit d'une uchronie, un univers alternatif. L'hypothèse de base a été que, pour une raison précise, la rencontre entre les Ori et la Terre ne s'est jamais faite, forçant l'univers que nous connaissons à se poursuivre sur la lancée de la fin de la saison 8.

Les deux premiers Tomes sont terminés et disponibles aussi bien sur ce forum que sur SFFS et Fanfiction.net (plus de commentaires et de réflexions sur SFFS) aux liens suivants :
Tome I (version SGF)
Tome I (version SFFS)
Tome I (version FanFiction.net)
Tome II (version SGF)
Tome II (version SFFS)
Tome II (version FanFiction.net)


Le Tome III sur SFFS, avec toujours au moins un chapitre d'avance par rapport à ce topic.


Voilà. J'espère que cela pourra accrocher certains nouveaux lecteurs/nouvelles lectrices.

Quoi qu'il en soit, anciens comme nouveaux, bonne lecture !




















Tome III

Prologue :


- Atlantis, demanda-t-elle. Quand ont vécu ces personnes ? Celles dont nous avons eu les souvenirs ?
- Excellente question, lieutenant Bhosle, lâcha l’I.A. Arrivée plus tôt que prévu, je dois l’admettre, mais qui mérite sa réponse. A présent que vous êtes lancés dans la dernière ligne droite avant le début de votre véritable mission, vous et vos coéquipiers, ce moment est aussi bon qu’un autre pour vous expliquer la véritable teneur de ces souvenirs. Je pense, qu’une fois détaillée l’identité et la vie de ces personnes, vous comprendrez mieux pourquoi j’ai tenu à ce que vous partagiez des fragments de leur existence.
Shanti fut prise d’un frisson, alors que son esprit essayait, à toute vitesse, d’interpréter ce que venait de lui dire l’I.A. Elle posa alors les questions qui devait venir, et qu’Atlantis attendait forcément de sa part :
- Qui étaient ces personnes, lors de cette assemblée ? Pourquoi… Làkhesis les a réunies ?


- Elle avait voulu… changer les choses, répondit Atlantis. Une situation qu’elle jugeait inacceptable, et qu’elle comme d’autres avaient reconnu comme telle.
- Comment ça ? intervint Maltez. Qu’est-ce que ça a comme rapport avec notre mission ? Elle savait quelque chose sur Hagalaz ? Un moyen de la reprogrammer ou de la détruire ?
- Non, commandant, répondit Atlantis. Il s’agit en fait de votre véritable mission.
- De quoi est-ce que vous parlez, maintenant ? demanda Campbell.
- Làkhesis, ainsi que son groupe, avaient perçu des problèmes intolérables dans la façon dont leur civilisation, gérait la portion de l’univers qu’elle dominait
de facto. Le pouvoir était présent, mais restait inutilisé là où il aurait pu servir à protéger, à aider. Le tout au nom de lois antédiluviennes visant à protéger la nature des civilisations en développement. Ces lois, ils le savaient, avaient été établies après des fiascos aux conséquences colossales, mais que l’Histoire avait suffisamment analysés pour, en théorie, les éviter si des situations similaires se présentaient à nouveau. Le groupe a donc décidé de faire le nécessaire pour changer cet état de fait.
- Assumer leurs responsabilités en tant que superpuissance, en gros ? demanda le pilote.
- C’était effectivement l’idée initiale, et chaque membre de cette assemblée a commencé à jouer de ses contacts en vue de cet objectif.
- Et, ils ont réussi ? demanda Shanti.
- Non, répondit sommairement l’I.A. Leur mouvement n’a jamais réussi à soulever l’appui nécessaire à des changements aussi radicaux.
- Je vois… fit la jeune femme.
- Je devrais rajouter une précision. Il n’a jamais réussi car leur groupe était impatient. Décidé à faire passer son message en un temps bien trop bref pour une civilisation qui avait développé une inertie systémique dans ses idées et ses actions.
- D’accord, mais, quel est le rapport avec notre situation ? l’interrogea Maltez
- Le rapport, commandant, est lié aux conséquences de cet échec. Lorsqu’il fut relativement clair qu’il serait de toute évidence impossible de parvenir à une résolution positive de ce qui leur apparaissait comme une faiblesse majeure de leur société, le groupe mené par Làkhesis a commencé à chercher d’autres solutions. Leur société était, à leurs yeux du moins, irresponsable dans son refus de préserver des millions, des milliards de vies des aléas cosmiques, et il leur apparaissait crucial, en tant qu’êtres conscients, d’assumer ce rôle de protecteurs des faibles.
- Jusqu’à là, je ne vois pas vraiment le problème, dit Campbell.
- En effet, les intentions étaient tout ce qu’il y a de plus louables. Mais, comme je vous le dis, le groupe, et principalement le cercle central formé par Làkhesis et ses connaissances rapprochées, n’avait pas mesuré l’importance du temps de réflexion qui venait avec l’inertie décisionnelle. Des civilisations mourraient régulièrement, de façon anonyme, alors qu’un simple vaisseau de patrouille eut bien souvent suffi à empêcher la catastrophe. Ils ont alors pris la décision de contourner le système et d’acquérir le pouvoir par eux-mêmes.
- Un coup d’état ? demanda Maltez, avant de se corriger. Non, peu probable.
- Oui, il serait quasiment impossible de réussir une telle action, ne serait-ce que parce que les quelques forces armées ne suivraient jamais un tel mouvement, et que les citoyens eux-mêmes agiraient promptement. Mais, d’une certaine manière, il aurait été moins dommageable que vous ayez eu raison, commandant. Infiniment moins dommageable.
- Qu’ont-ils fait, alors ? continua-t-il.
- L’Ascension, répondit Atlantis.
- Mais, je croyais que les Ascendants étaient encore plus coincés sur la non-intervention, fit Shanti.
- Effectivement, lieutenant Bhosle. Et ce groupe a refusé.
- Oh non… souffla Campbell. Ne me dites pas que…
- Si, lieutenant, lâcha Atlantis. Làkhesis et ses partisans ont, à terme et après apparemment de nombreux échecs auprès des autres Ascendants, formé les Ori. Initialement pour avoir le pouvoir d’éviter ces tragédies à répétition et sauver ceux et celles que les Anciens, aussi bien avant qu’après l’Ascension, avaient décidé d’abandonner à leur sort. Mais avec les conséquences que vous savez…



La jeune femme avait senti le temps reprendre son cours, sans pour autant prêter une attention véritable à la disparition de l’état de conscience où l’avait plongée Atlantis le temps de la bataille. Elle ne portait, en fait, plus attention à rien, le regard perdu dans le vide, alors que son esprit n’arrivait pas à accepter la réalité.

Un avertissement vint résonner, perdu dans l’arrière-plan de ses pensées discontinues et incohérentes, signalant à Shanti que son vaisseau venait d’émerger du couloir hyperspatial qui l’avait éloigné du champ de bataille.

Du bûcher funéraire qu’était à présent devenu ce système stellaire anonyme.

Du lieu où l’un des siens ne reviendrait plus.

L’annonce, sans qu’elle sache pourquoi, perça et s’imposa à son esprit conscient un très bref instant, venant briser l’équilibre instable de ses émotions. Brusquement, Shanti sentit ses jambes faiblir, et elle se laissa tomber sur le fauteuil de commandement, perdue.



Carl ouvrit lentement les yeux, cherchant lentement à s’orienter, alors que l’ensemble de son corps se rappelait à lui au travers d’une indistincte douleur, le forçant aussitôt à crisper son visage. Pendant quelques secondes, le pilote ne fit rien d’autre que gémir, les yeux s’adaptant avec peine à l’obscurité ambiante. Il se reprit cependant rapidement, se rendant compte qu’il était à présent dans une pièce fermée, qu’il supposa sans trop de risques être une cellule.

Merde… qu’est-ce qu’il s’est… commença-t-il à penser avant de se rappeler brusquement l’influx d’énergie qui avait surchargé ses nerfs, lui donnant l’impression que chaque cellule de son corps s’était mise à bouillir avant de le plonger dans l’inconscience.

Et il n’avait pas oublié la personne responsable de cette douleur.

Pourquoi ? Qu’est-ce qui leur a pris, bordel ? Et… ah ! fit-il intérieurement alors qu’il tentait de se relever.

Une nouvelle brûlure l’avait pris au moment il avait cherché à s’appuyer sur ses bras, le surprenant et le forçant à se laisser tomber à nouveau sur la pierre froide qui formait le sol de sa cellule. Avec précaution, Carl se mit à tâter dans l’obscurité son bras droit, d’où était venue la sensation. Il trouva rapidement ce qu’il cherchait –et craignait, lorsque ses sens lui annoncèrent la texture particulière de la peau meurtrie par une chute.

Le jeune homme se figea brusquement, puis se mit à étudier du toucher les vêtements qu’il portait, pour se rendre compte qu’ils étaient dans un bien plus mauvais état que lors de son arrivée sur Dakara.

On m’a trainé sur je-sais-pas-quelle-distance. De mieux en mieux… Bon, allez, faut pas paniquer, faut pas paniquer. Qu’est-ce qui se passe ? … Je suis coincé, paumé et sûrement prisonnier quelque part, probablement sur Dakara. Ouais, ça, c’est clair, et ça m’aide pas vraiment. Remora s’est fait descendre par un enfoiré de première… de notre groupe. Et moi à mon tour… par le patron. Bande d’enfoirés. Vous travailliez ensemble, hein ! Faut que je me tire de là. Déjà savoir où c’est, ce là, ça serait plutôt bien.

Prenant mentalement note de tous les endroits de son corps où il avait été trainé sur le sol, Carl fit attention de les éviter en se levant à nouveau, et parvint à se hisser debout, pour être accueilli aussitôt par le bruit de son estomac.

Ca fait combien de temps que j’ai pas mangé ? Entre le voyage, le sprint et l’attaque… Non ! Pas le temps de penser à ces conneries, Carl. Concentre-toi !

Le pilote avança à tâtons dans l’obscurité jusqu’à trouver de ces bras l’un des murs à peine visible, puis suivit celui-ci de façon à trouver une éventuelle couchette ou un improbable lit. Lorsqu’il fut évident, après un tour de la pièce, qu’il n’y avait rien de tout cela, Carl retourna vers ce qu’il avait reconnu comme la porte et s’assit à côté d’elle.

Qu’est-ce qui s’est passé ? se demandait-il une fois de plus.


- Bande d’enfoirés, se répéta Carl sans se soucier de qui pourrait l’entendre.

Depuis qu’il avait repris conscience, le pilote n’avait cessé de réfléchir aux évènements qui l’avaient mené dans cette cellule. Il n’avait rien de plus que ses vêtements sur lui, tandis qu’aucun geôlier n’était passé dans cette prison où régnait un silence de mort. Un silence qui le mettait sur les nerfs, alors qu’il s’était habitué au bruit persistant qui caractérisait tous les vaisseaux où il avait vécu. Ces vibrations, les sons du quotidien qui parfois perçaient au travers des cloisons épaisses, s’étaient associées, dans l’esprit du jeune homme, au sentiment de sécurité. Relative, certes, comme ne pouvait que l’être la sécurité à bord d’un navire de guerre lors d’une période de crise, mais rassurante quand même.

A présent, il faisait face au silence, à l’obscurité et à la faim grandissante comme seuls compagnons de sa situation incompréhensible.

Ils l’ont tuée, et je vais porter le chapeau. Ils me l’ont dit, sans ambages. Je trahis mon unité, descends ma supérieure et suis laissé pour mort quand les officiers me démasquent… Bordel de merde ! Et les autres vont y croire, bien sûr ! Je ne serai plus là pour témoigner, comme par hasard…

Carl frappa de la paume de la main contre le sol, se défoulant et accueillant l’éphémère douleur venant masquer un instant celle de ses blessures superficielles.

Je vais les tuer… Bordel ! Qu’est-ce qui leur a pris de faire ça ? Pourquoi vouloir nous tuer maintenant ? Et puis… Bra’tac. Depuis quand on enlève un jaffa aussi haut placé ? En plus, c’est pas le meilleur ami de la Terre ? Je comprends rien à rien… Est-ce qu’il y a quelque chose à comprendre à ce foutoir, déjà ? Allez, Carl, faut que tu te barres d’ici, et ensuite, on pourra retrouver ces enfoirés. Faudra prévenir… attends… prévenir qui ? Je connais personne, et c’est mon supérieur qui m’a tiré dans le dos !

- Et merde, lâcha-t-il en comprenant légèrement mieux son problème.

S’ils étaient dans le coup, à qui je peux faire confiance ? Merde, merde, merde ! Les seuls qui me connaissent, ils sont sur le Connie, et ils croient que j’ai pété un câble, l’autre jour, avec ce transport à la noix. Et si les autres ont déjà raconté leur histoire, on me descendra à vue…

Brusquement, il fut ramené à la réalité lorsqu’un bruit de pas, au son métallique caractéristique des armures jaffas, se fit entendre et se rapprocha de sa cellule. Rapidement, Carl identifia au moins trois pas distincts dans le bruit qui continuait de se rapprocher.

Finalement, ce qu’il supposait être une patrouille s’arrêta devant sa porte, et, par réflexe, le pilote se releva, cherchant à se mettre dans une position correcte pour tirer le meilleur parti de la première opportunité qu’il verrait.

La porte s’ouvrit d’un geste, et il fut obligé de mettre la main devant ses yeux à moitié fermés pour supporter la lumière brutale. La première chose qu’il vit une fois sa vision revenue fut quatre jaffas se tenant à plus d’un mètre de la porte, lances armées et pointées dans sa direction.

Sans un mot, l’un d’eux jeta dans sa cellule une paire de bracelets épais tel que le pilote n’en n’avait vu que dans des musées des années auparavant. Il n’eut pas besoin de se voir expliquer ce qu’il devait en faire, et, ramassant le lourd objet métallique, s’entrava les poignets, sachant qu’il ne pouvait rien tenter dans sa position actuelle.

Survivre, m’échapper, et ensuite, je verrai. Une chose à la fois. Ah oui, et d’abord trouver quelque chose à manger, pensa-t-il alors qu’un jaffa confiait sa lance à son voisin avant de venir le prendre par l’épaule et de le tirer vers le couloir.


Carl, encadré par ses geôliers, traversa une série de couloirs faiblement éclairés à l’architecture légèrement dérangeante avant de se faire intimer l’ordre de s’arrêter lorsqu’il arriva devant une porte d’apparence différente de celles croisées jusqu’alors.

Après quelques secondes d’un désagréable silence, la porte se souleva devant lui, révélant une petite salle dans laquelle il vit une table, quelques chaises et des coffres de relativement grande taille. A côté de l’une des chaises se tenait une femme, que Carl n’eut pas de mal à identifier comme étant jaffa au vu du tatouage qu’elle arborait sur le front.

Il n’eut pas le temps d’observer plus longtemps la pièce comme son occupante, un brusque coup donné dans son dos le ramenant à la réalité et le forçant à se contorsionner pour ne pas tomber au sol. Le jeune homme se rattrapa in extremis en s’agrippant au rebord de la table, avant d’être à nouveau tiré par une main ferme qui le plaça sur la chaise. L’instant d’après, il sentit ses bras se raidir, alors que ses fers venaient de briller un court moment, s’immobilisant à hauteur de la table. Au même moment, il sentit d’autres liens se refermer autour de ses tibias, l’empêchant de se relever.

La femme devant se tourna en direction des gardes, et leur adressa un bref signe de tête, suite auquel ils les laissèrent, sans se retourner alors que la porte se refermait derrière eux. Elle reporta son attention vers Carl, qui préféra rester silencieux en attendant d’en savoir plus.

Elle eut un imperceptible sourire, puis se dirigea vers l’un des meubles en bois situés dans un coin de la pièce. Ramenant un broc et deux gobelets en métal, elle remplit lentement l’un et l’autre d’eau avant de déposer l’un des contenants près de Carl, quelques centimètres au-delà de ses mains entravées.

- Vous n’êtes pas un de ces petits trafiquants qu’ils m’envoient, fit-elle, exposant ce qu’elle savait être un fait. Vous êtes un Tau’ri. Personne ne vous cherche, et j’ai l’ordre de trouver tout ce que vous savez, humain. J’ai du temps, des moyens, beaucoup de questions et encore plus d’expérience. Mon nom est Ca’teya. J’espère que nous allons nous entendre, ajouta-t-elle, avec un sourire professionnel que Carl n’aurait jamais associé à un jaffa.
Le pilote ne dit pas un mot.

- Les Tau’ri sont réputés pour leur éducation, reprit-elle. Ils ne vous ont pas appris à vous présenter ?
Il la fixa du regard, puis, finalement, répondit :
- Carl. Je m’appelle Carl.
- Excellent, fit-elle, avant de faire un geste vers un appareil à son poignet.

D’un coup, Carl sentit ses bras retrouver leur liberté, les fers ayant cessé d’être fixés en position. Aussitôt, le pilote avança ses mains vers le gobelet, et prit celui-ci avant de le ramener péniblement vers sa bouche, les poignets toujours liés entre eux.

- Très bien… Carl. Vous avez compris ce qui va se passer. Je pose des questions, et vous y répondez. Si les réponses sont correctes, vous aurez droit à un peu de confort, et peut-être même à rentrer chez vous, une fois que cela sera possible. Sinon, vous souffrirez. Est-ce clair ?
- Qui… qui êtes-vous ? demanda-t-il à cette personne qu’il avait de plus en plus de mal à associer à la nation jaffa dont il avait entendu parler.
- Mauvaise réponse, répondit-elle sans laisser d’émotion percer dans sa voix.

D’un autre geste vers son poignet, elle causa une légère décharge dans les fers à nouveau immobilisés de Carl, qui tressaillit quelques instants.
- Est-ce clair ? répéta-t-elle.
- … Oui, fit-il.
- Parfait. Pour votre question, sachez juste que j’ai servi Ba’âl toute ma vie, lorsqu’il était trop occupé pour mener lui-même ses interrogatoires. Je vous l’indique pour que vous n’ayez pas de faux espoirs. J’ai appris du maître.

Carl ne put s’empêcher de déglutir, connaissant la réputation du dernier grand maître encore en vie. Ca’Teya eut un sourire appréciatif, puis reprit :
- Maintenant, vous allez m’expliquer exactement pourquoi vous êtes venu enlever maître Bra’tac.
- Comment ? Je ne l’ai pas…
- Mauvaise réponse, l’interrompit-elle en amenant sa main vers le système de contrôle des fers.




Après un briefing marqué par les fréquentes hésitations d’Anna face à son public restreint, les occupants de la pièce avaient finalement commencé à quitter la pièce, et l’archéologue fixait du regard la scientifique dont l’attention était fixée sur une membre de l’équipe SG.

- Stressée ? demanda-t-il lorsqu’Anna s’approcha de lui.
- Toujours un peu, oui, avoua-t-elle. Avec tout se qui se passe…
- Je m’en doute… Vous auriez vu ma première présentation sur la Porte, avec Jack, le général West et les autres. Je n’avais pas besoin du recul pour me rendre compte que je n’étais pas dans mon monde.
- C’est un peu ça… D’habitude, il n’y a pas autant de militaires devant moi.
- Ne vous en faites pas, ça va aller. Tant que vous ne les gênez pas, ils ne mordent pas, faites-moi confiance.
- D’accord, répondit-elle, son regard passant brièvement derrière Jackson avant de revenir vers lui.
- Je dois voir une dernière chose avec Sam, et je vous rejoins. Essayez de prendre contact avec SG-17, ils vont nous accompagner pendant quelques temps.
- Entendu, docteur Jackson, fit-elle, un poids visiblement ôté de ses épaules.

Il la regarda marcher d’un pas pressé vers la sortie de la salle, sans se retourner, et haussa les sourcils.
Jamais vu quelqu’un d’aussi facile à lire, se dit-il, avant de se reprendre. Ca pourrait très bien être un piège, Danny. Fais très attention. Non, qu’est-ce que je raconte… c’est forcément un piège. Il faut juste que je voie ce qu’il va viser…

Activant son oreillette, il prononça à vois basse le code d’appel de son amie, qui répondit presqu’aussitôt :
- Daniel ? Que se passe-t-il ?
- J’aurais besoin de te voir, Sam. Un détail administratif. Je peux passer ?
- Rapidement, alors. J’ai une douzaine de rapports à terminer pour ce soir, en plus de cet article pour Nature.
- Je ne te prendrais pas trop de temps, promis. Mais il faut que je voie ça avant de partir.
- Entendu, à tout de suite, Daniel.

L’archéologue sortit de la pièce, croisant le petit groupe qui était resté à côté de celle-ci, Anna étant apparemment en train de discuter avec les militaires autour d’elle. De prendre contact, pourrait-on croire au premier abord. Mais tout, dans sa posture, indiquait que son attention n’était que superficiellement portée sur le major qui parlait devant elle. Au contraire, et comme Jackson le voyait sans le moindre doute possible, la scientifique, aussi bien dans ses brefs coups d’œil que sa manière de se tenir, considérait la moins gradée de l’équipe comme la personne la plus importante dans son environnement immédiat.

Une conclusion que Jackson n’était pas prêt à rejeter immédiatement, alors que son regard croisait brièvement celui du major Scott :
- J’ai encore une chose à voir avec Sam, major Scott, je vous rejoindrai devant le sas. Je peux vous laisser Anna ?
- Pas de problème, docteur Jackson, répondit le major, habitué à la familiarité avec laquelle certains rares privilégiés parlaient de l’officier qui dirigeait la base du haut de son statut quasi-divin de général.

L’archéologue acquiesça, aussi bien pour Scott que pour Anna, et quitta l’attroupement qui commençait déjà à se déplacer. Pendant les quelques minutes de son court trajet, il eut l’esprit perdu dans ses pensées, et ne reprit conscience de son environnement immédiat que lorsqu’un garde en faction lui fit signe de s’arrêter.

Ce dernier le reconnut aussitôt, et, après confirmation de la part de Carter, lui laissa le passage.

- Alors, Daniel ? Qu’est-ce que je peux faire ? demanda-t-elle en levant les yeux de son écran une fois la porte refermée.
- Est-ce que tu as les dossiers complets de SG-17 ? fit-il sans introduction.
- … Oui, normalement, j’y ai accès sur mon ordinateur. Tu veux que je te les imprime ? Un problème avec quelqu’un ?
- Peut-être, oui…
- Le capitaine Hansen peut paraitre un peu distant, mais c’est un bon officier…
- Je ne parle pas de lui, l’interrompit Daniel.
- De quoi, alors ?
- Je crois que nous avons un lieutenant Tyler sur les bras, dit-il d’un ton sérieux, regardant sans amusement les yeux de sa collègue s’écarquiller.


A quelque distance de là, au milieu de groupe, Anna remarqua du coin de l’œil un détail qui continua de la mettre sur les nerfs. En effet, elle était presque certaine d’avoir vu l’Ancienne marchant près d’elle avoir un infime sourire.



- Qui ? demanda Carter au bout de quelques instants.
- Le lieutenant Ravenwing, fit l’archéologue. Je suis presque certain qu’elle n’est pas qui elle prétend.
- C’est une blague ? répondit la militaire en affichant le dossier sur l’écran devant elle. J’ai tout son parcours devant moi, avec les photos, les évaluations de ses instructeurs…
Carter releva la tête et croisa le regard de Jackson.
- Par pitié, continua-t-elle, dis-moi que c’est une mauvaise blague, Daniel. Si quelqu’un a pu s’infiltrer comme ça dans notre système, les conséquences…
- Je suis certain de l’avoir vue sur Atlantis il y a moins d’une semaine. Et juste avant, je l’ai croisée au SGC.
- Tu en es certain ?
- Oui. Elle était… je ne sais pas… différente, mais c’était bien elle. La posture, l’attitude… le regard. C’est elle. Maintenant que je l’ai croisée, j’en suis sûr.
- Elle était censée être en mission avec SG-17 pendant tout ce temps, souffla Carter en parcourant le dossier en diagonale.
- Oui, j’avais cru comprendre, fit l’archéologue.
- … Très bien, Daniel. Est-ce qu’il faut que j’envoie la sécurité l’arrêter ?
- … Non.
- Non ? s’étonna-t-elle. Tu viens me voir, tu m’expliques qu’on a une infiltration dans une équipe SG par une femme qui peut aller sur Atlantis sans que le reste de son groupe s’en rende compte, et tu me dis que je ne dois rien faire ? Qu’est-ce qui se passe, Daniel ? Dans quoi tu t’es encore mis ?
- Je ne sais pas encore, Sam. Mais tu devrais regarder les vidéos des caméras de surveillance pour notre briefing. Anna a immédiatement reconnu le lieutenant Ravenwing. Et, vu la tête qu’elle a fait à ce moment-là, elle doit en savoir bien plus sur notre intrus que moi.
- Tu penses qu’elle est liée à Atlantis ?
- Probablement. Ou, au moins, à cette mission… Essaie de vérifier un peu plus son dossier, et, si tu as le temps, trouve ses instructeurs, demande-leur de visu ce qu’ils savent d’elle.
- Oui, acquiesça Carter. Si c’est Atlantis, elle peut avoir monté tout ce dossier, mais… non, attends. Si on est dans un cas comme le lieutenant Tyler, les instructeurs pourraient se souvenir d’elle. Les phéromones peuvent faire de faux souvenirs.
- Pas longtemps, rappela Jackson. Et il y a trop de monde concerné. Même Atlantis aurait du mal à faire tenir une couverture pareille face à une enquête un peu approfondie.
- Modification de mém… non, trop de monde, matériel trop massif, réfléchit-elle à voix haute avant de lâcher un soupir. D’accord, je vais voir ce que je peux faire. J’ai quelques enquêteurs, au contre-espionnage, qui devraient pouvoir m’aider.
- Atlan… commença Jackson.
- Atlantis ne fera rien, l’interrompit Carter, si tous les contacts restent en face-à-face. Elle pourra savoir ce qu’on fait, mais ne changera rien.
- … Entendu.
- Et de ton côté, tu es sûr que tu veux continuer ? Ton opération me plait de moins en moins, Daniel.
- Je sais, et je suis d’accord avec toi, reconnut-il sans peine. Mais il faut que je continue, c’est notre seule chance de rester dans le jeu.
- Comment ça ?
- Atlantis prépare quelque chose de massif. Je ne sais pas quoi, mais elle ne ferait pas tout ça sans une très bonne raison. Et, quoi que ce soit, je préfère avoir une chance d’être là quand ça va se passer. Que nous ayons notre mot à dire ?
- A quoi est-ce que tu t’attends ? lui demanda Carter.
- Je ne sais pas, Sam. Mais tu as vu la situation générale… tout le statu quo est remis en cause, et elle a forcément un plan pour la suite, alors que nous ne faisons que réagir.
- Tu mises tout sur elle, réalisa son amie.
- Oui. Pas forcément avec elle, mais je préfère être aux premières loges quand ce qu’elle a prévu va se produire.
- Comme à l’époque, reconnut Carter. La prime au premier, c’est ça ?
- Exactement.
- … D’accord, Daniel. Je vais voir ce que je peux trouver sur cette… Ruth. J’essaierai de te tenir au courant autant que possible. De ton côté… fais attention, d’accord ? J’ai reçu un nouveau rapport du Concordia avant que tu n’arrives, et ça va de mal en pis.
- Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Une de leur patrouille s’est fait tirer dessus par un chasseur jaffa. Ils ont pu partir avant que ça ne dégénère, et personne n’a envie de vérifier si c’était délibéré…
- Bien sûr, éviter d’avoir une guerre ouverte autant que possible.
- Voilà. Mais ça ne durera pas longtemps, et tu es trop visible, Daniel. Au moindre problème, tu rentres, compris ?
- Je verrai. Merci du renseignement, Sam.



Lorsqu’il arriva enfin dans l’imposant hangar d’embarquement, l’archéologue n’eut aucun mal à identifier le groupe qu’il cherchait. Jackson se rapprocha aussitôt de la demi-douzaine de personnes, son attention fixée sur la femme aux cheveux particulièrement clairs et dont il ignorait aussi bien la véritable identité que le but.

Et ne remarqua pas, près d’un véhicule partiellement démonté à quelques dizaines de mètres de lui une autre femme qui fixait elle aussi l’Ancienne, avec un soulagement venant du départ imminent de celle-ci.

- Tout le monde est prêt ? demanda-t-il en arrivant.
- Oui, docteur Jackson, répondit le major Scott. Le poste de contrôle vient de nous appeler. La Porte sera activée dans cinq minutes. Des consignes particulières pour quand on sera là-bas ?
- Pas vraiment, hésita-t-il. Nous sommes juste là pour un rendez-vous. Si tout se passe bien, nous serons sur le site des fouilles avant la fin de la journée.
- Entendu, répondit l’officier. Vous faites tout le bla-bla, je suppose. Désolé, les négociations.
L’archéologue lui lança un regard dénotant une touche de lassitude et d’amusement à la remarque, avant de répliquer :
- Voilà, sauf si vous voulez discuter législation commerciale et jurisprudence corporative avec des requins Hébridans. C’est vous qui voyez.
- Je crois que je vous laisserai ce plaisir, docteur.
- Vous voyez, Anna, dit-il en se tournant vers la seule autre civile du groupe. Même le légendaire courage des équipes SG a ses limites. Tragique, non ?
- Absolument, releva-t-elle, amusée. Même si je suis aussi de leur avis.

Les militaires n’eurent pas le temps de répondre alors qu’un sous-officier s’approchait d’eux :
- Excusez-moi, le sas va s’ouvrir dans quelques instants. Veuillez me suivre, je vais vous conduire jusqu’à la Porte.

Jackson et Scott acquiescèrent, au nom de leurs deux groupes respectifs, qui les suivirent vers un tout-terrain. Anna, après quelques difficultés initiales, grimpa à l’arrière de celui-ci, s’installant sur l’un des deux bancs installés en travers du véhicule, alors qu’autour d’elle, les membres de l’équipe SG posaient leurs armes le long de leurs jambes après avoir vérifié leurs sécurités. Son regard croisa celui de l’Ancienne, et, prise de vertige, rompit presqu’aussitôt le contact, ne voyant que du coin de l’œil le sourire amusé de celle qui se faisait passer pour une jeune militaire.

Ses pensées furent interrompues par le départ brutal de l’engin, qui accéléra avec vigueur, menaçant de renverser la scientifique n’ayant jamais eu l’expérience de ce type de véhicule. Elle remercia à voix basse l’officier slave qui, sans un mot, avait amorti son début de chute, et tourna la tête vers l’imposante porte blindée qui achevait de se soulever, dévoilant la rampe d’accès à la surface lunaire. Anna s’agrippa alors à l’une des poignées prévues à cet effet et compensa l’impact du tout-terrain sur la pente puis sur le sol rugueux de l’astre lunaire.



Le véhicule les avait déposés à quelques mètres devant l’anneau multimillénaire, alors que celui-ci achevait de s’activer. Anna avait laissé son regard se perdre dans l’illusion de flaque qu’était l’horizon des évènements, puis descendit du véhicule, veillant à ne pas être déséquilibrée par le lourd sac à dos qu’elle portait désormais.

Elle vit Jackson dire quelques mots à leur chauffeur avant de leur faire signe d’avancer, et, sans hésiter, elle se joignit à la demi-douzaine de personnes qui allaient probablement être les seuls terriens qu’elle verrait pendant les jours ou semaines à venir. Autour d’elle, les militaires, tout comme Jackson, vérifièrent une dernière fois leurs armes avant de les mettre en bandoulière de façon aussi peu menaçante que possible pour avancer vers le vortex.

La scientifique croisa le regard de l’archéologue, et celui-ci acquiesça puis se retourna pour faire les derniers pas le séparant de la surface ondulante. Quelques secondes plus tard, elle franchit à son tour la frontière séparant l’astre lunaire du reste de l’univers.

Lorsque son voyage interstellaire s’acheva, elle ne put s’empêcher de regarder autour d’elle, de recueillir autant d’information que possible sur la civilisation dont elle serait l’hôte pendant quelques heures au moins. Ses réflexes académiques reprirent le dessus, et il lui fallut un effort de volonté pour ne pas sortir un carnet de notes et une caméra. Effort qui avait probablement dû être nécessaire à Jackson à son époque, elle supposait avec un léger amusement.

La Porte hébridane était à l’intérieur d’un bâtiment de grande taille, dont les murs intérieurs brillaient d’une fine couleur bleutée, qu’elle supposa provenir de boucliers d’énergie, tandis que l’activité était apparemment aussi intense que dans un aéroport international sur Terre. Son regard fut alors attiré par un mouvement sur le côté, et elle vit un engin aux formes relativement peu aérodynamiques quitter verticalement la surface du sol.

D’accord, pensa-t-elle. On est juste dans l’un des terminaux d’un spatioport. Logique, vu que la Porte est un moyen comme un autre de quitter leur planète, pour eux. Non, “doit être“, pas “est“. Pas d’hypothèses tant qu’on n’a pas de sources écrites de première main… Non, non, détends-toi, Anna, tu n’es pas ici pour préparer un rapport sur Hébrida !

Un peloton de gardes relativement bien armés et protégés les avait suivis des yeux depuis leur sortie de l’anneau, gardant leurs équipements à portée de main, mais sans pour autant faire de geste agressif face au groupe tout aussi armé qui venait d’arriver sur leur territoire. Elle vit l’un des gardes, un humain, quitter sa position pour avancer vers Jackson, et lut sur son visage une crispation certaine. Il ne faisait aucun doute pour elle que leur présence dans sa juridiction ne lui plaisait que fort peu, mais que ces terriens avaient suffisamment de réseau et d’amitiés très haut placées pour qu’il évite d’exprimer plus que de nécessaire son légitime ressentiment.

Lentement, elle se déplaça pour se mettre derrière la masse du groupe, et murmura aussi bas que possible :
- Nous sommes arrivés.
- Parfait, docteur Stern, répondit Atlantis. Maintenant, pourriez-vous éviter de chuchoter à l’intérieur de ce qui doit être l’un des endroits les plus sécurisés et surveillés de cette nation stellaire ? Vous ne faites rien de plus que risquer de vous faire identifier comme un agent de renseignements, alors que je sais pertinemment où vous vous situez en ce moment-même.


Les sept arrivants avaient rapidement été pris en charge une fois que Jackson eut échangé quelques mots avec celui était apparemment l’officier en charge des douanes. La scientifique avait légèrement écarquillé les yeux en entendant celui-ci présenter des excuses diplomatiques pour le faible comité d’accueil, et se rappela une fois de plus qu’il ne valait mieux rien dire pour le moment. La présence-même de Jackson était apparemment suffisante pour transformer l’étape administrative d’une expédition archéologique en une mission diplomatique, les regards et les mots de leurs hôtes soulignant l’importance qu’il avait aux yeux de beaucoup de monde.

S’attardant sur la structure du bâtiment, à l’architecture finement différente de ce à quoi Anna avait été habituée sur Terre ou Atlantis, elle ne remarqua pas la présence dans son dos jusqu’à ce que la voix féminine vienne la surprendre :
- Madame ?
Elle se retourna brusquement, revenant à la réalité, alors que la jeune femme à la peau sombre se tenait devant elle, la fixant d’un regard neutre.
- Excusez-moi, poursuivit-elle. Le personnel de l’ambassade est arrivé pour les armes.
- Pardon ? demanda-t-elle.
- Nous… devons leur remettre toutes nos armes, pistolets exceptés, madame. Les Hébridans ne veulent pas qu’on se promène dans leur ville avec des armes automatiques. Notre ambassade locale les gardera jusqu’à notre départ.
- Oh, d’accord. J’ai ça… dit-elle en indiquant les deux armes que l’archéologue lui avait fait porter.
- Il faut aller voir le docteur Jackson, madame. Il est avec les douaniers et notre personnel et s’occupe de ça.
- Entendu. Merci, lieutenant…
- Choukri, lui rappela la jeune femme.
- Désolée.
- Pas de problème, madame. Selon le capitaine Nasimov, la moitié des spécialistes civils se trompent déjà sur les grades, alors… fit-elle avec un fin sourire.
- Je ferai un effort, promit Anna.

Elle fit quelques pas et arriva derrière l’intruse de l’équipe, qui remettait à un civil son pistolet-mitrailleur, causant dans l’esprit d’Anna un infini soulagement dont elle n’aurait su déterminer l’origine même si sa vie en dépendait. Elle suivit ensuite du regard la femme aux cheveux clairs alors qu’elle passait les contrôles du poste de douane. La scientifique n’eut aucun doute quant aux résultats des tests, qui, elle le devinait, ne diraient que ce que désirerait l’Ascendante. Un bref instant, elle croisa le regard de Jackson pour s’en détourner aussitôt alors qu’un homme de petite taille, contrastant par sa posture avec celle de l’archéologue, lui adressait la parole d’un ton monotone :
- Veuillez mettre dans ce casier l’ensemble de vos armes et munitions à l’exception de votre pistolet d’autodéfense, madame, puis remplissez et signez le formulaire jaune, s’il vous plait.
- D’accord… répondit-elle en détachant son zat pour le poser dans un emplacement à sa forme dans le petit container. Où est-ce que je dois signer ?
- Avez-vous des munitions supplémentaires pour votre arme de poing, des explosifs ou autres armes ?
- Oh, oui, les chargeurs, fit-elle avant de sortir puis poser ceux-ci près de l’arme goa’uld. Rien d’autre.
- Très bien, madame. Je suis tenu de vous indiquer que toute utilisation de cette arme en-dehors d’un cadre strict d’autodéfense ou l’emploi d’une arme non déclarée exonérera le personnel de notre ambassade de toute obligation d’assistance légale. Les détails sont en page sept du formulaire.
Elle haussa des sourcils et se tourna vers Jackson.
- C’est tout le temps comme ça ? lui demanda-t-elle.
- Anna, nous voulons entrer dans un pays étranger. Que nous soyons sur Terre ou pas, il y a des règles à suivre.
- Je ne contestais pas, c’est juste que…
- Je sais, répondit-il. Au début du Programme, il n’y avait rien de bien écrit, mais plus maintenant.
Elle haussa des épaules avec un léger rictus amusé, puis reporta son attention sur le bureaucrate, qui lui tendait un stylo. Prenant celui-ci, Anna remplit rapidement les feuilles, identiques à des documents administratifs conventionnels, excepté pour certains noms et clauses plus exotiques.

C’est probablement aussi pour ça qu’il a accepté la proposition d’Atlantis, se dit Anna. L’imprévu doit lui manquer. Et Urth qui vient spécifiquement pour en rajouter une couche… Je ne veux pas savoir comment ça peut encore empirer…




Le jaffa ne savait pas comment il en était arrivé à cette situation.

Quelques semaines plus tôt, Van’Tet avait peut-être une mission relativement éloignée du sempiternel concept de bravoure guerrière, mais faisait clairement sa part pour protéger –à long terme, du moins– ses compatriotes et frères d’armes.

A présent, il avait été jeté dans une cellule, près du chantier spatial qu’il avait attaqué aux côtés d’un groupe de mercenaires, causant indirectement la mort de probablement plusieurs dizaines de jaffas, entre l’explosion et la fusillade. Et, lorsqu’il avait été dirigé avec les autres prisonniers vers des baraquements rapidement réaménagés, les regards s’étaient portés sur lui. Si ceux destinés aux autres mercenaires avaient transmis mépris et colère, il n’y avait eu que pure haine à son encontre.

Haine envers celui qui déshonorait l’arme et l’armure en trahissant la Nation ayant, après des éons de servitude, uni son peuple. Et ce, sans même une justification idéologique, juste pour des raisons vénales. Du moins, c’est ce que toutes les apparences hurlaient à son égard.

Et il ne savait pas comment s’en sortir.

Van’Tet savait qu’il devait choisir rapidement ce que serait la suite des évènements. S’il expliquait la vérité, à savoir qu’il avait été mandaté par Bra’tac pour infiltrer ce groupe de mercenaires et confirmer leur éventuelle participation aux opérations contre la Nation Jaffa, il pourrait probablement s’en sortir. En donnant assez de détails, de justifications et de noms, il avait raisonnablement confiance et supposait que l’information remonterait jusqu’à Bra’tac, et celui-ci le tirerait de ce mauvais pas. Au prix cependant de sa mission et de tout son futur dans cette spécialisation particulière, son visage et son nom désormais connus comme ceux d’un espion, relativement peu efficace par ailleurs.

Si, au contraire, il ne pipait mot, les risques devenaient largement plus considérables, et il risquerait de se faire exécuter avec le reste du groupe pour sa participation à l’attaque. Ou à l’attentat, selon le camp. Mais, si jamais une opportunité se présentait à lui, s’il parvenait à s’échapper, à faire s’évader les mercenaires capturés, alors il était sûr que sa couverture en serait sérieusement renforcée. Il pourrait se voir confier des tâches plus critiques, être dans un cercle plus restreint, et avoir accès aux informations autour desquelles tournait sa mission.


Un choix qu’il devrait faire rapidement, il le savait, alors qu’il écoutait attentivement le pas régulier et monotone des gardes placés dans le couloir devant sa cellule, un placard de stockage vidé et verrouillé de l’extérieur.

Et… comment leur expliquer que je suis à l’origine de la majorité des morts ? J’ai saboté les charges pour empêcher l’opération, oui, mais tous ceux qui étaient là, quand le premier Ha’Tak a été touché… Combien… de combien suis-je responsable ? se demanda le jaffa, ayant pleinement pris conscience de ses actes sur le trajet vers la détention.

J’ai… trahi tout le monde, en fait, conclut-il.



Les heures s’étaient écoulées, et, finalement, quelqu’un ouvrit la porte de sa cellule improvisée. Le jaffa n’eut que le temps d’apercevoir une arme pointée vers lui que l’éclair de l’intar s’abattit sur lui, le plongeant dans l’inconscience.

Lorsque Van’Tet se réveilla, il ne fit pas le moindre geste, respirant aussi silencieusement que possible, ne cherchant pas à se faire remarquer par un brusque changement de son souffle. Son entrainement lui dictait de se servir de tous ses sens pour prendre la mesure de sa nouvelle situation sans qu’un éventuel geôlier ne se rende compte de son réveil. Un jaffa particulièrement expérimenté serait à même de contrecarrer ce type d’efforts, mais, comme il lui avait été dit, un tel adversaire n’aurait probablement aucun mal à le neutraliser malgré une éventuelle surprise.

Heureusement, les maitres jaffas étaient rarement assignés à de telles tâches subalternes, et les prisonniers qu’ils se voyaient garder avaient souvent reçu un entrainement plus conséquent que celui de Van’Tet. Succession d’hypothèses et d’expériences vécues qui formaient le socle d’une tradition jaffa à laquelle seuls les quelques rares guerriers ayant une compétence pour la tactique avaient réfléchi. Des guerriers tels Bra’tac, qui avait modifié la façon dont cette tradition était enseignée aux membres de sa faction.

Et qu’il devait retrouver au plus vite, ainsi qu’il lui apparaissait alors qu’il devenait évident que le jaffa était seul dans une cellule où pas un son, pas une odeur et pas une vibration du sol ne venaient trahir une quelconque présence. Il se leva, et s’assit dans un coin de la pièce, ignorant l’odeur aigre et désagréable qui venait d’un tas de paille à l’opposé de celle-ci. La cellule avait déjà été utilisée, et son confort n’était apparemment pas une priorité pour ses gardiens.

Il inspira profondément, puis attendit, recommençant les exercices interrompus avant son transport vers ce nouveau logement, aussi exigu que le premier. Il ne savait pas combien de temps s’écoulerait avant qu’il puisse sortir de ce guêpier, mais il avait une bonne idée du délai avant lequel une nouvelle injection de trétonine serait nécessaire. Ralentir son métabolisme était la seule option pour éviter, ou du moins retarder, les premiers symptômes.

Son maitre les lui avait fait subir, volontairement, de façon contrôlée, pour qu’il puisse savoir de quoi il en retournait, et le motiver à prendre au sérieux des exercices de méditation que nombre de ses semblables avaient jugé obsolètes avec l’arrivée du produit miraculeux.

Il n’avait plus eu besoin de sermons ou de menaces voilées pour écouter et s’entrainer dans ce domaine.


Lentement, son pouls se mit à ralentir, tout comme sa respiration, alors que le jaffa se plongeait dans un semblant de sommeil, durant lequel il prit soin de faire, avec méthode, un point sur sa situation actuelle. Un autre avantage de cette technique, qui permettait de penser avec une clarté que peu de jaffa atteignaient dans leur état conscient.

Je suis prisonnier. Par d’autres jaffas. Ils croient… non, ils m’ont vu me battre aux côtés de mercenaires pendant une attaque sur le chantier spatial. Les mercenaires semblent ignorer que je les ai infiltrés sous les ordres de Bra’tac. Il est la plus simple des solutions pour être libéré, et, si nécessaire, continuer ma mission. Je dois convaincre quelqu’un de le contacter. Soit je dois avoir une raison de le voir, soit il doit avoir une raison de me voir. Je suis un prisonnier, il est un de nos plus hauts chefs. Je n’ai pas de preuve de qui je suis, donc il est difficile de les convaincre que je dois le voir. Comment faire pour qu’il ait à me voir ? Une raison pour qu’il ne passe pas par le système, et que le système admet. Le secret d’Etat. Il peut venir me rencontrer si le secret l’impose. Je dois donc les convaincre que j’ai un Secret. Un de ceux que seuls les Grands peuvent entendre. Qui justifient d’aller les déranger.


Lorsqu’il quitta l’état second dans lequel il s’était volontairement plongé, le jaffa n’eut besoin que de quelques instants pour se rendre compte de ce qu’il l’avait ramené à la conscience. Une autre série de pas se rapprochait de sa cellule, avec le rythme légèrement décalé par rapport à celui que se voyaient endoctriner les jeunes guerriers. Un rythme très légèrement plus rapide, qu’on lui avait appris à percevoir, et dans lequel transparaissait l’inconsciente impatience d’arriver à destination.

Ces gardes étaient là pour lui.

Il se leva et se plaça au milieu de la pièce, dans une posture ne laissant aucun doute sur l’absence de menace pour les futurs arrivants. Van’Tet ne laissa pas de surprise transparaitre sur son visage lorsque la porte s’ouvrit et qu’un jaffa pointa sa lance vers lui, sans rentrer dans la cellule.

- Mets-ça et suis-nous, cracha le garde, sans cacher son mépris tant dans le ton que le regard alors qu’il jetait des fers au sol.

Le jaffa inclina brièvement la tête, donnant un signe de soumission visant à assurer son adversaire de sa maitrise apparente de la situation, puis s’approcha des liens pour les mettre, le tout sans dire un mot.

En sortant de sa cellule, il s’efforça de retenir un sourire, alors qu’il savait que, désormais, il avait le contrôle des évènements. Son maitre l’avait formé à louvoyer dans ces cercles et ces jeux de pouvoir si particuliers de la Nation Jaffa. Ses expériences auprès des mercenaires l’avaient peut-être convaincu qu’il n’était pas le maitre espion que l’on cherchait à faire de lui à terme, mais il savait, en tant que simple fait, qu’il saurait jouer le Jeu que pratiquaient ses semblables.

Il était de nouveau dans son environnement naturel, et il n’aurait pas de mal à reprendre contact avec Bra’tac.


Avançant derrière l’un des gardes, et lui-même suivi par le reste de la patrouille, Van’Tet parvint rapidement à sa destination, qu’il supposa être une salle d’interrogatoire, où il devrait faire plus attention que jamais avant pour avoir une chance de ressortir vivant de cette prison. Suivant un protocole mis en place après l’évasion spectaculaire de trop, les jaffas l’immobilisèrent sur un fauteuil conçu à cet effet, avant de quitter la petite pièce sur un signe de tête de l’interrogateur.

Celui-ci, un autre jaffa à l’âge visible et au tatouage déformé, le jaugea du regard quelques instants, tout en s’approchant de lui avec la grâce mortelle du combattant expérimenté. Il contourna son prisonnier, passant derrière lui sans dire un mot, puis, soudainement, alors qu’il commençait à s’éloigner de lui, asséna un violent coup de poing dans le ventre de Van’Tet.

Celui-ci, le souffle coupé, n’eut même pas l’esprit assez clair pour remercier la trétonine de lui avoir évité la présence d’une larve qui aurait sans nul doute réagi… brutalement à l’assaut.

Lorsqu’il releva la tête, quelques secondes de halètements plus tard, il vit l’autre jaffa assis en face de lui :
- Traitre, dit-il d’une voix glaciale, sans émotion apparente mais où transparaissait pourtant une haine absolue.
- Je… commença-t-il avant d’être interrompu par une gifle.
- Tu ne parleras que quand je poserai des questions. Tu répondras vite, et bien. Si je suis satisfait, tu pourras peut-être mourir rapidement. Tu m’as compris ?
- Il faut que…

Une autre gifle, plus violente que la précédente, qui lui fit tourner brutalement la tête sur le côté.

- Tu m’as compris ?
- Oui.
- Qui vous a engagés ?
- Je ne sais pas.

A nouveau la vive douleur, que l’espion n’eut pas le temps d’anticiper, le mouvement de son antagoniste trop rapide pour ses yeux. Alors que la douleur laissait place à l’impression de chaleur du sang glissant sur son visage, il remarqua les lignes de métal qui recouvraient l’une des mains du jaffa. Aussitôt, il fut ramené à l’interrogatoire.

- Qui vous a engagés ?
- Je ne sais…

- Je suis patient, et je sais ce que tu peux subir, traitre, dit le vieux jaffa en reposant sa main après un nouveau coup. Qui vous a engagés ?
- Un autre groupe de mercenaires, souffla Van’Tet, pris au dépourvu par l’effondrement de son embryon de plan, brisé par la simple force brute.
- Lequel ?
- On ne m’a rien dit…

La main, dirigée par un expert, s’arrêta à un cheveu de son visage, comme figée dans le mouvement qui allait ravager celui-ci. En retirant lentement son poing, le jaffa commença à le questionner :
- Est-ce que Mal’Doran était là ?
Van’Tet, les nerfs endoloris et l’esprit occupé à supporter la souffrance, ne put se contrôler assez vite pour empêcher une brève réaction d’apparaître sur son visage, et vit l’interrogateur avoir un infime sourire.
- Pourquoi vous n’avez pas fait sauter le second Ha’Tak ? demanda-t-il.
Pendant un imperceptible instant, Van’Tet balaya autant de combinaisons que possible, puis se décida à saisir ce qui pouvait être une chance de reprendre le contrôle de la situation.
- … J’ai saboté l’opération, dit-il en grimaçant alors que ses nerfs continuaient à le faire souffrir.
Le vieux jaffa haussa légèrement ses deux sourcils avant de frapper à nouveau l’espion.
- Soit tu me mens, soit tu trahis tes nouveaux maîtres. Si nous étions encore dans les domaines de Déméter, j’aurais arraché ta larve avant de te saigner, animal.
- …
- Je le ferai, mais pas avant que tu m’aies tout dit. Parle ! Pourquoi tu les as trahis, après avoir trahi ta race ?
- Je… Il fallait que je prévienne Bra’tac.

Le regard de son interrogateur s’éclaira brusquement.

- Tiens donc… Et le prévenir de quoi ?
- Je ne peux rien dire… C’est trop important… Il faut que je le voie.

Le jaffa eut un petit rire amusé.
- Et bien, voilà une chose sur laquelle nous sommes enfin d’accord, traitre.
Devant le regard perdu de Van’Tet, il se clarifia :
- On aimerait aussi remettre la main sur lui.




- Lieutenant Bhosle ? demanda la voix familière d’Atlantis.
- Oui, répondit Shanti à voix basse.
- Croyez bien que ce n’était pas l’issue que j’avais initialement prévue, mais le commandant Maltez a pris la moins mauvaise décision dans cette situation.
- … Je sais.
- Nous ne pouvons plus nous permettre de perdre de temps, désormais. A présent que l’opération a été réussie, il est nécessaire de continuer sur notre lancée et de profiter du retard que prendront probablement les opérations de Hagalaz.

Shanti ne répondit pas, assise sur le fauteuil de commandement et serrant les bras contre sa poitrine, alors que les souvenirs de la petite bataille se mélangeaient avec ceux partagés par Tsippora, toujours présente dans une partie de son esprit.

- Lieutenant, vous devez prendre vos responsabilités, comme votre supérieur avant vous. Dès que les préparatifs seront terminés, vous partirez pour la suite de votre mission. Comprenez bien que, malgré ce qui vient d’arriver, la situation générale ne change pas le moins du monde : nous n’avons qu’une chance de nous préparer correctement à ce qui va venir, et, aussi injuste que cela puisse vous paraître, ce sont vos épaules qui vont devoir supporter ce poids.
- Mes ép… et Tom ?
- Le lieutenant Campbell est peut-être plus ancien en grade que vous, ce qui, dans votre structure militaire, ferait de lui votre nouveau supérieur, mais, dans les faits, il n’en est rien. Malgré sa résilience plus élevée que ce que j’avais initialement supposé, il n’a pas votre volonté et votre capacité à surmonter certaines situations, et il serait irresponsable de notre part à tous de le mettre en charge de votre groupe.
- … Comment ça ?
- Pour être plus claire, reprit Atlantis, votre ami ne répond pas aux critères de commandement en conditions opérationnelles. Pas du moins selon mes critères et selon les conditions qui vous sont imposées par cette mission.
- … Pas étonnant. Pas quand on voit ce que vous nous avez lâché sur le coin de la figure, Atlantis.
- Peut-être, mais d’un autre côté, vous avez démontré que vous possédiez les capacités requises pour mener une telle opération.
- Si vous le dites… fit-elle sans relever la tête.



Shanti se leva avec lenteur lorsque le flash s’estompa et que ses sens améliorés lui indiquèrent qu’elle avait changé de vaisseau. La jeune femme se trouvait désormais dans l’une des salles de commandement secondaires, et elle savait exactement où elle devait aller. Ce qu’elle devait faire.

Quittant quelques secondes plus tard la pièce, elle avança vers sa destination, d’un pas automatique, alors que son esprit était ailleurs, en train d’absorber autant que possible les innombrables émotions et souvenirs qui l’avaient surchargé au cours de la dernière heure.





Tsippora observait avec calme et détermination l’affichage stratégique, qui ne faisait que lui répéter ce qu’elle savait pertinemment depuis plusieurs décennies : son peuple était en train de perdre cette guerre, et la galaxie de Pégase serait bientôt perdue. Il n’en demeurait pas moins qu’elle continuerait à mener son vaisseau face à ces êtres cherchant à conquérir et à détruire les derniers symboles de ce qui fut autrefois une civilisation éblouissante.

De ce qui pouvait la redevenir, se corrigea-t-elle, même si elle savait que les chances étaient infimes.

A chaque instant, les enjeux devenaient plus importants, et les risques demandés par les vaisseaux toujours plus élevés, mais elle ne reculerait pas. Pas tant qu’un espoir de survie demeurerait.

Un comportement qui faisait d’elle une anomalie de plus en plus isolée au sein d’un peuple qui, tout au long de la guerre, avait fait preuve d’une lassitude, d’un désintérêt pour les affaires concrètes et ne se concentrait que sur l’Ascension.[/i]


Les coursives se ressemblaient toutes de façon différente sous son regard, tandis qu’elle identifiait sans l’ombre d’un doute sa position à bord du vaisseau. Ses pas la menaient vers le brasier émotionnel que son lien empathique lui permettait de ressentir, et qui la faisait souffrir autant qu’il faisait souffrir son dernier coéquipier, perdu dans le torrent qu’avait libéré Atlantis.

Elle ouvrit finalement la dernière porte, et, sans un mot, entra dans la salle de commandement, alors que ses yeux étaient fixés sur Campbell, qui, depuis sa position assis près d’un mur, ne levait pas le regard du sol clair.




- Tom, souffla-t-elle après avoir fait quelques pas à l’intérieur. Est-ce que…
Elle s’interrompit, sachant pertinemment la réponse à la question qu’elle s’apprêtait à poser par habitude.

Non, pensa-t-elle. Ca ne va pas du tout…

Elle en eut une autre confirmation en voyant, dans un silence de mort, le visage de son dernier coéquipier se soulever pour la dévisager. Le regard de celui-ci ne laissait pas transparaitre d’émotion, et seuls les clignements réguliers de ses yeux semblaient marquer le passage du temps. Avec prudence, la jeune femme tenta de sonder le pilote au travers du lien empathique établi auparavant par l’I.A., se voyant récompensée par un mur intangible.

Après un long moment, Shanti fit les derniers mètres la séparant de Campbell, et se ramena à sa hauteur, voyant le regard du pilote suivre son mouvement, sans véritable réaction. Le silence qui régnait dans la salle ne faisait que renforcer la pression qu’elle ressentait, effrayée de ce qu’elle allait trouver chez l’homme une fois ses défenses abaissées. S’il parvenait à les abaisser.

Finalement, Shanti leva lentement sa main et la posa sur son épaule, dans un geste aussi amical que possible. Instantanément, Campbell réagit en catapultant son bras vers la jeune femme, la plaquant sur la cloison où il était adossé une fraction de seconde plus tôt, tandis qu’il s’était repositionné dans l’instant, toujours accroupi mais immobilisant sa coéquipière. Celle-ci avait été prise au dépourvu, et n’avait pu arrêter l’attaque, seulement amortir le choc qui n’en était pas moins douloureux.

Elle toussa violemment, avant de fixer son agresseur du regard.
- Tom… Arrête… C’est… c’est moi, le supplia-t-elle, espérant ne pas avoir à le neutraliser par la force.
Le regard du pilote s’éclaircit l’espace d’un instant, et elle crut y voir le retour à la surface de son camarade.
- … Rind ? demanda-t-il lentement, d’une voix distante. Que fais-tu ici ? J’avais exigé d’être laissé seul.
- Tom… c’est moi, Shanti.
- Je… je vais bien. Tu as ton unité à préparer, alors vas-y, continua-t-il avant de relâcher sa prise.
- Qu’est-ce que tu… commença la jeune femme en reprenant son souffle.
- Rind ? recommença-t-il.
- … oui ? tenta-t-elle, ne sachant pas quoi faire.
- Promets-moi… ne joue pas à l’héroïne. Tu es ma dernière élève… ne gâche pas tout. Fais ce qu’il faut, mais…
- Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda Shanti.
- Je ne suis qu’un vieil hypocrite, cracha le pilote avec dépit. Presque tout le peloton y est passé, et c’est juste à elle que je…


-J’en suis navrée, lieutenant Campbell, mais cela était nécessaire. Vous comprendrez par la suite…
Shanti eut quasiment un second sursaut en entendant les derniers mots de l’I.A., n’en croyant pas ses oreilles.
-Qu’est-ce que… souffla-t-elle avant d’être interrompue par un second coup sourd sur la cloison proche.
La jeune femme s’approcha rapidement du pilote et le prit par les épaules pour l’obliger à lui faire face.
-Tom, calme-toi ! C’est pas de ta faute ! C’est même pas toi !
-Morts… tous morts, chuchota-t-il. Et c’était qu’une escarmouche… On sait rien, Shanti, rien du tout. Comment est-ce qu’ils ont tenu aussi longtemps ?


Les souvenirs revinrent aussitôt dans l’esprit de la jeune femme.

- Gaeriel, souffla-t-elle, en retrouvant le nom que le pilote avait murmuré la première fois qu’Atlantis leur avait insufflé ces mémoires.
- Je n’aurais jamais dû la faire venir. Elle n’était pas prête, dit-il sans émotion.
- Elle a fait ce qu’elle devait faire, dit Shanti.
- Non, répondit-il en se levant brusquement, rapidement imité par son interlocutrice. Je lui ai dit de partir. Elle aurait dû m’écouter ! Mais, non, elle n’en a fait qu’à sa tête ! Une fois de plus ! Une fois de trop.

Il fut pris de spasmes, et faillit trébucher, avant de se rattraper in extremis, faisant un large geste pour refuser le soutien de la jeune femme près de lui.
- Ca ira, Rind ! Je peux encore marcher tout seul ! aboya-t-il, dans une attitude si déconnectée de son âge et apparence que Shanti en eut ri si les conditions avaient été autres.

Shanti, silencieusement, se mettait à désespérer, alors qu’elle cherchait, sans succès, la moindre trace du pilote dans l’individu en face d’elle. Celui-ci, visiblement, souffrait tant au niveau physique qu’émotionnel, alors qu’elle ne savait rien ou presque de la personnalité qui l’habitait, et qu’elle-même avait du mal à réfléchir, le contrecoup émotionnel continuant à la toucher.




Tsippora avait vu de trop nombreux cas similaires, et savait que, tôt ou tard, elle serait dans une situation identique, à devoir faire face à quelque chose d’inacceptable, d’injuste, d’absurde, qui la ferait finalement casser. Elle pourrait se reconstruire, comme tant d’autres, mais ce qui était brisé ne pouvait jamais redevenir comme avant. Certains fragments manqueraient, d’autres seraient hésitants, et l’ensemble serait bancal.

Un état de fait aisé à accepter intellectuellement, mais bien plus dur lorsqu’il fallait y faire face, d’abord au travers des autres, puis finalement par soi-même.

Alors qu’elle avait déjà sa part de souvenirs hantant une partie de ses pensées, elle gardait au moins l’espoir que, le jour où il lui faudrait se reconstruire, l’édifice ne subirait pas trop de coups supplémentaires. Qu’elle ne verrait pas ceux qu’elle aimait mourir sous ses yeux, les uns après les autres, dans autant de batailles le plus souvent inutiles.

La seule chose qu’elle pouvait faire pour celui en face de lui était d’être présente. Le minimum pour un soldat dont les faits d’armes avaient plus d’une fois arraché la victoire des mains de la destruction. Pour un officier qui était affecté à la même base qu’elle, et qui venait de perdre brutalement une élève qui était devenue, au fil des ans, sa fille.


- Gwydion, souffla Shanti, laissant une partie des souvenirs et l’instinct de Tsippora lui indiquant le nom manquant. Elle avait choisi. Comme toi. Comme nous tous.
- Elle n’aurait pas dû…
- Elle aurait dû rester à la base ?
- Oui. Elle n’était pas prête pour ce genre d’opérations.
- Si. Elle connaissait les risques. On les connait tous. Elle est morte en... te couvrant, c’est ça ? En vous sauvant la vie, à toi et au reste de l’équipe ?
Il acquiesça en silence.
- Tu aurais fait la même chose pour elle, dit-elle avant de s’interrompre un instant et de prendre une inspiration. J’aurais fait la même chose pour toi… Tom.

Il la regarda comme si elle avait dit la dernière des absurdités.

- Je ne t’ai pas appris tout ce que je sais pour que tu ailles te faire tuer par le premier Fléau venu, Rind. Retiens bien ça : tu vas diriger tout le Corps avant la fin de cette guerre. Tu as le talent, et je t’ai formée. Ils ont besoin de toi, et ils ne le savent pas encore, alors tu ne vas pas jouer à ça avec moi, c’est compris ?
- Qu’est-ce que tu veux que je fasse, que je reste à l’abri pendant que les autres vont mourir ? répondit-elle du tac au tac, laissant Tsippora parler à sa place.
- Non, jeune fille. Je veux que tu ne jettes pas ta vie en l’air pour un vieux mentor qui s’est mis tous les politiques à dos et qui n’a plus longtemps à tenir avant que son équipe décimée soit dispersée. Tu as un avenir, pas moi. C’est clair ?
- Non, répondit-elle, sans le quitter du regard, la jeune femme se sentant comme spectatrice impuissante de l’échange verbal.
- Tout aussi bornée que Gaeriel, dit-il en laissant son regard dériver dans le vague. Et c’est avec ça que je dois former la prochaine génération… Ha !


Soudainement, la jeune femme vit un changement dans l’expression que portait le regard de l’homme en face d’elle, et elle y reconnut le jeune pilote perdu plutôt que le soldat vétéran d’innombrables combats et carnages. Sans perdre un instant, elle fit l’effort de volonté qui lui avait permis, plus tôt, de reprendre le dessus sur Tsippora, et se rapprocha brusquement de lui.






EDIT : je vi

Ce message a été modifié par Rufus Shinra le Jeudi 03 Novembre 2011 22h35



Effet Papillon :
Un avenir possible, moins sûr et plus complexe pour des galaxies porteuses d'un mélange explosif : vide de pouvoir, héritages vivants et ambitions multiples.
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Vous pouvez retrouver mon commentaire à la fin du prologue !

Ce message a été modifié par Vyslanté le Mercredi 12 Octobre 2011 07h40



« Je voyais ça moins… rouge.
— Proxima Centauri est une naine rouge. Vous vous attendiez à quoi ? Un énorme cube vert ? »

Rufus : En même temps, c'est un rite de passage pour toute organisation qui se respecte : tuer au moins une fois Jackson. Tout le monde l'a déjà fait...
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Evidemment, SGF n'avertit pas l'utilisateur et tranche dans le vif quand le post est trop long...

Bref, la suite et fin du Prologue. Merci Vyslanté ! (EDIT : et double merci pour avoir déplacé ton comm', c'est plus fluide comme ça)







[...]

Soudainement, la jeune femme vit un changement dans l’expression que portait le regard de l’homme en face d’elle, et elle y reconnut le jeune pilote perdu plutôt que le soldat vétéran d’innombrables combats et carnages. Sans perdre un instant, elle fit l’effort de volonté qui lui avait permis, plus tôt, de reprendre le dessus sur Tsippora, et se rapprocha brusquement de lui.

- Tom ! dit-elle en le prenant par les épaules et en le croisant du regard. Est-ce que tu m’entends ?

Pour toute réponse, il perdit un instant l’équilibre, et Shanti l’empêcha de tomber à la renverse, alors qu’elle sentait son corps se mettre à trembler et le lien empathique s’emplir de peur.

- Shanti… qu’est-ce… qu’est-ce qui s’est passé ? Pourq… Comm…

La jeune femme le serra contre elle, respirant profondément de soulagement, alors qu’elle chuchotait :
- Tout va bien… On est rentrés. Tout va bien…



La jeune femme sentait les émotions du pilote retrouver un semblant de calme, sans cesser de le serrer contre elle-même, trouvant dans l’étreinte autant qu’elle donnait. Inconsciemment, elle une pensée de remerciement pour l’I.A. qui avait eu la décence de ne pas chercher à interrompre cet instant de faiblesse que l’un et l’autre des derniers membres de SG-22 partageaient.

Puis, au bout d’un temps qu’elle n’avait pas cherché à mesurer, Shanti entendit à nouveau la voix de Campbell, dénuée du timbre spécifique à l’incarnation des mémoires étrangères :
- Shanti ?
- Je suis là, Tom… Je suis là.
- Qu’est-ce qui… s’est passé ? Qu’est-ce… qui nous… est arrivé ? demanda-t-il.
- On a… gagné, Tom. Ils ne reviendront pas avant longtemps. Tous les autres… ils sont à l’abri. Grâce à nous. On va réussir, Tom… répondit-elle en rassemblant autant de conviction que possible dans sa voix faiblissante. Ca va bientôt… finir.
- Non, fit-il, las. Ca finira pas. Ils ne me laisseront pas… Ils ne me laisseront pas partir.
- “Ils“ ? demanda Shanti. De qui tu parles ?
- Je… je ne sais pas. Ils ne l’ont pas laissé les rejoindre. Il ne pouvait plus… je ne peux plus… je…
- Calme-toi, Tom… on est en sécurité, c’est terminé.
- Pas le reste… On est foutus, toi, moi, le commandant… répondit-il, l’intonation à peine plus claire.
A l’annonce de son supérieur, la jeune femme baissa le regard, expirant lentement et sans dire un mot.
- Shanti ?
- …
- Qu’est-ce qui est arrivé ? demanda-t-il, laissant soudain une autre pointe d’inquiétude percer dans sa voix.
- Il y a eu… un accident. Un des vaisseaux allait s’échapper, on ne pouvait plus tirer.
Le pilote, comprenant ce qui allait suivre, ferma les yeux et laissa son visage exprimer le reste de sa réaction.
- Le commandant, continua-t-elle, la voix brisée. Il a fait… il a pris une décision. Il n’y avait pas le choix, il était le seul à côté…
- … non.
- Il est mort, Tom. On s’en est sorti, ils vont nous laisser… mais il est mort.
- …
- Je ne sais pas quoi faire, reprit-elle. Il n’y a plus que nous deux, on doit continuer, et… S’il te plait… ne me laisse pas tomber. Il faut qu’on tienne le coup… Je ne sais vraiment plus quoi faire.
- Qu’est-ce… pourquoi… pourquoi je ne me souviens de rien ?
- C’est de la faute d’Atlantis, répondit Shanti. Elle t’a balancé ces souvenirs. Trop.
- Non… ça, je m’en souviens. Enfin… je crois. Oui. C’est lui qui était là. Ou moi. J’en sais rien. On était là, on a attaqué, et puis… Je ne sais plus.
- Tu étais en train de craquer, Tom. Atlantis, elle se foutait de ce qui allait t’arriver avec ça, et… on croyait que tu allais y passer. Qu’il allait te… remplacer, t’effacer. Tu ne pouvais plus rien faire, pas dans ton état. Et tous les vaisseaux de ton côté avaient été pulvérisés. On t’a mis à l’abri avant que ça saute, dit-elle, n’arrivant plus à aligner ses pensées correctement. Je…

Sa voix se brisa, tandis qu’elle mettait inconsciemment fin à ses derniers efforts pour garder un semblant de posture, son poids basculant brusquement sur les épaules du pilote face à elle. Pendant un instant, leurs deux corps donnèrent l’impression de se diriger vers une inévitable chute, avant que Campbell ne parvienne à se redresser et à rattraper la jeune femme dans son mouvement, s’immobilisant dans une position inconfortable.

Lentement, il se redressa et l’aida à retrouver l’équilibre, croisant finalement son regard pour voir les larmes qui s’étaient mises à couler sur son visage sombre. Un visage qui se superposait à d’autres, familiers mais inconnus, qui s’imposaient à ses souvenirs quelques instants avant de s’estomper, originaires d’une autre époque et témoins d’individus ayant cessé d’exister des millénaires auparavant mais toujours vifs dans son esprit.

Ecoutant les contradictions qui s’entrechoquaient dans sa mémoire, Campbell fit ce que Gwydion aurait voulu alors faire mais s’était interdit à l’époque. Ce qu’il n’avait appris à faire qu’après l’avoir trouvée. Il fit ce que Thomas Campbell savait désormais vouloir et devoir faire, mais que tout le système lui interdisait. Un système dans lequel il vivait et qui n’était plus que décombres, là où il était concerné.

Il fit donc la seul chose possible, et serra à son tour la jeune femme contre lui, avant de passer la main dans ses cheveux d’un geste protecteur.


Ni l’un ni l’autre ne sentirent leur vaisseau passer en hyperespace.



- Bordel, mais qu’est-ce que ça veut dire ? lâcha finalement Campbell, après quelques longs instants de silence.
- Je crois que j’ai été suffisamment claire, lieutenant, répondit l’I.A. Je vous ai offert les souvenirs des individus coupables de la plus grande catastrophe de l’Histoire de mes créateurs.
- Mais pourquoi ? Qu’est-ce que ça… commença Maltez avant de s’interrompre brusquement. Qu’est-ce que… qu’est-ce que vous préparez, exactement ?
- Je
vous prépare, commandant. Vous et votre équipe, je vous donne le nécessaire pour que vous puissiez accomplir votre véritable mission.
- … Vous voulez attaquer les Ori, murmura le chef de l’équipe.
- A terme, oui. Dans le cas de la disparition de mes créateurs, la seule mission valable qu’il me reste à accomplir est de corriger les erreurs qu’ils n’ont pas été en mesure de réparer. Eviter que leur héritage ne coûte encore d’autres vies. L’opération actuelle n’est qu’une facette de cet objectif plus général, je pense que vous le comprenez.
- Hagalaz est une tarée, fit le pilote. On l’a compris, d’accord. Mais ça ne vous suffit pas de nous lancer à l’assaut d’une galaxie entière ? Vous allez nous balancer contre des
foutus Ascendants !
- Heureuse de voir que vous suivez la conversation, lieutenant Campbell. Mais il y a quelque chose que vous n’avez apparemment pas bien compris : la neutralisation de Hagalaz n’est rien de plus qu’une étape supplémentaire vers l’objectif qui est de détruire définitivement les Ori.
- Mais… demanda Shanti. Elle est aussi leur ennemie, non ?
- En effet, lieutenant Bhosle. Mais elle n’a, en elle-même, aucun véritable pouvoir, aucun moyen d’action autre que celui que ces alliés lui offrent. En frappant Hagalaz, une fois son offensive arrêtée dans le Petit Nuage de Magellan, ces alliés deviendront nôtres, et il sera possible, à long-terme, de développer un front commun entre nos différentes galaxies face à la menace créée à l’époque par les bonnes intentions de Làkhesis.
- Attendez, intervint Maltez. C’est n’importe quoi ! On ne sait même pas ce qui nous attend là-bas, comment on va frapper cette folle, quel genre d’espèces se sont alliées à elle, et vous préparez déjà une alliance pour attaquer une galaxie d’Ascendants ?
- Oui. Mais les différents points que vous avez soulevés n’ont aucune influence véritable sur l’objectif recherché. L’offensive contre Hagalaz sera un aspect tactique à mettre en place une fois sur le terrain, tandis que ces alliés potentiels ont déjà prouvé leur volonté de frapper les Ori par tous les moyens. Mes modélisations indiquent une grande probabilité qu’une alliance soit acceptée entre eux et la Voie Lactée.
- Sans vouloir vous déranger, continua Maltez, est-ce que vous êtes au courant que la Voie Lactée est un foutoir innommable ? Entre le SGC, les jaffa, les derniers Goa’uld, les Hébridans, les Luxiens et j’en passe, vous voulez que tout le monde se mette d’accord pour s’allier avec une autre galaxie contre une menace qu’ils n’ont jamais vue ?
- Bien sûr que non, commandant. Il ne serait pas constructif de vouloir impliquer aussitôt autant d’acteurs différents dans cette nouvelle structure. Il faudra se contenter du groupe le plus important à long-terme.
- Et qui donc ? demanda Campbell.
- Vous trois, répondit simplement Atlantis.

Une fois de plus, le silence se fit pendant quelques instants, avant d’être brisé par un simple mot prononcé par le pilote :
- Quoi.
- Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? ajouta Maltez.
- Simplement l’analyse la plus efficiente de la situation globale. Vous serez les individus ayant accès aux meilleures sources d’information, ayant réalisé le Premier Contact avec ces alliés, êtes indépendants des superpuissances locales, et bénéficiez d’une logistique à toute épreuve. Vous êtes donc les candidats idéaux pour préparer le terrain en vue de l’offensive contre les Ori.
- Mais qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? demanda Shanti. Même avec vos vaisseaux, même avec nos capacités, on ne peut rien faire de plus que nous battre ou menacer les autres !
- Elle a raison, fit Maltez. Nous avons peut-être plus de facilités que n’importe quel
individu, mais ce n’est pas avec ces vaisseaux que l’on pourra faire quoi que ce soit de valable. Si on tente de forcer les autres à nous suivre, on va juste partir dans une guerre totale.
- Je n’ai jamais parlé de forcer qui que ce soit à quoi que ce soit. Ce serait en effet contreproductif. Qui plus est, l’état actuel des forces de votre galaxie est, aussi bien qualitativement que quantitativement, ridicule. En aucun cas apte à peser un quelconque poids dans une éventuelle offensive ouverte contre les Ori.
- Et bien alors quoi ? demanda Campbell. Je ne comprends plus rien, qu’est-ce que vous voulez faire ?
- Vous devrez, en tant que groupe, préparer le terrain pour cette opération. A savoir vous assurer des objectifs suivants : que, le moment venu, l’ensemble des puissances notables de la Voie Lactée soit prêtes à participer, que leurs capacités militaires soient au moins à la hauteur de celles démontrées par Hagalaz, et enfin être en mesure, vous-mêmes, d’assurer la liaison et la coordination stratégique des différents éléments de l’Alliance.
- Mais… mais… bafouilla Maltez. C’est… vous avez vu ce qu’ils alignent, avec Hagalaz. On a des siècles de retard à rattraper. C’est impossible !
- Pas le moins du monde, commandant. Il vous faudra juste être patient et vous assurer de pousser chacun des acteurs dans la bonne direction afin d’arriver au résultat final espéré.
- Atlantis, fit-il en haussant le ton. Ce n’est PAS POSSIBLE ! Même si vous nous donniez tous vos plans, on ne pourra rien fabriquer, pas avant des décennies, des siècles entiers. Et qu’est-ce que vous voulez dire par “pousser“ tout le monde ? Ne me dites pas qu’on va faire de la politique !
- D’une façon, si, commandant, répondit Atlantis, de son habituel timbre de voix. Votre groupe devra infiltrer les centres de décision, monter des réseaux auprès des dirigeants, prendre un contrôle indirect de certaines structures. Et surtout, être patients. Nous avons un objectif juste, des raisons valables, mais la précipitation pourrait détruire notre seul espoir de vaincre les Ori une fois pour toutes. Tout comme elle a détruit le projet de Làkhesis, à son époque.
- Quoi ? C’est pour une… leçon de patience que vous nous avez balancé tout ça ? aboya Campbell, désormais furieux.
- En effet, lieutenant, c’était l’objectif principal : que vous ayez en permanence un rappel de ce qui arrive si l’on n’est pas prêt à prendre le chemin le plus long pour un projet d’une telle envergure. Je veux être certaine que vous connaissiez le prix à payer pour l’erreur de vouloir prendre des raccourcis qui n’existent pas. Et, croyez-moi, vous aurez fondamentalement besoin de ces rappels, autrement vous commettrez à votre tour la même erreur que mes créateurs.
- Qu’est-ce que vous voulez dire ? demanda Shanti.
- Comme vous vous en doutez déjà, il est irréaliste d’espérer atteindre les objectifs fixés dans un court laps de temps. Du moins, pas sans passer par des “raccourcis“ qui pourraient être tout aussi dévastateurs que les précédents, et il est évident, au vu de mes estimations de durée pour ces préparatifs, que vous aurez tôt ou tard le désir de contourner certaines difficultés par des moyens efficaces dans l’immédiat mais irresponsables voire dangereux à long-terme. Or, l’objectif final est à long-terme, d’où l’importance vitale de pallier ce risque dès que possible.

Shanti, lentement, rassembla les pièces, et une dernière question s’imposa à elle, qu’elle eut peur de poser, avant de finalement parler :
- Atlantis… Combien de temps est-ce qu’il nous faudra ?
- Mes estimations optimistes, lieutenant Bhosle, indiquent que vous serez prêts à mener la dernière phase de l’opération d’ici approximativement dix mille ans. Si vous avez alors joué correctement votre jeu, vous devriez être en mesure d’offrir à cette Alliance un partenaire pouvant peser son poids dans la lutte contre les Ori.

Une troisième fois, le silence se fit, brisé cette fois-ci par la jeune femme, qui répéta, incrédule :
- Dix mille ans…


Ce message a été modifié par Rufus Shinra le Jeudi 03 Novembre 2011 22h36



Effet Papillon :
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Le troisième prologue ! Hourra !

Un prologue qui part bien mal... Pour les personnages, hein. Tu leur en fait voir de toutes les couleurs, sur ce coup ci !


Oh concernant ce que j'avais appelé "réunion d'Anciens" dans un de mes commentaires sur le tome II... alors là la révélation... j'ai envie de dire...

O-M-G ! ... non, pas assez fort.
O-M-F-G ! ... toujours pas...
I-V-N ! .. c'est mieux.

Là, mais je suis O_O... Les Oris ! Et ben ça !


Et Atlantis... Dans le genre plan tordu, elle en tient une couche ! Un plan à looooong terme, encore pire que les crédits immobiliers ! Dix mille ans ! Pour une IA Ancienne déjà multi-millénaire, c'est pas grand chose, mais quand même... Et puis, c'est flippant, se dire que c'est une IA extraterrestre qui va guider l’évolution de notre civilisation pour la centaine de siècle à venir... brrrr.

Et concernant ce qui est sensé devenir une super alliance lactéenne (hum...) contre les Oris... C'est bizarre, mais je me suis cru dans B5 (avec tout le monde qui s'allie contre les Ombre, toussa toussa...)

Enfin, ça commence du feu de dieu ! Ça roxe du ponay même !


[Oui, je sais, c'est la copie conforme de celui d'SFFS. Mais je ferai remarquer qu'il s'agit du même prologue user posted image]



« Je voyais ça moins… rouge.
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Rufus : En même temps, c'est un rite de passage pour toute organisation qui se respecte : tuer au moins une fois Jackson. Tout le monde l'a déjà fait...
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Un mot… Le premier sur Effet Papillon… ou le deuxième… En tous les cas le premier pour la partie III.

Tout d’abord, Rufus, permets-moi de te féliciter pour ta constance et ton endurance. Vivre avec une histoire dans la tête durant de longs mois alors qu’il y en a sûrement beaucoup d’autres qui se bousculent dans ton imagination, et plus encore avec un récit en trois parties durant des années… sans jamais te lasser des personnages ou du récit lui-même : chapeau bas. Ce qui donne d’autant plus de mérite à ce qui va suivre.

Dans le début de ce troisième tome, tu fais toujours autant preuve d’inventivité. Tes intrigues sont complexes. Tu as su faire tien un univers balisé, dont les lecteurs / spectateurs des séries SG sont familiers, et lui insuffler des accents aussi personnels que réalistes. Ton vocabulaire est très riche, ton style d’écriture est direct et évocateur. Tu as le sens du récit et sait parfaitement le rendre captivant. Tes dialogues traduisent bien les sentiments, les intentions et les postures de tes personnages. Ils accrochent le lecteur et l’entraînent dans une aventure dont il a envie de connaître la suite… Enfin ce qui ne gâche rien, tu arrives à marier l’humour à la tragédie (Shanti et Campbell), l’espoir à la noirceur (Carl et Van’Tet), la violence (des "bourreaux") à l’humanité (de Jackson)…

Lorsque j’écris une réponse (ce qui est plutôt rare), c’est surtout pour signaler des maladresses ou un nombre incommensurable de fautes, ou encore les excès d’autosatisfaction de leurs auteurs (autrement dit, je n’ai pas l’habitude d’être particulièrement tendre). Ici, rien de tout cela. L’Effet Papillon est vraiment un texte d’une qualité vers laquelle devraient tendre les jeunes (et tenaces) auteurs de fanfics, ceux qui n’ont pas peur de se frotter aux difficultés (de fond comme de forme) d’un texte et qui ont l’envie d’aller au bout de leur création (et de se dire une fois leur récit achevé : "je l’ai écrit, je l’ai fini, j’en suis capable ! Ma fic n’allongera pas la longue liste des textes jamais achevés…").

Enfin, un conseil à ceux qui n’ont pas encore lu L’Effet Papillon : Allez-y !! Le texte, dans son ensemble, vous semblera long si vous ne faites que le regarder, mais prenez votre courage à deux mains, lisez-le, plongez dans l’aventure, et vous ne verrez pas le temps passer ! Les lecteurs de la première heure (et de la seconde !) ne pourront que vous le confirmer, je pense.



« Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve.» Antoine de Saint-Exupéry

____________________________________

Des soldats de la Première Guerre Mondiale luttent pour leur vie, et pour la survie d’une humanité qui n’est plus exactement celle qu’ils pensent être...
Récit steampunk à lire sur :
http://scifi-fanseries.forumpro.fr/t3089-les-larmes-de-cassandre-1-2-quand-l-alouette-a-chante
http://scifi-fanseries.forumpro.fr/t3090-les-larmes-de-cassandre-2-2-la-veuve


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QUOTE (Ihriae @ Lundi 24 Octobre 2011 15h16)
Les lecteurs de la première heure (et de la seconde !) ne pourront que vous le confirmer, je pense.

Et plutôt deux fois qu'une. wink.gif



Il n'y a que deux erreurs que l'on puisse commettre sur le chemin de la Vérité : ne pas aller jusqu'au bout, et ne pas s'y engager.
-- Siddharta Gautama Shakyamuni

[Blackeagle]La CSB agit dans l'ombre pour éclairer le monde.
[Rufus Shinra]Elle agira dès qu'elle aura retrouvé sa lampe de poche, en fait.
[Blackeagle] Réplique collector :D
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QUOTE (Blackeagle @ Lundi 24 Octobre 2011 17h46)
 
QUOTE (Ihriae @ Lundi 24 Octobre 2011 15h16)
Les lecteurs de la première heure (et de la seconde !) ne pourront que vous le confirmer, je pense.

Et plutôt deux fois qu'une. wink.gif

Indeed happy.gif



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Rufus : En même temps, c'est un rite de passage pour toute organisation qui se respecte : tuer au moins une fois Jackson. Tout le monde l'a déjà fait...
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Chapitre 01 :

Ca’Teya s’était montrée aussi professionnelle et patiente qu’elle l’avait indiqué à son prisonnier, affichant le même visage neutre et légèrement amical lorsqu’elle posait une question ou activait les décharges visant à le punir. A aucun moment, elle n’avait tendu de piège à Carl, lui indiquant de façon claire et posée ce qu’elle attendait de sa part.

Quelque chose qu’il ignorait.

Le jeune homme n’avait entraperçu qu’un seul instant le corps inerte du jaffa disparu, et n’avait aucune idée des tenants et aboutissants du complot qui avait mené à cet enlèvement et à sa propre situation. A plusieurs reprises, il avait tenté de clarifier cet état de fait, mais sans le moindre succès, ses dénis ne lui valant qu’autant de souffrances expertement dosées.

- Quelle était votre mission ? demanda-t-elle à nouveau. Qu’est-ce que vous deviez faire après avoir capturé Bra’tac ?
- Je n’en sais rien ! Je n’ai rien à voir avec ça !
- Vous m’avez déjà raconté votre histoire improbable, et j’en suis fatiguée, Carl.
Elle activa une fois de plus les décharges dans les fers de son prisonnier, et continua à lui parler alors qu’il tremblait, serrant les dents sous l’effet de la douleur qui lui brûlait les nerfs :
- Vous êtes un Tau’ri, et trop jeune pour être un mercenaire. J’ai déjà vu assez de vos semblables pour reconnaitre la parodie de discipline qu’ont vos soldats, et je la reconnais chez vous. Les gardes vous ont trouvé en remontant la piste de Bra’tac. Vous, un soldat Tau’ri. Et vous continuez à prétendre que vous êtes venu pour faire fuir des contrebandiers, alors que Gerak n’attend qu’un incident pour déclencher la guerre ? Vous me prenez pour une idiote, et, croyez-moi, ça ne paie jamais.

Elle relâcha enfin la pression sur son système de contrôle, et attendit quelques secondes que Carl reprenne son souffle, laissant ses spasmes s’estomper.

- Alors ? reprit-elle. Est-ce que vous deviez retourner sur votre planète après l’enlèvement ? Qui a contacté les autres mercenaires pour assassiner Gerak ?
- … Quoi ? demanda-t-il en relevant les yeux brusquement vers elle.
Ca’Teya plissa lentement des yeux, le dévisageant quelques instants, avant d’acquiescer de façon presqu’imperceptible.
- Ils ont échoué, et Gerak aura bientôt tous les pouvoirs. Est-ce que c’était votre plan ? Forcer la guerre ?
- … Non…
Enlever Bra’tac, essayer de tuer Gerak… mais qu’est-ce qu’ils ont fait ! pensa-t-il, incrédule, alors qu’il sentait ses muscles se remettre progressivement de la douleur.
- C’est ce qui va se passer, Carl. Dès que Gerak en aura fini avec l’Assemblée, il attaquera. Il n’a jamais apprécié la tactique tau’rie de l’assassinat et de l’attentat, vous savez. Les flottes seront envoyées sur votre planète, et il brûlera vos villes pour ce que vous venez de faire.
- Je ne… je…

Elle se rapprocha légèrement de lui, et, d’un geste délicat, lui releva la tête pour croiser son regard :
- Si vous me dites où est Bra’tac, nous pourrons le retrouver. Le libérer. Il pourra peut-être arrêter tout ça. C’est bien ce que nous voulons tous les deux, non ?

Il détourna le regard.
Mais qu’est-ce qu’ils ont fait ? se demanda-t-il à nouveau. Ils vont tous nous faire tuer, ces abrutis ! Si… si je collabore, les jaffas pourront peut-être les retrouver, mais… non, même pas, ces enfoirés avaient prévu de me laisser sur le carreau. Tout ce que je sais, c’est eux qui me l’ont dit ! Ils m’ont mis dans ce foutoir, ils savent que je vais finir par parler, donc ils m’ont laissé des infos pourries, c’est certain. Bordel, tout ce que je peux lui dire, c’est qu’on a un groupe de Black Ops qui bosse au milieu des mercenaires et qui leur fait des coups vaches… Pas vraiment le truc pour arrêter la guerre… Merde !

- Je… je ne sais vraiment pas où ils l’ont emmené. Même si j’avais su qu’ils voulaient l’enlever, je ne saurais pas où ils l’auraient emmené. Je n’aurais pas eu besoin de le savoir.
- Où est votre base ? D’où êtes-vous venu ? D’une base tau’rie ?
- Non ! Je ne travaille plus avec la Terre !
- Faux, vous êtes trop jeune pour ça, dit-elle en approchant la main de l’appareil à son poignet. Les Tau’ri ne vendent pas leurs services sans une grande expérience. Je le sais, j’en ai interrogé d’autres avant vous.
Une fois le pic de douleur passé, Carl, crispé et respirant difficilement, répondit :
- Je n’ai pas eu le choix, on m’y a forcé !
- Forcé à devenir mercenaire ? Bravo. Je ne l’avais jamais entendue, celle-là.
Tiens-toi à ce qui est sûr, Carl, pensa-t-il. Faut éviter de faire empirer la situation.
- Ils avaient besoin d’un pilote, et ils ont tendu un piège. C’est moi qui suis tombé dedans, et la Flotte m’a viré. Quand ils sont venus me voir, ils étaient ma seule chance de quitter cette planète. J’ai accepté.
- Alors pourquoi les protéger, s’ils vous ont trahi ? demanda-t-elle.
- Je ne les protège pas ! Je ne savais pas dans quoi on s’embarquait, bordel ! Ils ! M’ont ! Menti ! C’est clair ? Et même si je savais, ça sert à rien, la base, c’est un foutu vaisseau, et je sais pas où il est !

Sans répondre, elle se leva et toqua à la porte de la salle, attendant quelques instants qu’elle s’ouvre. Lorsqu’un garde lui fit face, elle murmura quelques mots que le pilote ne put entendre, et sortit, ne regardant pas un instant en arrière. Le garde, lui, appela ses collègues et garda sa lance pointée sur le jeune homme, tandis que les autres arrivaient et que l’un d’eux, laissant son arme aux mains du premier, vint désactiver les liens du fauteuil.

Lentement, les jambes engourdies par la douleur, Carl tenta de se lever pour s’effondrer par terre. Sans un mot, les jaffas obéirent à la consigne silencieuse de l’interrogatrice et le soulevèrent par les épaules, le trainant sans ménagement.
Il faut prévenir quelqu’un de ce qui s’est passé, mais si les jaffas ont la preuve que je bossais bien pour le SGC, c’est la guerre assurée. Merde ! Pourquoi c’est à moi que ce genre de conneries arrive ?



Ca’Teya attendit de se savoir parfaitement seule, dans une pièce à l’abri d’éventuels systèmes de surveillance, pour laisser un mince sourire percer sur son visage. Sortant un petit appareil de sa poche, elle effectua quelques manipulations dessus avant de le poser au sol.

L’instant d’après, une lueur vint percer les ténèbres, alors qu’apparaissait devant l’interrogatrice le buste d’un jaffa plus âgé. Sans préambule, il lui demanda :
- Alors ? Que sait-il ?
- Pas beaucoup de choses. Un Tau’ri, mais sans la moindre importance. Je ne sais pas encore exactement pourquoi il a été abandonné.
- Aucune importance, répondit son supérieur. Est-ce qu’il peut nous aider à retrouver Bra’tac ?
- Probablement pas. Il a dit que ses complices étaient basés sur un vaisseau.
- Cela complique les choses, admit-il. Trop.
- Oui, fit-elle. Surtout avec un Tau’ri si bien entraîné pour résister aux sondes mémorielles et au sang de So’kar. Mes premiers essais ont tous échoué face à cette compétence.
- Leurs agents sont à l’image de leurs tactiques, fit le jaffa avec un début de sourire carnassier. Fourbes et sans honneur.
- Oui, sans doute. Mais je saurai le briser, comme tous les autres avant lui.
- Je n’en doute pas, Ca’Teya. Et qu’en est-il de la femme qu’il a recrutée ?
- Elle n’est qu’une locale sans importance, fit-elle. Payée pour sa connaissance des rues, rien de plus. Elle a dit tout ce qu’elle savait.
- Très bien. Mais, pour cet espion, est-ce que tu réussiras à le briser assez rapidement pour retrouver Bra’tac avant que la situation n’empire ?
- C’est… difficile à dire, répondit-elle d’un air faussement contrit. Je ferai tout ce que je peux pour sauver notre plus grand héros, quitte à détruire l’esprit du prisonnier. Mais je pourrais en finir trop tard avec lui, aussi tragique que cela soit.
- Tragique, en effet. Mais il n’était pas seul. En son absence, d’autres sauront prendre leurs responsabilités. Ainsi, même si tu échoues, notre nation continuera, et vengera ce crime barbare, cette trahison.
- C’est une bonne chose, fit-elle, se retenant de laisser paraître son amusement face à la comédie qu’elle jouait.
- Oui. Mais nous comptons sur tes efforts, Ca’Teya.
- Je ne vous décevrai pas. Il parlera.

La communication s’estompa dans l’instant, laissant à nouveau l’interrogatrice dans le noir, ses yeux se réhabituant avec peine à l’obscurité.

Oh oui… Carl. Vous parlerez, pensa-t-elle. Mais trop tard, et Gerak aura tous les pouvoirs lorsque Bra’tac sera enfin libéré ou échangé… ou tué par ses ravisseurs. Dommage que vous ayez trop résisté, en tant qu’espion tau’ri, et n’ayez pas survécu à mes méthodes, mais il serait dérangeant que quelqu’un vienne contester la nouvelle Vérité.

Ca’Teya n’avait eu aucun mal à louvoyer dans les cercles du pouvoir de la jeune Nation Jaffa, et si elle ressentait un respect certain envers Bra’tac, qui avait su mener son combat sans pour autant franchir les mêmes lignes qu’elle, il n’en demeurait pas moins qu’il était son adversaire. Le camp qu’elle avait choisi était plus à même d’utiliser les compétences que Ba’al en personne lui avait transmises, et elle tenait à pouvoir être un membre… utile… de sa nouvelle patrie.

Devant brusquement faire face à de nouvelles responsabilités, à des devoirs moins glorieux que ceux des “héroïques rebelles“ se soulevant contre l’oppresseur, des jaffas comme Gerak avaient su fermer les yeux sur le passé d’individus comme elle. Certaines choses devaient être faites, et ce même passé assurait théoriquement la pleine coopération de ceux et celles qui ne désiraient pas être remis à leurs anciennes victimes. Arrivée rapidement sur Dakara après la bataille éponyme, il lui avait été aisé de démontrer sa loyauté envers la “nation de tous les jaffas“. Exactement aussi aisé que de s’emparer d’une demi-douzaine de lieutenants de Ba’al, tous responsables de crimes haïssables par tous.

Haïssables par tous, et surtout connus de tous. Gerak, comme prévu, s’était montré pragmatique, et elle avait échangé les prisonniers de Ba’al contre ceux de ses nouveaux maîtres. Si, comme à présent, Gerak ou l’un de ses conseillers était suffisamment adroit pour utiliser avec brio ses talents, alors elle n’en était que d’autant plus satisfaite.

Après tout, il ne lui avait jamais été difficile d’apprécier l’élégance malsaine des plans de Ba’al. Le Tau’ri pouvait parler ou non, elle s’en désintéressait complètement. Gerak lui avait donné un seul objectif, et ce Carl n’en faisait pas partie, sinon en tant qu’outil. Jeune, Tau’ri, manipulable, honnête. Le dernier qualificatif lui était venu avec un rictus de dédain, l’interrogatrice se rendant bien compte que le prisonnier ne savait pas où était Bra’tac, qu’il avait probablement été manipulé et trahi comme il le prétendait.

Cela ne l’empêcherait quand même pas d’arriver à ses fins, et le jeune homme serait son outil, qu’il s’en rende compte ou non.




Le pilote, à moitié perdu dans ses pensées et se remettant lentement des décharges que lui avaient envoyé ses fers, ne remarqua pas la différence par rapport au chemin qu’il avait fait plus tôt, et il lui fallut attendre de s’arrêter pour s’en rendre compte.

Il avait été amené dans un couloir bordé de deux séries de cellules individuelles, situées dans les renfoncements des murs. Restant aussi immobile que ses geôliers autour de lui, il laissa son regard se poser sur les rares pièces qui semblaient être occupées, se distinguant des autres par la présence d’un champ de force légèrement plus brillant que celles demeurées vides. Il remarquait du mouvement, mais sans pouvoir détailler précisément les habitants, qui cherchaient apparemment à rester hors de vue de la patrouille.

Soudain, il vit l’interface bleutée du champ de force vaciller un bref instant et s’éclaircir, attirant son attention. Il ne fut alors pas en mesure de voir le geste de l’un des jaffas, qui le jeta dans la cellule. Instinctivement, il chercha à porter ses bras en avant tout en poussant un juron, mais ne put se rattraper, et percuta de plein fouet le champ de force. Cependant, au lieu d’un choc électrique brutal ou d’une intangibilité immatérielle, le pilote fut gratifié d’une sensation de viscosité qui le surprit, alors que sa vitesse décrut rapidement, le laissant presque à l’arrêt lorsqu’il acheva sa traversée.

Evidemment, les lois de la gravitation universelles reprirent le dessus, et lui imposèrent à nouveau leur accélération verticale, mais son mouvement initial des bras avait été suffisant pour le protéger du choc.

- Journée de merde… soupira-t-il finalement avant de s’asseoir et d’observer ses alentours.

La cellule, éclairée par le bouclier qui lui servait de porte, était aménagée de façon très sommaire, une bassine posée sous une gouttière lui semblant être sa seule réserve d’eau, tandis que la couchette n’était rien de plus qu’une poutre affixée au mur.

Génial, se dit-il en regardant le champ de force. Je suis passé du confinement solitaire au quartier de haute sécurité. Même Mac Gyver aurait du mal à se tirer de là…

Carl s’assit sur son semblant de lit, légèrement trop court dans ce qui apparaissait être une autre manière de maintenir la pression sur les prisonniers, et il inspira lentement avant de soupirer longuement. Brusquement, son regard fut attiré par un mouvement dans la couchette située en face de son nouveau logement. Le pilote suivit alors du regard la femme, qu’il estimait trentenaire, alors qu’elle se mettait en position assise, apparemment réveillée par son arrivée.

Puis, pendant quelques secondes, les deux prisonniers se dévisagèrent, Carl intrigué par l’apparence de l’humaine, qui, au vu de l’état de ses vêtements et de son visage, avait peut-être passé un long moment dans cette prison. Mais, derrière ces apparences, il reconnaissait une posture caractéristique du métier des armes, aussi bien au service de la Terre que de façon indépendante, et son attention en fut d’autant renforcée.

Puis, pendant quelques secondes, les deux prisonniers se dévisagèrent, Carl intrigué par l’apparence de l’humaine, qui, au vu de l’état de ses vêtements et de son visage tuméfié, avait clairement passé un mauvais moment dans cette prison. Elle le regarda avec un air de crainte qui ne prenait même pas la peine de se cacher.

- Qui… qui êtes-vous ? demanda-elle, sa voix passant apparemment au travers des champs de force les séparant.
- Je… commença-t-il à dire avant d’hésiter.
Comment est-ce que je peux me présenter ? Je vais dire quoi ? “Je suis un Terrien“, “innocent“ ?

Elle mit fin à ses pensées en continuant, la voix tremblante :
- C’est vous, l’espion ?
- Quoi ?
- Celui qu’ils… qu’ils ont capturé. Ils ont dit qu’il avait enlevé… Bra’tac. C’est à cause de lui.
- De quoi ? Qu’est-ce qui est à cause de lui ?
- Tout ! répondit-elle, au bord de l’hystérie. Ils n’ont pas arrêté ! Ils m’ont frappée, ont hurlé…
- Calmez-vous ! lui dit-il en se levant. Pourquoi est-ce…
- Je ne sais pas ! Je n’ai rien fait !
Oh bordel, elle est dans un sale état. Qu’est-ce que ces enfoirés lui ont fait subir ? pensa-t-il en sentant la rage monter en lui alors qu’elle se cachait le visage entre les mains.
- Moi non plus… dit-il, la voix juste assez haute pour couvrir le bruit des sanglots. Ils croient que c’est moi…
- Vous ! fit-elle brusquement en se levant. C’est vous ! C’est de votre faute !

Elle était à présent debout, pressée sur le champ de force.

- Pourquoi vous m’avez fait ça ? Je n’ai rien fait ! J’ai jamais rien fait à personne !
- Mais… pourquoi ils vous ont arrêté ? demanda le pilote, sans comprendre.
- Je sais pas ! Je suis rentrée chez moi, et ils étaient tous là, tous ces gardes en armure. Et cette femme. C’était horrible ! Elle était morte ! C’est la première fois que…

Elle s’interrompit à nouveau, se laissant tomber au sol et gémissant, et le jeune homme s’attarda sur le visage de la femme. Celle-ci, aux cheveux blonds apparemment tressés puis découpés brutalement, présentait une figure qui aurait probablement été agréable à regarder sans les bleus et les traces de sang qui la maculaient.

C’était chez elle que Tamara s’est fait descendre ! Et ces salauds ont cru qu’elle bossait avec nous !

- Calmez-vous, répéta-t-il. Je sais ce que c’est… Elle était une amie, finit-il par murmurer.
- Une amie ? Ah bon ?
- Oui… enfin, je crois. Ils l’ont tuée, juste pour me piéger.
- Mais pourquoi ils m’ont fait tout ça ! Je ne la connaissais pas. Je suis juste une apprentie ! Je voulais juste ramener de l’argent au village ! Pourquoi !

Carl soupira, tandis que la femme en face de lui se remettait à pleurer. Il la regarda quelques instants de plus, se sentant fasciné par son apparence malgré les dégâts qui lui avaient été infligés par ses geôliers, puis détourna le regard, dégouté.

Complètement cassée, la pauvre. Comprends même pas pourquoi ils l’ont torturée… c’est évident qu’elle ne sait rien. Surtout quand ils ne m’ont rien… Oh non ! Oh bordel de… non, non ! Ils l’utilisent contre moi ! Un foutu otage, ça doit être ça ! Soit je parle, soit ils continuent à la faire souffrir ! Bande de…

Le pilote se laissa retomber sur sa couche, le regard perdu dans le vague.

Il faut que je tienne. Mais elle va souffrir… Ils vont la torturer. Juste une gamine qui n’a rien compris à ce merdier… qui est juste là pour s’en prendre plein la poire… Merde !





- Dix… Dix mille ans ? fit à son tour Campbell, la voix brisée. Qu’est-ce que… qu’est-ce que vous avez fait ?
- Lieutenant Campbell, vous êtes, avec le reste de votre groupe pour ainsi dire un investissement et un risque de mon point de vue. Les capacités qui vous ont été offertes n’ont, pour ainsi dire, jamais été vues par des êtres humains depuis la disparition de mes Créateurs, mais je n’ai pas le moindre choix quant à ce sujet. Aucune des civilisations présentes dans la Voie Lactée n’a l’ascendant politique ou scientifique nécessaire pour mener le mouvement que j’envisage, et votre accès aux technologies de mes Créateurs vous fournirait une légitimité cruciale pour négocier en tant qu’égaux face à vos futurs alliés.


Les deux ex-militaires étaient restés dans la même position, comme figés, pendant un temps incertain, le vaisseau ne laissant pas filer d’indication du temps écoulé. Quelques larmes avaient été relâchées sans pour autant briser le silence de mort qui accompagnait les émotions. Sans avertissement, sans raison particulière, le moment prit fin, alors que les deux survivants, d’un même mouvement, relâchèrent l’étreinte qui les liaient l’un à l’autre.

Shanti inspira profondément, ne sachant pas depuis combien de temps elle avait retenu son souffle dans cet instant d’abandon, qui aurait pu se chiffrer en secondes comme en minutes, la jeune femme ne sachant plus sur quels référentiels se baser pour de tels raisonnements inconscients. Elle recula d’un lent mouvement du buste, changeant à peine, et se figea à nouveau lorsqu’elle croisa le regard du pilote, y lisant la même incompréhension qui était omniprésente dans son esprit.

Pendant un moment, qui lui parut plus bref que celui passé près de son coéquipier, elle resta immobile, puis, réussissant à reprendre le contrôle sur la connexion empathique qui ne faisait qu’aggraver leur état à chacun, l’interrompit, brisant l’apparente synchronisation qui les avait artificiellement liés depuis son retour.

- Qu’est-ce… qu’est-ce qu’on fait, maintenant, Shanti ? souffla finalement Campbell.
- Je… ne sais pas, répondit-elle dans un murmure tout aussi bas, qui, dans le silence ambiant, aurait tout aussi bien pu être un hurlement.


Malgré sa détermination, ses efforts pour la maintenir auprès de ses équipages, Tsippora ne pouvait s’empêcher de se poser encore et toujours la même question. Est-ce qu’elle se mentait ? Se faisait des illusions sur le rôle qu’elle pouvait jouer dans un combat à l’issue jouée d’avance ?

Même si les capacités de précognition montraient des avenirs interchangeables, il ne s’agissait que de tours de passe-passe, d’une dextérité pratique mais néanmoins futile dès lors qu’il s’agissait de changer les réponses désagréables aux seules questions qui comptaient encore. Parmi les futurs qu’elle créait, qu’elle modelait, certains étaient plus appréciables que d’autres, mais nul n’offrait d’échappatoire, de certitude, d’espoir qui ne saurait être brisé par un plan imprévu, une flotte au mauvais endroit, un détail quelconque.

D’une certaine façon, dans une contradiction sur laquelle elle ne posait qu’avec difficulté des mots et des émotions, elle préférait l’incertitude. Le chaos accepté et que l’on renonçait à dompter pour mieux s’adapter à ses inévitables caprices. Tsippora se reposait de moins en moins sur cette atemporalité qui caractérisait la doctrine tactique de ses semblables, retrouvant avec peine cette vulnérabilité, laissant prise à l’imprévisibilité qu’offrait le temps linéaire, devenant elle-même à la fois plus et moins implacable qu’auparavant.

Elle commettait des erreurs. Plus qu’auparavant, mais qui, bien mieux que nombre de ses tactiques absolues et calculées avec une précision scientifique, semaient le trouble chez des adversaires habitués à des adversaires ô combien rationnels.

Elle retrouvait la peur. Pas celle d’avoir calculé ses plans au mauvais degré par rapport à ceux de son adversaire, mais simplement celle de l’inconnu caché derrière le voile d’un présent en perpétuel mouvement. Celle de disparaitre par surprise, annihilée par un vaisseau repéré un instant trop tard, par une panne du mauvais système au mauvais moment.

Une peur qu’elle apprenait à découvrir, oasis inconnue dans le désert émotionnel qu’était cette guerre aux stratégies toujours plus complexes et que son peuple perdait inexorablement.


- On verra, ajouta Shanti. On va voir ce qu’on peut faire.
- Oui… acquiesça Campbell. Oui… Merde !
Elle ne dit pas un mot alors que, sans préavis, son coéquipier frappa du poing le sol, ne s’étonnant même pas lorsqu’elle vit que le choc brutal n’avait induit aucune réaction de douleur chez le pilote.
- Pourquoi…, murmura-t-il en détournant d’elle son regard.
- Il n’avait pas le choix, répondit Shanti en se rapprochant à nouveau de lui.
- Je ne parle pas de ça ! aboya-t-il brusquement. Atlantis !
- Oui, lieutenant Campbell ? répondit l’I.A. alors que celui-ci se relevait, rapidement imité par sa coéquipière.
- Pourquoi toutes ces saloperies ? Qu’est-ce qu’il vous faut encore ? On ne vous a pas assez donné, pour votre putain de guerre ?
- Je fais ce qui est nécessaire, lieutenant.
- Conneries ! Pures conneries !
- Tom… commença la jeune femme.
- Non ! répondit-il en lui accordant un bref regard où se lisaient sans peine sa colère et sa détresse, incitant chez elle un mouvement de recul instinctif. Atlantis, c’est quoi votre plan avec ces foutus souvenirs ? Nous remplacer par ces types, c’est ça ?
- Non, lieutenant, répondit l’I.A. sans changer de ton. C’est pour vous protéger.
- Conneries ! Encore ! Vous voulez juste nous reprogrammer, c’est ça ! Des putains de robots à mettre à jour, à utiliser… Et à jeter ! Comme le commandant !
- Non.
- Vous l’avez laissé tomber, pour garder vos petits secrets à la noix ! Pour… pour votre Plan ! Vous… vous jouez avec nous, c’est tout ce que vous faites ! Vous allez nous casser, et laisser ces Anciens prendre le contrôle. Vous auriez dû nous lobotomiser tout de suite, voilà ce que vous auriez dû faire, plutôt que de nous torturer !
- Je tiens à vous protéger. Vous et le lieutenant Bhosle êtes trop importants pour ce que je compte faire.
- Des outils !
- Non. Les individus que vous êtes sont importants, et j'en suis consciente. Ni Gwydion, ni Tsippora ne pourraient accomplir votre mission. Ils pourront vous aider, lieutenant, mais rien de plus…
- Arrêtez de vous foutre de nous ! Si ce n’est pas nous, vous prendrez un autre groupe de paumés que vous mettrez à notre place ! On n’a pas la moindre importance ! Faut voir ce qui est arrivé au commandant : il a menacé de casser vos petits plans, et, juste après, il se fait tuer à cause de vous !
- Tom ! fit Shanti en lui posant la main sur l’épaule. Ne…
Sans lui laisser le temps de finir, le pilote, par réflexe, balança son coude vers la jeune femme, qui, d’un geste souple, bloqua celui-ci et projeta Campbell au sol.
- Stop, dit-elle d’une voix calme et déterminée. J’étais là. J’ai vu ce qui s’est passé, et ce n’était pas la faute d’Atlantis. Il s’est sacrifié pour empêcher Hagalaz de nous attaquer tous.
- Elle l’a… elle l’a tué… répondit-il faiblement. C’est de sa faute.
- Non, souffla Shanti en se baissant pour prendre sa main. Non…

Campbell croisa son regard et y lut la même détresse qui restait visible derrière l’apparente force dans sa voix.

- Qu’est-ce que vous avez fait…, avait alors murmuré la jeune femme, dont les mains ne pouvaient s’empêcher de trembler.
- Je vous avais indiqué depuis le début de notre coopération que je procéderais aux améliorations nécessaires à l’accomplissement de votre mission, lieutenant, répondit posément l’Entité qui les hébergeait.
- Mais… non…
- Ce n’est que le prolongement logique des capacités de communication et de manipulation tactique de votre environnement. Il serait d’un illogisme total de vous offrir ces possibilités et de conserver l’espérance de vie nominale de votre espèce. Surtout lorsque celle-ci a encore la possibilité de bénéficier d’une telle capacité de prolongation, au contraire de mes Créateurs.
- De quoi est-ce que vous parlez ? demanda Maltez.
- Les progrès physiologiques dont ils ont bénéficié au cours de leur longue histoire étaient pour ainsi dire incompatibles avec les traitements que j’ai utilisés pour vous. Des capacités extra-sensorielles telle la précognition n’auraient pas résisté à des modifications aussi exhaustives.
- … Qu’est-ce que vous nous avez fait, Atlantis ? l’interrogea Campbell après un instant de silence.
- Les nanites qui ont été injectées dans vos corps sont à présent entièrement intégrées à vos organismes, de façon à optimiser leur fonctionnement. Ayant atteint leur densité maximale, le travail de maintenance qu’elles effectuent vous met à l’abri de toute forme de vieillissement physique non désiré, en plus des tâches habituelles.
- Densité maximale ? répéta Maltez.
- Comptez plusieurs dizaines par cellule.

Lorsque, quelques instants plus tard, chacun d’entre eux prit conscience de la portée des mots d’Atlantis, ils eurent un mouvement de recul. Le pilote se mit à trembler, regardant ses mains avec terreur, faisant un pas supplémentaire pour s’éloigner de ses deux coéquipiers.
- Vous êtes… dit-il. Vous… vous avez fait de nous des… robots… des… des Réplicateurs !
- Non, lieutenant. Si, effectivement, la population de nanites est relativement importante, elles ne font, en grande majorité, que soutenir et perfectionner les fonctionnalités de votre organisme. Dans votre vocabulaire, il serait préférable de parler de “cyborg“. Mais, bien sûr, cela ne devrait pas vous surprendre, ce gel de votre vieillissement étant très loin d’être aussi complexe que les capacités offensives que vous n’avez eu aucun mal à utiliser au cours des dernières opérations. Un simple entretien exhaustif d’un grand nombre de cellules biologiques pour éviter les erreurs de copies et maintenir un contrôle plus fiable que celui inhérent à votre structure génétique. Croyez-moi, cela demande beaucoup moins d’énergie et de capacité de calcul que de gérer et contrôler des champs de gravité en vue d’obtenir les effets que vous pouvez désirer en situation offensive.



- Hagalaz l’a tué, dit la jeune femme en s’immobilisant à la hauteur du pilote. Personne d’autre.
- C’est elle qui nous a envoyé dans ce merdier, fit Campbell à voix basse. C’est elle… Elle nous utilise.
- … Oui, admit Shanti.
- … Tu as accepté ça, réalisa-t-il finalement en croisant son regard.
- On n’a pas le choix. Autrement, on va tous mourir, de toute façon. Comme ceux sur P…
- Je sais !
- Lieutenant Campbell, intervint Atlantis. Je n’ai tout simplement pas la possibilité de recourir à un autre groupe que le vôtre. Pas si je veux appliquer le plan actuel, qui est, et de loin, le moins dommageable à long terme pour tous les partis en présence.
- Comment ça ? demanda Shanti.
- Parce que personne d’autre dans cette galaxie comme dans Pégase n’aura autant de chances que vous deux de mener à bien les négociations qui seront nécessaires avec les protégés de Hagalaz.
- Qu’est-ce que… commença-t-elle à dire avant d’écarquiller les yeux.
- En effet, lieutenant, répondit l’I.A. à la question restée silencieuse. Vous avez pris déjà pris contact avec eux, sans le vouloir. Et, même si vous n’en êtes pas entièrement conscients l’un et l’autre, vous avez une compréhension de leur mode de pensée que nul autre ne peut prétendre avoir. Même moi. Je pourrais, hypothétiquement, essayer d’envoyer un groupe plus… malléable, ou mieux entrainé, à votre place, mais même s’ils réussissaient à neutraliser Hagalaz, le risque serait que cela soit pris comme une déclaration de guerre, qui se finirait de façon pour le moins défavorable en ce qui nous concerne.
- Et qu’est-ce que vous auriez fait si on avait refusé votre offre, quand ils nous ont mis en taule ? l’interrogea le pilote.
- J’aurais accepté votre décision et engagé des plans parallèles pour traiter la situation. Puis, bien évidemment, je vous aurais recontactés une fois arrivés sur Terre, en espérant vous voir changer d’avis.
- Mais alors, pour Sylv…
- Non, lieutenant Campbell. Le lieutenant Vernil a pris une décision qui ne met pas en danger ma stratégie pour contrer cette menace. Je ne vous aurais demandé de revenir sur votre choix que parce qu’un refus généralisé aurait diminué les chances d’issue heureuse à notre situation.
- Vous allez le laisser finir en isolement parce qu’il a refusé de suivre une putain de voix inconnue ? fit-il.
- Je lui ai indiqué, comme à vous, les conséquences de cette décision. Mais, si vous désirez réparer ce que vous jugez être une injustice, je ne vous empêcherai pas de le libérer une fois votre mission actuelle accomplie. Mais, bien entendu, il sera hors de question de lui faire bénéficier du traitement que vous avez reçu de ma part, puisqu’il ne constitue plus un élément critique de la stratégie actuelle. Contrairement à vous deux.
- …

Shanti vit avec inquiétude son coéquipier crisper ses mains, la rage visible dans ses yeux, et se tint prête à réagir. Finalement, le pilote expira longuement, et se décrispa :
- Vous n’êtes qu’une ordure, Atlantis.
- Peut-être, lieutenant Campbell. Mais ainsi, nous survivrons probablement à ce qui est en train de se produire.
- … Combien de temps avant qu’on puisse rentrer le sortir de là ?
- Je dirais deux à trois semaines au minimum, si tout se passe de façon idéale. Et, croyez-moi, j’espère tout autant que vous que cette situation sera réglée aussi vite que possible, même si nos raisons diffèrent.
- Pourquoi ? demanda Shanti.
- Parce que votre présence simplifierait grandement une résolution rapide du conflit qui est en train d’éclater dans la Voie Lactée, entre votre peuple et la Nation Jaffa.
- Non ! fit-elle. J’avais oublié ça ! Est-ce qu’on va rentrer à temps ? Qu’est-ce qu’on peut faire ?
- Calmez-vous, lieutenant Bhosle. Je pourrai probablement retarder les hostilités, mais j’apprécierai vraiment ne pas avoir à révéler mon existence à la Voie Lactée. Les conséquences à long-terme sont aussi imprévisibles que potentiellement risquées pour l’évolution de vos civilisations. Au contraire, une intervention de votre part, ciblant les éléments individuels les plus importants de cette crise pourrait permettre au calme de prévaloir à court-terme, et établir une base viable pour votre mission à long-terme.
- Vous n’exagérez pas un peu, fit-elle, en pensant qu’on pourrait arrêter une guerre ?
- Si elle n’a pas encore éclaté lorsque vous serez de retour, lieutenant Bhosle, je suis confiante dans vos chances d’interrompre le processus en cours. Il est probable que les dirigeants jaffas accepteront de vous prêter une oreille attentive si vous leur rappelez ce qui est arrivé la dernière fois que vos chemins se sont croisés.
- Je… préférerais ne pas avoir à le faire, répondit-elle faiblement, gardant encore les souvenirs de la dévastation qu’elle avait causé sur Dakara.
- Les jaffas qui cherchent le conflit ne respectent, d’après mes informations, qu’une et une seule chose : la force. Ils n’ont accepté de faire preuve de diplomatie avec votre civilisation que parce que les premiers représentants que vous leur avez envoyés étaient des militaires dont la réputation avait su les impressionner. Comme vous avez pu le constater lors de votre brève rencontre avec le docteur Jackson, ils ont un sain mélange de crainte et d’admiration pour ce que vous avez fait tous les trois. Avec, il faut bien l’avouer, une… “préférence“ pour vous, lieutenant Bhosle.
- Ne me dites pas que vous avez… monté tout ça… souffla Shanti.
- Bien sûr que non, lieutenant. Mais, en revanche, je n’ai aucun scrupule à profiter de la situation, et vous ne devriez pas non plus en avoir, puisque cela devrait éviter une nouvelle démonstration de force. Jouez sur l’image qu’ils ont de vous deux, et il devrait être possible d’empêcher le pire d’arriver. Quant à la Terre, l’avis général qui y règne est d’éviter une guerre contre-productive pour mieux faire peser les avantages économiques présents face à la Nation Jaffa. Il devrait donc être aisé de les convaincre d’accepter les éventuelles concessions que les jaffas demanderaient pour sauver la face.
- Tant qu’on peut éviter un massacre… reconnut Campbell.
- Et c’est bien là le fond de la mission que je vous ai donnée, lieutenant. Acquérir l’aura nécessaire pour agir au bon endroit au bon moment et éviter les catastrophes qui peuvent l’être. Si, pour ce faire, vous devez employer la force, vous aurez les capacités et les moyens de la limiter au strict nécessaire, et ainsi permettre à votre galaxie d’être prête le moment venu. Parce que, ne vous faites pas d’illusions : tôt ou tard, les Ori se rendront compte que leur attaque biologique n’a pas fait de la Voie Lactée le cimetière sans vie qu’ils imaginent. Et, lorsqu’ils attaqueront, la moindre hésitation, la moindre faille dans la défense, sera suffisante pour condamner toutes les formes de vies présentes à la destruction ou au contrôle absolu de la part des Ori. La galaxie dans laquelle se trouve Hagalaz a un avantage sur lequel la vôtre ne peut compter, à savoir la présence d’une conscience collective.
- On n’a toujours pas vraiment le choix, hein ? soupira le pilote. Soit on bosse avec vous, soit on est responsables de la destruction de la Voie Lactée…
- En quelque sorte, admit Atlantis. Je suis désolée que cette responsabilité vous revienne personnellement, lieutenant Campbell, mais votre sort a été pour ainsi dire scellé au moment où vous avez été faits prisonniers par Hagalaz. Elle a fait de vous les meilleurs intermédiaires possibles pour une coopération entre nos galaxies dans la guerre à venir.

Il laissa ses épaules retomber, et se tourna vers Shanti :
- On est vraiment coincés, hein ?
Elle acquiesça silencieusement.

Se retournant, pour parler figurativement vers Atlantis, il reprit :
- Vous nous laisserez faire sortir Sylvestro de là où il est ?
- Je vous le promets, lieutenant.
- D’accord… D’accord… Je vais faire ce que je peux pour Hagalaz et lui. C’est ce que le commandant aurait voulu. Après, on verra… De toute façon, on aura le temps de voir, pas vrai ?

C’est pas vraiment le temps qui nous manque, non, pensa-t-il avec un bref haussement d’épaules.




Une fois les différentes formalités achevées, le groupe mené par l’archéologue sortit finalement du terminal, arrivant près d’une petite zone dégagée de toute construction et offrant une vue sur la métropole voisine. A nouveau, Anna se sentit hypnotisée par le spectacle auquel elle se voyait confiée, dévorant du regard les bâtiments qu’elle estimait kilométriques, autour desquels bourdonnait une horde de véhicules, à peine plus gros que des insectes au vu de la distance.

Si, effectivement, le caractère fonctionnel était toujours visible dans l’architecture urbaine, il n’en demeurait pas moins que la scientifique avait l’impression de pouvoir y lire la spécialisation de chaque corporation occupant tel ou tel immeuble géant. Lorsqu’elle fit part de son observation à l’archéologue, qui, lui, observait le ciel en attendant le véhicule censé les recueillir, Jackson s’amusa :

- Non, Pas vraiment. Même si j’aimerais bien voir la réaction du directeur de Belgemmer si vous lui disiez que sa corporation était spécialisée dans l’agriculture !
- Dans quoi, alors ? demanda Anna.
- Tout, répondit simplement Jackson. De l’agriculture aux vaisseaux interstellaires.
- Pardon ? hésita-t-elle. Vous n’exagérez pas un peu, docteur ?
- Non, lâcha-t-il en se tournant vers elle. Toutes les corporations qui possèdent un de ces bâtiments sont plus puissantes que la majorité des Etats sur Terre. En fait, ici, elles sont les Etats.
- C’est ce qu’on m’a dit, mais… spécialisées dans tout ? Ce n’est pas un peu… je ne sais pas… contradictoire ?
- Non. Je vous l’ai dit, ce sont des états. Chez nous, un pays a de l’industrie, de l’agriculture, de la recherche, tout. Là, c’est la même chose, sauf qu’on parle plutôt d’un des neuf du Conseil de Sécurité. Ils ont tout… Ne vous inquiétez pas, j’ai dû l’expliquer à tous les diplomates que j’ai accompagné ici : chaque corporation est un Etat indépendant et tout ce qui va avec. Officiellement, n’importe quel citoyen peut choisir où il travaillera, mais, dans les faits, presque tous iront là où leur famille est depuis des générations. Tout comme vous êtes allemande parce que vos parents sont allemands et que vous êtes née en Allemagne, la fille d’employés de… je ne sais pas… Valert, par exemple, sera née dans une maternité de l’entreprise, aura été éduquée dans une école de l’entreprise, aura mangé des produits de l’entreprise, aura vécu toute sa vie dans l’entreprise. Est-ce qu’elle va chercher à aller ailleurs ?
- En somme, c’est comme la Terre, mais en remplaçant les Etats par les entreprises ? fit-elle.
- Ce n’est pas aussi simple, mais, bon, je ne vais pas non plus vous faire un exposé. Profitez de votre passage pour observer votre environnement, Anna, ça sera plus constructif. Et, de toute façon, ils arrivent, conclut-il en désignant une direction d’un signe de tête avant de reporter son attention sur elle. Si vous voulez vraiment en savoir plus, je vous ferai une liste de bons livres là-dessus, d’accord ?

Elle acquiesça, et, quelques secondes plus tard, Anna vit l’un des points grandir en se rapprochant d’eux rapidement. Elle vit alors qu’il s’agissait d’une paire de véhicules qui lui donnaient l’impression d’une vision tout droit sortie d’un roman du siècle passé, détonant avec ce que son inconscient lui avait fait anticiper dès lors qu’elle avait imaginé un véhicule aérien. Les courbes et les couleurs, qu’elle n’avait aucun mal à identifier, étaient néanmoins accordées d’une façon qui lui était foncièrement étrangère.

Lorsque les engins furent arrêtés, un groupe d’humains en sortirent. L’un deux, à la tenue à la fois plus sobre mais infiniment mieux coupée et portée que ses collègues, se dirigea droit vers l’archéologue.
- Docteur Jackson, fit-il. Je suis Meeron Villnore, l’assistant de la directrice Artolia. Au nom de la corporation Valert, je vous souhaite la bienvenue sur notre planète. J’ai été envoyé pour faciliter vos déplacements sur notre planète. Avez-vous fait bon voyage, monsieur ?
- Oui, merci. Est-ce que la directrice a accepté de nous recevoir ? demanda-t-il.
- Oui, monsieur. Elle pourra vous accueillir dès votre arrivée.
- Merci beaucoup, répondit-il. Je sais à quel point son emploi du temps est chargé. Major ?

L’officier s’approcha rapidement du duo et se présenta, laissant ensuite Jackson continuer :
- Le major dirige l’escorte qui nous accompagne, moi et mon assistante. Pourra-t-il m’accompagner pour la réunion avec la directrice Artolia pour que nous puissions discuter des détails de sécurité ?
- Bien sûr, docteur, répondit Villnore. Si vous et le major veuillez vous donner la peine d’embarquer, ces véhicules vous amèneront directement dans au QG corporatif.
- Entendu.

Anna s’approcha du véhicule où allait entrer l’archéologue, et croisa le regard de celui-ci. Aussitôt, elle le vit se durcir et faire un infime signe de tête lui intimant de ne pas poser de question, avant que, l’instant d’après, son visage diplomatique ne reprenne le dessus. La scientifique se figea dans son mouvement, puis se rendit à bord du véhicule dans lequel le reste de SG-17 embarquait. S’interrompant un bref instant pour regarder l’intérieur de l’appareil, aux proportions peu naturelles à ses yeux, elle passa rapidement outre son malaise et s’installa dans le volumineux habitacle, qui lui faisait penser à un bus d’aéroport.


En face d’elle, l’Ascendante la dévisageait avec un air amusé, puis, lorsqu’une petite vibration marqua le décollage, se tourna vers l’extérieur, où le paysage commençait à défiler. Finalement, au bout de quelques instants de silence, Urth reporta à nouveau son attention sur Anna :
- Alors, votre impression ?
- De quoi ?
- Hébrida, compléta la femme aux cheveux clairs.
- Je ne sais pas encore, avoua Anna. Je n’en connais pas beaucoup plus que les rumeurs et les anecdotes. Vous ?
- Pas plus. On m’a dit que ça ressemblait à du cyberfunk et…
- “punk“, la corrigea une voix masculine.
- Pardon ? demanda Anna en se tournant vers l’homme qui avait parlé.
- Ce dont le lieutenant Ravenwing parlait, reprit Hansen. Cyberpunk, un genre en SF où les mégarcorporations sont un thème récurrent.
- Désolé, capitaine, s’excusa l’apparente cadette de l’équipe. Je ne m’intéresse pas trop à la science-fiction… J’ai juste lu les ouvrages obligatoires à l’Académie, mais, à part ça, je trouve que l’on n’a pas besoin de quitter la Terre pour trouver des lieux et des personnages… intéressants.

L’officier haussa des épaules en levant des yeux au ciel comme si sa subordonnée avait commis une bourde davantage ridicule que dommageable :
- C’est vous que ça regarde, lieutenant. Mais, docteur Stern, un bon conseil : ne vous limitez pas aux livres. Il y a une ressemblance, mais ça s’arrête là. J’ai vu assez de monde –civils et militaires, hein– s’attirer des ennuis comme ça.
- … D’accord, j’essaierai de faire attention à ça… Merci, capitaine.

Sans dire un mot de plus, Anna se tourna à son tour vers la vitre, laissant son regard se poser sur le va-et-vient de véhicules aériens reliant les immeubles entre eux dans un ballet mécanique qui la fascinait. Certaines altitudes étaient apparemment réservées à des catégories particulières de véhicules, les lourds transports de fret circulant sans interruption et amenant aux immeubles –véritables villes verticales– ce qui ne pouvait apparemment pas être transporté par voie terrestre.

Un léger mouvement attira son attention, et elle se tourna vers l’Ascendante, qui venait de se redresser légèrement sur son siège, face à elle. La civile fut prise d’un mauvais pressentiment, et remarqua au bout de quelques instants la direction dans laquelle pointait le regard de la femme. Celle-ci surveillait du coin de l’œil une portion du paysage, sous la trajectoire de leur véhicule, et Anna tenta de voir ce qui avait brusquement fait se tendre Urth.

Elle vit trop tard la lueur s’élever de l’un des bâtiments.


Samuel E. Johnson était né sur Terre il y a plusieurs décennies de cela, mais avait depuis abandonné cette notion d’allégeance à sa planète natale lorsque ses instances dirigeantes avaient décidé de faire un exemple de lui lors d’un quelconque jeu de pouvoir impliquant ses protecteurs de l’époque. Il avait été jugé sacrifiable par les factions qui composaient l’organisation dysfonctionnelle qu’était le Trust. Quelques “irrégularités“ dans son budget personnel l’avaient amené à travailler pour un second employeur alors qu’il avançait paisiblement dans la hiérarchie du SGC, et, trop rapidement, il s’était retrouvé à transmettre objets, informations et personnes dans un jeu toujours plus risqué et moins payant.

Si les premières opérations, simples, avaient remboursé ses factures initiales, les suivantes n’avaient eu pour principale compensation de ne pas se faire dénoncer. Et ce, jusqu’au jour où il prit le rôle de fusible pour couvrir l’incompétence d’un donneur d’ordre qu’il n’avait jamais vu. Le Trust l’avait jeté aux loups du SGC, qui, eux, n’avaient jamais cherché à se poser de questions, baignés dans leur prétendue supériorité morale alors qu’ils s’apprêtaient à se débarrasser d’un élément indésirable en leur sein. Le major Johnson avait alors abandonné l’un et l’autre des deux groupes, et, jouant de ses dernières relations et amitiés, dépensant ses ultimes économies, parvint à s’enfuir, laissant derrière lui une douzaine de corps.

La Voie Lactée, il le découvrit bien assez tôt, savait accueillir comme il se devait les déserteurs entrainés et équipés tel que lui : avec une grande prudence. Il avait rendu la politesse et n’avait accordé sa confiance à nul autre que lui-même, vivant d’opérations aussi brutales qu’efficaces, sans jamais chercher à intégrer l’un des innombrables groupes de mercenaires qui écumaient la grande majorité des planètes de cette galaxie chaotique.

Finalement, l’ex-officier, sentant l’âge venir et rendre risqué le travail individuel, avait décidé de faire un compromis, acceptant une proposition venue avec suffisamment d’à-propos et d’opportunités financières pour attirer son attention. L’employeur lui semblait suffisamment fourni, discret et lui avait promis une autonomie raisonnable dans l’exécution des travaux qui seraient proposés, et Johnson monta une équipe pour sous-traiter les opérations complexes qui pourraient venir.

Une vie plus calme, mieux rémunérée et moins risquée était venue avec son nouveau statut, les ordres venant à intervalles irréguliers et lui laissant le temps de travailler pour les puissances locales, qui étaient toujours en grand besoin d’indépendants tels que son groupe.

Jusqu’à ces dernières semaines, cependant.

Les corporations hébridanes n’étaient plus désormais les principaux employeurs de sa petite troupe, les ordres arrivant à un rythme toujours plus élevé. Il cherchait expressément à ne pas trouver de logique dans ceux-ci, n’ignorant pas l’espérance de vie réduite des contractants plus curieux que de nécessaire, et exécutait.

Pourtant, Samuel E. Johnson ne remplissait pas une mission explicite, cette fois-ci, mais improvisait une opération montée en urgence. Un temps de préparation restreint, des conditions méconnues, mais ces risques étaient compensés par des gains potentiels importants, du moins si la consigne qui lui avait été transmise par son contact ne mentait pas.

Jackson était sur Hébrida.

La veille, il avait reçu un message indiquant que l’archéologue allait arriver sur Hébrida, en-dehors du cadre diplomatique habituel. Message qui n’aurait été rien de plus qu’un renseignement à vendre au plus offrant s’il n’avait pas reçu un autre ordre quelques semaines plus tôt.

Jackson, tout comme quelques dizaines d’officiels terriens et jaffas, avaient été cités nommément dans une transmission en provenance de ses nouveaux employeurs. Quelques dizaines de cibles qu’un groupe d’individus cherchait à voir disparaitre s’ils passaient à sa portée, mais aucune opportunité ne s’était présentée.

Jusqu’à présent.

Les risques, il le savait, étaient importants, entre les compétences de l’archéologue, l’équipe SG qui l’accompagnait et la réaction rapide qui ne manquerait pas de venir de la corporation l’ayant invité. Mais les gains étaient plus importants encore, et il savait qu’il pourrait se retirer définitivement de son métier et être à l’abri des représailles s’il parvenait à son objectif. Presque toutes les faveurs qu’il avait accumulées au cours des années étaient passées dans les préparatifs d’urgence, et seul le faible délai l’avait empêché de se procurer une arme nucléaire pour mener à bien l’assassinat.

Mais s’il n’avait pas pu obtenir des moyens idéaux, il était suffisamment préparé pour lancer malgré tout l’opération.

Il respirait donc calmement lorsque, au travers de ses jumelles, il vit le canon à plasma installé hâtivement sur un toit commencer à tirer.



La première secousse fit tomber Anna et plusieurs autres passagers de leurs fauteuils, et elle se raccrocha de justesse à l’accoudoir, évitant ainsi d’être propulsée à l’autre bout de la cabine lorsque le second choc arriva. Elle se releva, avec l’aide de l’Ascendante, et son regard balaya rapidement les environs jusqu’à voir le paysage extérieur. Il ne lui fallut que quelques instants pour comprendre ce qui posait problème.

Ils se déplaçaient verticalement plutôt qu’horizontalement.

Villnore était en train de paniquer, comme elle, et seul l’ordre brutal de Jackson les ramena à la réalité :
- Sanglez-vous !

Anna, toujours debout et l’esprit occupé à se demander pourquoi elle ne tombait pas alors que le véhicule pointait droit vers le sol, ne vit pas Hansen arriver. Le militaire la poussa dans le siège qu’elle avait quitté malgré elle quelques instants plus tôt, et verrouilla, d’une série de gestes brutaux, plusieurs bandes autour de son corps.

Avec un juron, il trébucha tandis qu’un nouvel impact venait secouer leur véhicule. Anna, incapable de réagir, vit le sas du cockpit se désintégrer à l’instant où Hansen finissait de s’arrimer à son propre siège. Fascinée, elle observa le sol se rapprocher au travers du trou qui ornait désormais l’avant de l’appareil, quelques débris incandescents entrant dans la cabine, remarquant à peine les cris du cadre Hébridan.

- Merde… murmura-t-elle en réalisant finalement sa situation… On est morts.

- Non, répondit une voix familière.
- Atlantis, murmura-t-elle dans le vacarme causé par les brèches dans la coque.
- Non plus. Regarde en face.

Elle leva les yeux vers Urth, qui lui répondit par un sourire rassurant.

- Par une chance extraordinaire, les compensateurs inertiels d’urgence auront survécu à cette attaque, et les passagers de la navette s’en tireront à peu près intacts.
- Vous… tenta-t-elle de dire, avant de s’arrêter, son visage fouetté par les rafales de vent alors que le véhicule s’approchait de plus en plus du sol.
- Tu peux te contenter de penser, tu sais…
- Vous… vous avez utilisé vos pouvoirs pour nous aider, c’est ça ?
- Peut-être… Mais je te suggère de ne pas t’attarder sur ce détail. Tu vas avoir beaucoup d’autres problèmes à gérer, Anna.
- Comment ça ? demanda-t-elle.
- Trop taaaaard… répondit l’Ascendante avec un ton plaisantin.

La navette percuta le sol à une vitesse de plusieurs centaines de kilomètres par heure, fracassant les parois d’un bâtiment.





Le jaffa ne savait pas vraiment ce qui l’avait le plus brisé lors des dernières heures, son corps endolori insistant sur les coups et les blessures infligées par son interrogateur alors que son esprit restait fixé sur une chose.

Bra’tac a été enlevé !

A présent que la douleur n’était plus qu’une constante qui ne se voyait plus altérer par les efforts du jaffa, Van’Tet avait retrouvé une légère capacité de réflexion, qu’il ne dédiait qu’à une seule chose : chercher une façon de se sortir d’une situation passée de dangereuse à désespérée.

S’il se doutait que les enjeux politiques pourraient peut-être forcer Bra’tac à ne pas intercéder en sa faveur, le jaffa avait été cependant persuadé qu’il pourrait sortir tôt ou tard de sa geôle. Mais tout avait changé, et il lui était douloureusement évident que son dernier filet de sécurité avait été retiré tandis qu’il perdait l’équilibre.

Un autre jaffa, désarmé et en tenue de prisonnier, lui avait servi d’appui lorsqu’était venu le temps de retourner dans sa cellule, la patrouille venant chercher Van’Tet ayant parfaitement compris que celui-ci ne serait pas en état de marcher par ses propres moyens. Une partie éloignée de son esprit ressentait un fugace sentiment de respect pour celui qui l’avait frappé, lui infligeant une douleur brutale, mais étrangement raffinée dans son application, n’ayant pas causé assez de dommages pour mettre sa vie en danger ou rendre les séances à venir moins efficaces.

Sentant les ecchymoses se former sur une bonne partie de son corps, il ne remarqua pas faire un chemin différent de celui l’ayant amené jusqu’à la salle d’interrogatoire, et il ne releva la tête que lorsque se fit entendre le bruit d’ouverture d’une lourde porte. Dans la salle faiblement éclairée, il reconnut une série de formes humaines, toutes assises contre un mur ou couchées au sol, n’ayant pas le temps de les détailler alors qu’il se voyait poussé dans l’ouverture, le prisonnier l’ayant accompagné le lâchant au même instant.

Ses réflexes et ses pensées engourdis par le hurlement permanent de son système nerveux l’empêchèrent de faire le moindre geste pour se rattraper, et il tomba lourdement au sol. La surface froide vint rajouter une sensation supplémentaire au contact de sa joue blessée, lui intimant de se relever immédiatement pour y mettre fin. Van’Tet tenta de se soulever, mais ne trouva pas la force nécessaire, et se contenta de se retourner lourdement pour se poser sur son dos.

- T’ont pas loupé, gamin, fit une voix que le jaffa n’eut pas de mal à reconnaitre.

Tournant très légèrement la tête, il put voir, du coin de l’œil, la silhouette du mercenaire qui l’avait plus ou moins pris sous son aile lors de sa mission dans le groupe de Mal’Doran.

- Désolé si j’me lève pas pour te voir, mais t’es pas le seul qui s’est fait redécorer la face, continua Othar, alors que Van’Tet distinguait à présent l’état de son visage, qui n’avait rien à envier au sien.

Le vétéran était assis et respirait lentement, ses membres portant eux aussi les traces d’un interrogatoire brutal. Le jaffa ressentit aussitôt la détermination qui perçait dans son regard, le mercenaire ayant été meurtri physiquement, mais n’ayant apparemment pas laissé la moindre prise à ses geôliers.

- Est-c’que t’as vu un truc utile quand y t’ont amené ici ? demanda-t-il.
- Co… comment ça… utile ? parvint-il à répondre.
- Patrouilles, armes, habits. Dis-moi tout c’que tu sais, tout c’que t’as vu.
- Ils étaient… six. Avec des lances… A quoi ça peut servir ?
- A ton avis ? Qu’est-c’qu’tu crois qui va nous arriver quand ils auront fini de nous tabasser ?
- Ils vont nous exécuter…
- T’as tout pigé, petit. Alors va falloir se tirer d’ici fissa.
- Toute la planète… dit-il péniblement. Toute la planète est en alerte.
- Explique.
- Maî… Bra’tac. Il a été enlevé.
- Evidemment… soupira Othar. Explique pas mal de trucs. Et ils nous prennent pour les complices… Pas étonnant qu’ils m’posent toutes ces questions sur le timing du job. Tant mieux qu’t’ais sorti la patronne de ce merdier, à la fin. Avec elle dehors, on a une chance de se tirer de c’te planète une fois sortis de la prison…
- Vous pensez qu’elles viendront nous aider ?
- Si on peut s’évader et se planquer quelque part, ouais. J’les connais, elles viendront. Sont comme ça, ces deux-la, faut pas t’faire trop d’bile.
- Tant mieux, répondit en toute honnêteté Van’Tet, qui voyait une possible issue à sa situation.
- … Oh, et, bon boulot, quand on était là-bas. Tu t’en es bien tiré.
- … Merci, lâcha-t-il.

Laissant ses muscles se décontracter sur le sol froid de la cellule, le jaffa se demanda depuis combien de temps il considérait le compliment d’un mercenaire comme ayant autant de valeur que celui d’un vieux jaffa.



Elle cligna des yeux, retrouvant un plafond devenu, avec le temps, familier.
- Bougez pas, lui dit une voix, elle aussi, familière. Je vais la chercher.

Suessi grommela quelques instants, puis se laissa retomber sur le lit de l’infirmerie de bord. Elle avait encore en tête les derniers instants de la débâcle qu’avait été cette mission sur Dakara, son groupe courant aussi vite que possible vers le point d’extraction, puis tenant la position jusqu’au moment où le flash venait mettre fin à ses souvenirs.

Une équipe entièrement perdue, un transport détruit, plusieurs morts dans son propre groupe. Un fiasco complet, mais qui, apparemment, avait été quelque peu tempéré puisqu’elle se trouvait à bord du Ha’Tak de sa supérieure et non dans une quelconque geôle jaffa…

Elle était encore en train de remettre ses pensées dans le bon ordre lorsqu’une figure féminine arriva à son chevet. Malgré ses vertiges occasionnels, elle n’eut aucun mal à reconnaitre la femme pour laquelle elle travaillait depuis plusieurs années et qui était la seule personne en qui elle avait véritablement confiance. Et cette fois-ci, Vala Mal’Doran, la mercenaire au comportement pour le moins original, arborait un visage sur lequel aucune émotion n’était visible.

Avant même le premier mot, Suessi porta toute son attention sur la femme aux cheveux noirs de jais, moins par son statut hiérarchique, mais parce que, en six ans, elle n’avait vu ce visage que deux fois. A chaque fois lorsque leur groupe avait dû traverser une crise majeure, qui aurait suffit à détruire d’autres formations de mercenaires. Et, lors de ces deux évènements, la résolution de la crise avait été particulièrement brutale, rappelant au reste de la communauté des soldats de fortune pourquoi Vala Mal’Doran jouait dans la plus haute catégorie.

Il n’y avait pas eu besoin d’une seule parole pour que Suessi comprenne qu’une nouvelle crise de ce genre était en gestation.

- Qu’est… qu’est-ce qui s’est passé ? demanda-t-elle.
- On a perdu tout le premier groupe, répondit-elle froidement. Pas de survivants. J’ai eu deux morts dans le mien, et on n’a récupéré qu’un tiers de ton groupe.
- Quoi ? Ils…
- Ce n’est pas clair, mais quelqu’un t’a mis sous les anneaux juste avant que je parte. Je ne pouvais pas rester plus longtemps, désolée.
- Il fallait sauver ce que tu pouvais.
- Oui. J’ai reçu beaucoup de rapports de Dakara, depuis. On est dans le pétrin, et jusqu’au cou.
- Comment ça ? fit Suessi en se passant la main sur le front alors qu’elle essayait d’ignorer sa migraine.
- La bonne nouvelle, c’est que ton groupe a été capturé. Ils sont enfermés, mais en vie. La mauvaise, c’est qu’on s’est fait avoir du début à la fin par nos clients.
- Comment ça ?
- Ils avaient besoin d’une diversion, ouais, dit-elle avec un rictus sarcastique. Mais pas vraiment pour récupérer quelques prisonniers. Ils ont préféré choisir Bra’tac, à ce qui parait.
- Dis-moi que c’est une blague, Vala, demanda-t-elle.
- Pas vraiment. Pas besoin de te dire ce qui va nous tomber dessus quand ils nous auront identifiées. Si c’est pas déjà fait…
- Merde… Tu crois que l’espion des jaffas est lié à tout ce foutoir ?
- J’y ai pensé. Il pourrait avoir préparé l’affaire de notre côté. Mais j’ai du mal à y croire, Suessi. Pourquoi, une idée ?

Lentement, le commandant en second de la compagnie de mercenaires se redressa sur son lit, avant de répondre :
- Rien de précis, Vala. Et qu’est-ce qu’on a sur l’autre groupe ? Ceux qui nous ont baisées.
- C’est le problème… Ils étaient fiables. J’avais déjà sous-traité une ou deux fois des jobs mineurs, ils me paraissaient efficaces. Pas le genre à faire un coup pareil. Ils vont avoir toute la galaxie à leurs trousses, à ce tarif-là !
- Absurde, admit-elle. Et s’ils l’échangeaient contre une rançon, ils se feraient abattre dans la foulée.
- Evidemment. Même les Luxiens connaissent les limites.
- Alors ? demanda Suessi. Qu’est-ce qu’on fait ?
- On récupère Othar et les autres, et on prend le temps d’une petite discussion avec notre nouveau jaffa, répondit Vala avec un sourire de prédateur, qui disparut alors qu’elle continuait. Et on retrouve ceux qui nous ont mis dans ce pétrin.
- Et les jaffas ? Comment on les gère ?
- On les ignore. Quand on aura récupéré Bra’tac et ceux qui l’ont enlevés, ils ne nous poseront plus vraiment de souci. Alors remets-toi vite fait sur pied, parce que je vais avoir besoin de tout le monde.
- D’accord…



Quittant l’infirmerie, la mercenaire prit le temps d’inspirer longuement, et se dirigea vers le pont de commandement, alors qu’elle réfléchissait aux opportunités qu’elle pourrait tirer de cette situation particulière.



Effet Papillon :
Un avenir possible, moins sûr et plus complexe pour des galaxies porteuses d'un mélange explosif : vide de pouvoir, héritages vivants et ambitions multiples.
Tomes I et II terminés, Tome III en cours

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Yeppeh, voila le tome III!
Je n'ai meme pas fini de lire le 2. sad.gif



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Où les mésaventures d'une certaine paire de civils reprennent de façon peu banale pour l'amusement et l'ébahissement du lecteur.

(Oui, je suis en train de lire des vieux récits de SF des années 1900, ça se voit tant que ça ?)


Chapitre 02 :

Lentement, Anna reprit conscience, ses yeux clignant à plusieurs reprises avant de rester ouverts alors qu’elle reprenait contact avec la réalité.

Elle gémit.

La scientifique ne savait pas combien de temps elle était restée inconsciente, mais était à peu près certaine de ne plus jamais vouloir monter dans l'une de ces aberrations technologiques qui, à en croire sa migraine, n'avaient aucune place dans cet univers. Elle ferma à nouveau les yeux et agita sa tête, essayant de faire disparaitre le mal de crâne qui la prenait désormais. Sans succès.

- Docteur Stern, ça va ? lui demanda une voix près d’elle.
- Je… je crois. Qu’est-ce qui s’est passé ? Où…
- Calmez-vous. On est entiers. A peu près.

Elle observa ses alentours, et se rendit compte qu’elle était suspendue à ses sangles, sur un siège qui était désormais à plusieurs mètres au-dessus du sol dans une navette presque perpendiculaire au sol. Des débris emplissaient l'avant de la cabine, tandis que celle-ci était partiellement éclairée par la lumière venant d’une large brèche faite dans la coque. Plusieurs personnes étaient apparemment occupées autour de l’un des plus gros débris, mais lui bloquaient son champ de vision et elle ne pouvait voir ce qu’ils faisaient.

- Où… où êtes-vous ? demanda-t-elle à la voix, qu’elle associa à l’un des membres de SG-17.
- A côté, sur le plan… le mur, maintenant.

Elle tourna la tête, et vit Hansen, se tenant aux attaches des sièges comme à des prises d’escalade.
- Ne bougez pas, continua-t-il. Je vais vous sortir de là.
- Comment… on s’en est sortis ? demanda Anna. On aurait dû se faire tuer…
- Villnore dit que c’est les sécurités pour les navettes VIP. Des compensateurs inertiels dans les sièges, ils ont presque tous fonctionné.
- D’accord… Attendez, “presque“ ?
- Une chose à la fois, docteur. Ne bougez pas…

D’un geste, il s’agrippa au siège de la scientifique, et lui tendit une corde avec un mousqueton :
- Attachez ça à votre ceinture et tenez-vous bien à votre siège.

Elle s’exécuta, puis serra ses mains autour des accoudoirs.

- Docteur… comme ça, vous allez vous casser la figure. Je vais vous donner un peu de mou, et vous allez vous retourner et vous tenir au dossier, d’accord ?
- … D’accord.

Le militaire fit quelques mouvements, bloquant sa position avec ses jambes, puis passa une main autour d’elle.
- Attention…

De l’autre, il dérégla prudemment la sangle, et Anna se sentit descendre, tenue par la prise ferme de l’officier. Quelques secondes et soubresauts plus tard, celui-ci stoppa sa manipulation et se ramena dans une position plus confortable.
- C’est bon, vous avez la place pour vous retourner. Accrochez-vous bien au dossier, je vais retirer les attaches après coup. Ne vous inquiétez pas, vous êtes aussi attachée à la corde, mais vous n’avez pas envie de vous balancer partout, si ?
- Pas vraiment… murmura-t-elle.

Lentement, elle pivota sur elle-même, jusqu’à faire face au dossier du fauteuil, et elle s’empara avec force de celui-ci.
- C’est bon, dit-elle à l’homme qui, désormais, lui faisait face.
- D’accord, répondit-il avec un sourire se voulant rassurant avant de regarder vers le bas. Lieutenant ! Vous êtes prête ?
- Oui, monsieur. On peut y aller, répondit une voix féminine derrière Anna.
- Bon, c’est parti ! dit-il en appuyant sur une paire de boutons placés sur les côtés du siège.

D’un coup, Anna se sentit tomber, et elle fit une grimace lorsque ses épaules amortirent le choc, la corde la tirant vers le côté. Elle ne lâcha cependant pas, et releva la tête vers Hansen :
- Et maintenant ?
- Maintenant, docteur, essayez de vous basculer vers la droite. Il y a un autre siège, vous devriez pouvoir l’atteindre avec votre jambe. Dès que vous y êtes, on devrait pouvoir descendre tranquillement.
Pendant quelques secondes, la civile se balança, non sans appréhension, mais rassurée par la présence de la corde et de la personne derrière, qui l’empêchait de tomber. Au bout de quelques essais, elle parvint à sentir la surface rassurante du siège indiqué, puis, après deux tentatives, put fixer son pied dessus.
- Excellent ! dit Hansen. Maintenant, l’autre jambe.
Elle put s’exécuter sans problème.
- Maintenant, avec votre main droite, prenez le siège que vous voyez à côté du mien.
- Si je lâche, je vais me casser la figure !
- Non, non, le lieutenant Choukri vous tient. Rassurez-vous, vous n’êtes plus en danger. On veut juste vous mettre en position pour éviter de vous balancer dans tous les sens quand vous descendrez.
- …
- Faites-moi confiance, continua-t-il.

Anna inspira, puis, d’un geste, lâcha le fauteuil avec sa main et la lança vers sa cible, qu’elle parvint à atteindre.

- Parfait, l’encouragea Hansen. Maintenant, vous pouvez tout lâcher tranquillement, et vous plaquer contre la paroi. Le lieutenant va vous faire descendre.

Elle obéit, et, après quelques légers balancements, se retrouva contre ce qui avait été, quelques minutes plus tôt, le plancher de la cabine. Aussitôt, Anna se sentit descendre, alors que la jeune femme, à quelques mètres d’elle, faisait les mouvements requis pour donner du mou à la corde.

Quelques secondes plus tard, elle posa pied à terre.
- Merci beaucoup, dit-elle à la cadette de l’équipe.
- De rien, madame. Vous vous en êtes bien sortie.
- Si vous le… qu’est-ce que…

Elle venait de voir, derrière la jeune militaire, l’attroupement qui s’était formé autour d’un fragment de coque sur lequel étaient tombés plusieurs débris du bâtiment qui constituait la dernière demeure de leur épave. De l’amas de métal et de béton dépassait une figure familière, qu’Anna n’eut aucun mal à reconnaître.

Urth !

L’Ascendante avait apparemment ses jambes coincées sous les débris, et le reste du groupe essayait de dégager un lourd bloc avec autant de prudence que possible.

- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda-t-elle au reste de l’équipe.
- Malheureusement, répondit Villnore, le système de sécurité pour le siège du lieutenant Ravenwing n’a pas entièrement fonctionné.
- On peut dire ça, oui, commenta le major Scott sans lever les yeux de sa tâche.
- Elle va bien ? demanda Anna avant de se rendre compte de l’absurdité de sa question.
- Oui, répondit le cadre hébridan. Elle a eu beaucoup de chance, et apparemment, elle n’a rien de cassé.
- Tant mieux, soupira-t-elle.
- Qu’est-ce qu’elle prépare encore, celle-là ? prit-elle soin de ne pas rajouter à haute voix.

- Je suis restée inconsciente longtemps ? s’enquit Anna.
- Quelques minutes à peine, répondit l’archéologue.
- Est-ce qu’on a une idée de qui nous a attaqués ?
- J’ai vu quelque chose en bas avant que ça commence, affirma Urth. Mais je ne sais pas si c’était lié…
- Moi aussi, confirma Anna. Une sorte de lueur, peut-être un tir ou quelque chose.
- Ne vous inquiétez pas, intervint Villnore. Nos services de sécurité devraient arriver rapidement sur place et tout devrait être terminé.
- Ils savent où on est ? demanda Anna.
- Faut espérer, dit Hansen, qui venait de redescendre. Parce que nos radios ne fonctionnent pas avec les fréquence de comm’ locales, donc pas de contact. Et puis, je ne voudrais pas faire le défaitiste, mais ceux qui nous ont fait ça étaient bien préparés et savaient qu’on arrivait. Vous savez où on est, exactement ?
- Pas exactement, capitaine, répondit le cadre. Dans l’une des zones industrielles, sans aucun doute, mais après…
- Bon, fit Scott en se relevant. Tout ce qu’on risque, là, c’est de faire s’effondrer ce foutoir sur les jambes de Ruth. Il nous faut de plus gros moyens si on veut la tirer d’ici correctement. Docteur Jackson, est-ce que vous pouvez rester ici avec Villnore et le docteur Stern ? Je vais voir avec mon équipe si on peut sortir de cette ruine et vous ramener les secours.
- Entendu, major, acquiesça l’archéologue. On reste en contact radio.
- Allez tout le monde, fit l’officier. On y va !
Ses trois subordonnés sortirent prudemment de l’épave par la brèche, et il se retourna avant de les suivre :
- Tenez bon, lieutenant, on va revenir rapidement.
- Ca ira… fit-elle.

Bizarrement, je ne me fais pas vraiment de souci pour elle, pensa Anna alors que le reste de SG-17 s’éloignait d’elle.

La scientifique observa le groupe de militaires avancer prudemment, déblayant les débris devant eux avant d’emprunter un escalier à quelques mètres du lieu du crash.

- C’est… toujours comme ça ? demanda Anna à l’archéologue.
- Trop souvent, soupira celui-ci. Enfin, on s’en sort, c’est l’important.
- Je suis d’accord avec votre assistante, docteur Jackson, intervint le cadre hébridan. Je ne sais pas si je dois être plus inquiet de cette attaque ou du fait que ça ne vous surprend même pas.
- Si ça peut vous rassurer… Meeron. C’est bien ça ?
- Oui.
- Si ça peut vous rassurer, j’ai connu pire la semaine dernière.
- Pire ? s’exclama-t-il. On vient de s’écraser avec notre navette !
Jackson soupira.
- Je n’ai pas le droit de vous en parler.
- … D’accord, si vous le dites. Mais quand même…
- Anna, dit-il en s’approchant de la scientifique. Est-ce que je pourrais vous parler une minute ?
- Bien sûr, monsieur.

Il fit un geste de la tête vers l’extérieur de l’épave, et elle le suivit.

- Est-ce que vous savez ce qui s’est passé ? demanda-t-il sans préambule, en gardant une voix basse.
- Euh… non, pourquoi ?
- Vous avez pu contacter Atlantis ?
- Pas encore. Vous voulez que je lui demande si elle en sait plus ?
- On ne risque pas grand-chose… Je me trompe ?
- Non, je ne pense pas.
- Très bien. Dites-moi si vous en savez plus, conclut-il en retournant à l’intérieur.

Elle attendit quelques secondes, puis murmura :
- Atlantis, vous m’entendez ?
- Bien sûr, docteur Stern.
- Est-ce que vous savez qui nous a attaqués ?
- J’ai repéré un groupe de mercenaires qui, de toute apparence, est à l’origine de la frappe contre votre véhicule. Selon les données dont je dispose, ils se rapprochent de votre position en ce moment-même.
- Oh, c’est pas vrai ! grommela-t-elle.
- Je vous suggère cependant de faire preuve de jugement pour savoir si vous en informerez le docteur Jackson. Si vous le faites, il saura que je dispose d’une capacité de surveillance en temps réel sur votre groupe.
- Mais on va se faire surprendre si je ne lui dis rien.
- En effet, mais, au vu du niveau d’entrainement et des positions respectives des différents partis en présence, les risques demeurent tolérables. Quelque soit votre décision, cependant, je m’adapterai en conséquence.
- Et, il n’y a pas une solution intermédiaire ? murmura-t-elle.
- Si. Vous pouvez lui dire que j’ai pu avoir accès aux systèmes de surveillance locaux pour me procurer ces informations, et sous-entendre que cette performance ne serait pas réalisable là où ils sont absents. A vous de voir, docteur Stern.
-…

- Docteur Jackson ! l’appela-t-elle quelques secondes plus tard.



Le major Scott avait été agréablement surpris de voir que les décombres n’avaient pas bloqué le reste du passage, et son équipe put rapidement accéder à une sortie. Prenant quelques secondes pour observer les alentours, il ne lui en fallut pas plus pour comprendre l’état du bâtiment dans lequel ils s’étaient écrasés. Où que son regard se porte, les constructions industrielles semblaient toutes laissées à l’abandon, le militaire remarquant ça et là quelques mouvements qu’il ne savait pas à qui ou quoi attribuer.

Il allait ordonner à ses subordonnés de se déployer lorsqu’un vaisseau semblable à leur précédente navette se rapprocha rapidement de leur position.
- Personne ne bouge, dit-il à voix basse.

Le véhicule se posa gracieusement sur la rue laissée à l’abandon, et quelques instants plus tard, son côté s’ouvrit, laissant sortir une douzaine d’humains et de serrakins armés et en tenue de combat.

- A votre avis, major, chuchota Hansen, ils viennent pour nous donner un coup de main ? Ils ont l’air sacrément équipés pour des sauveteurs…
- On est d’accord, capitaine. On reste prêts, ça peut être les autres qui reviennent finir le travail. Quelqu’un a pu garder autre chose que les flingues ? demanda-t-il au reste de son équipe tout en sortant une grenade de son paquetage.
- Une paire de flashbangs, si ça vous intéresse, répondit Nasimov.
- Un zat, fit Hansen en tendant l’objet susnommé.
- Oh… hésita la jeune femme. Désolée, je n’avais pas pensé que…
- Pas de souci, lieutenant, répondit Scott. Pensez-y la prochaine fois : gardez toujours une réserve de dispo.
- Oui, monsieur.
- Bon, c’est pas tout, mais la situation s’est pas arrangée un poil, là. Ils sont plus nombreux et mieux armés. Quelqu’un a un plan ?

Sa radio grésilla à cet instant précis :
- Major, ici Jackson. Faites attention, ceux qui nous ont descendus vont arriver pour essayer de tuer les survivants. Ils devraient être là d’ici quelques minutes au maximum.
- Bien compris, docteur Jackson. Scott, terminé, répondit l’officier dans la seconde avant de couper sa radio.

- Comment est-ce qu’il sait ça ? s’étonna la cadette de l’équipe.
- J’en sais rien, lieutenant, répondit Scott. Et c’est pas notre problème, là.
- Major, fit Hansen. Ils nous ont repérés !
- Quoi ?
- Ils regardent tous dans notre direction !
- Merde ! Ils ont dû capter la transmission ! Tenez-vous prêts. Personne ne tire sans ordre. C’est peut-être la sécurité dont l’autre parlait.


- Qu’est-ce que je dois encore savoir sur Atlantis, Anna ? demanda Jackson, le visage crispé.
- La dernière chose qu’elle m’a dit, c’est qu’elle a pu contrôler les caméras des environs, rien de plus. Est-ce que vous voulez que je lui demande de contacter les autorités ?
- Et avoir ensuite tout le monde sur cette planète qui cherche à comprendre comment j’ai réussi ce coup ? Je m’en passerai, merci. Et, en plus, soit ils savent déjà où l’on est et les renforts sont déjà en route, soit ils n’arriveront jamais à temps. Venez avec moi, on va couvrir l’entrée.
- Mais… le major Scott…
- Va sûrement tenir sa position, mais… commença-t-il avant d’être interrompu par une explosion sourde.
- Qu’est-ce que... fit Villnore, depuis l’épave, à quelques mètres d’eux.
- Grenade, répondit l’archéologue. Plus de temps à perdre, Anna.
Il se retourna, criant :
- Villnore ! Mettez-vous à l’abri, et s’ils passent, cachez-vous !
- Mais, répliqua le cadre, je peux…
- Non ! l’interrompit Jackson. Anna et moi, on est entraînés, pas vous ! Restez à l’abri !

Voyant que l’hébridan ne cherchait pas à le rejoindre, il se rapprocha de la scientifique, qui prenait ses repères dans les décombres près de l’escalier alors que plusieurs coups de feu retentissaient depuis l’extérieur du bâtiment.
- Entraînée ? demanda-t-elle en le voyant arriver. Je sais juste tenir cet engin dans le bon sens, c’est tout, vous savez.
- Ce qui est probablement mieux que pour lui. Et je sais que vous pouvez vous en sortir dans les urgences.
- Ah… merci ?
- Ce n’est pas un compliment, Anna. C’est un fait. J’ai vu beaucoup de personnes expérimentées paniquer pour cent fois moins que vos dernières semaines. Vous n’êtes pas Sam, mais à choisir entre vous et lui…
- Si vous le dites…
- Bon, dit-il finalement. On monte en haut. Selon le major, il y a un couloir. On essaie de le tenir le temps que les renforts arrivent. Conservez les munitions.
- D’accord, répondit-elle avant de s’avancer dans l’escalier.

Faisant ses premiers pas dans le couloir, Anna n’eut pas le temps d’entendre l’avertissement d’Atlantis lorsque tout l’univers lui donna l’impression d’exploser autour d’elle, sombrant instantanément dans l’inconscience.



Les murs abritant les quatre militaires terriens étaient en train de se désagréger sous leurs yeux, les premiers échanges de tirs s’étant rapidement transformés en un tir de barrage presqu’ininterrompu de la part des nouveaux arrivants. Le chef de l’équipe SG-17 s’était rapproché et avait tenté de prendre contact avec eux, pour se faire accueillir par plusieurs décharges d’armes à énergie dont il ne fut protégé que par ses réflexes et une position choisie pour sa couverture.

Si une première grenade incapacitante avait pu donner un avantage temporaire aux défenseurs, celui-ci appartenait désormais au passé. Les tirs incessants forçaient les terriens à s’abriter et à se déplacer.

- Major ! fit Hansen en s’éloignant, accroupi, de sa position initiale. Qu’est-ce qu’on fait ?
- On les retarde ! Bloquez les issues !

Il leur fit signe de retourner dans l’un des couloirs intérieurs du bâtiment, et, suivant ses subordonnés, continua à observer attentivement son environnement.

Merde, une seule grenade, pas d’explosifs, pas d’outils, pas de mines, rien ! Et il faut défendre ce trou à rats ? Merde, merde, merde !

Une fois à l’abri, il reprit son souffle :
- Hansen, Choukri, mettez tout ce que vous pouvez dans le passage ! Du gros. Nasimov, avec moi, on va bloquer l’autre côté !

Sans attendre de confirmation, il continua sur sa lancée initiale, cherchant du regard tout obstacle potentiel, gardant en mémoire ou ignorant les débris de chaises et de tables selon leur taille, matériau ou état.

- Ici ! aboya-t-il en s’arrêtant près d’un meuble de rangement.

Son subordonné comprit et accourut pour l’aider à déplacer le lourd objet métallique, qu’ils firent tomber en travers du chemin, au détour d’un coin de couloir. L’instant d’après, ils se séparèrent pour se diriger vers les pièces adjacentes, chacun ramenant aussi vite que possible des meubles de différentes tailles qui se virent ajouter au chaos naissant. Lors de son troisième aller-retour, le major se rapprocha d’une boite qu’il avait remarquée en ramenant une paire de chaises, et vérifia rapidement son contenu. N’y voyant rien d’utile, il la jeta de côté et s’empara d’une paire de tabourets.

Rejoignant la barricade, il perdit l’équilibre et tomba au sol lorsque le bâtiment entier trembla.


L’archéologue se rattrapa par réflexe à un pan de mur, évitant ainsi de poursuivre sa chute alors que ses yeux le brûlaient, inondés par la poussière qu’avait soulevé l’explosion. Se balançant difficilement, il parvint à atteindre une corniche créée par une poutre encastrée dans la paroi, et, avec quelques efforts, put relâcher sa prise pour s’accrocher au nouveau support. Péniblement, Jackson retira autant de poussière que possible, et parvint à voir à nouveau, découvrant la dévastation devant lui.

Toute la zone qu’il venait de quitter avec Anna était désormais transformée en champ de ruines, les débris effondrés formant un amas informe au milieu duquel il reconnut plusieurs fragments de la navette. Aussitôt, il chercha à trouver l’issue vers laquelle il se dirigeait lors de l’explosion, supposant que SG-17 reviendrait éventuellement par ce chemin. Mais sans succès, se rendant compte que les différents accès s’étaient effondrés, la seule lumière provenant désormais du plafond ravagé.

- Pas ma journée… murmura-t-il, alors que son ouïe était suffisamment revenue pour lui permettre d’entendre les coups de feu intermittents qui venaient de plusieurs directions à la fois.

Avançant avec prudence sur la poutre, il repéra soudain une forme humaine sur les décombres, et n’eut aucun mal à la reconnaître.
- Anna ! Vous m’entendez ? appela-t-il.

Il allait se répéter lorsqu’une seconde explosion le força à s’agripper à sa poutre pour ne pas chuter à son tour.



Johnson ne put réprimer un léger sourire lorsque le missile pénétra exactement à l’endroit prévu, guidé expertement par plusieurs de ses hommes, qu’il avait recrutés sur Terre pour leur compétence. Quelques soldats avaient apparemment accompagné sa cible, mais les premiers rapports de ses tireurs d’élite postés sur place indiquaient que Jackson n’était pas ressorti avec eux du lieu du crash.

- Combien de temps ? demanda-t-il à l’un de ses lieutenants.
- Huit minutes. On a encore de la marge.
- On fait le nettoyage, et on se tire. Pas besoin de prévenir nos… meilleurs amis.

Il jeta un coup d’œil vers les mercenaires recrutés la veille, qui commençaient à entrer dans le bâtiment en ruine pour retrouver les soldats terriens. Ceux-ci, il s’en doutait, tiendraient suffisamment longtemps pour permettre à leurs renforts d’arriver, capturant ou tuant ainsi les excellents boucs émissaires qu’il avait préparé. Le temps que la supercherie soit découverte, lui et quelques-uns de ses plus anciens camarades de combat seraient réellement hors d’atteinte.

Un second lance-missile, cette fois-ci équipé avec une tête perforante, fit feu vers l’une des parois du bâtiment, alors qu’il s’en rapprochait avec le reste de ses forces. Le projectile n’eut aucun problème à remplir son objectif, la charge creuse manufacturée à des années-lumière de là, en Europe, fracassant la paroi et ouvrant une brèche suffisante pour entrer à l’intérieur.

Une dizaine de secondes plus tard, le premier groupe lui indiqua que la zone était dégagée, et il entra à son tour, se laissant quelques secondes pour admirer les débris qui étaient tout ce qui restait de la navette transportant sa cible. Mais son regard se fixa rapidement sur une silhouette reposant, inerte, sur la pile de ruines.
- Qui c’est ? demanda-t-il à l’un de ses sergents, qui se rendit rapidement près du corps.
- La fille qui accompagnait Jackson. La civile.
- D’accord. Vivante ?
- Oui, monsieur. Qu’est-ce qu’on en fait ?
- On l’embarque. Si elle a pu s’en tirer, elle pourra nous dire si Jackson aussi. Allez, on a deux minutes pour checker la zone avant de se barrer d’ici !

L’archéologue, une demi-douzaine de mètres plus haut, s’était figé à l’instant où les premiers mercenaires étaient rentrés à l’intérieur du bâtiment. La main posée sur son arme, il resta allongé sur le dos, ignorant la poutre froide et écoutant les échanges entre les nouveaux arrivants.

- Monsieur ! l’appela un lieutenant. Les abrutis viennent de nous appeler ! Leur pilote s’est rendu compte que leur navette a été sabotée.
- Merde ! répondit automatiquement Johnson. Plus le temps, on se tire. Et prenez la fille, elle peut servir d’otage si ça foire.


Jackson, lui, était en train de réfléchir aussi vite que possible à ses différentes possibilités pour gérer la nouvelle situation.
Ils vont partir avec Anna. S’ils l’interrogent, elle pourrait leur parler d’Atlantis, ou alors Atlantis pourrait l’aider, d’une façon ou d’une autre. Ca nous mettrait tous dans un sacré pétrin. Et la sécurité qui n’est pas encore là. Merde, merde, merde. Pareil pour Scott, je ne peux pas le contacter, et il n’a pas le temps de revenir. Ah, c’est pas vrai ! Il y a vraiment un complot pour m’empêcher de me reposer une seule semaine ! Bon, je n’ai vraiment pas le choix. Si je ne fais rien, on ne la retrouvera jamais…

Bougeant lentement la tête, il se mit en position d’observer du coin de l’œil l’ensemble du champ de ruines, surveillant les mercenaires alors qu’ils partaient par la brèche créée quelques instants plus tôt. Attendant que les derniers d’entre eux ne partent, il s’accrocha à la poutre avant de se laisser tomber au sol, non sans bruit alors que des débris et des briques résonnèrent sous ses pieds. Il ne perdit pas un instant, et se rua vers le mur percé pour se plaquer sur celui-ci, à quelques pas du trou.

Un très bref coup d’œil lui permit de voir les deux appareils de transport, autour desquels s’affairaient les mercenaires, et l’archéologue retint un juron.



Les soldats ennemis avaient finalement commencé à rentrer dans le bâtiment, et le major Scott était en train de remercier une énième fois le ciel pour les couloirs étroits de celui-ci, alors que la barricade avait jusqu’alors permis de tenir les assaillants à distance. Il avait finalement laissé l’arme à énergie à Hansen, sachant que la jeune femme qui l’accompagnait était moins experte au tir que les autres membres de l’équipe, aggravant ainsi le problème général de munitions.

Au prix cependant de se retrouver particulièrement limité lui-même.

- On se tire, dit-il à Nasimov près de lui. On les laisse s’approcher, et on les choppe au corps-à-corps.
- On va se faire descendre ! lui répondit son subordonné.
- On va forcément se faire descendre si on continue comme ça ! Il nous faut des armes. On en n’a pas, ils en ont ! Et il nous reste une flashbang.
- Compris.
- Repli vers l’escalier ! hurla le major, tout en faisant signe au capitaine d’y aller.

Les deux hommes tirèrent quelques-unes de leurs dernières cartouches, et se mirent à courir vers le coin du couloir qui les séparait de la cage d’escalier d’où ils étaient sortis quelques minutes plus tôt.

Pour voir les décombres qui obstruaient désormais celle-ci.

- Et merde ! Bordel de merde ! jura Nasimov.
- On s’en fout, répondit Scott avant de baisser la voix. Ils sont à l’abri là où ils sont, faudrait des gros moyens pour déblayer ce foutoir. On récupère des armes, et on rejoint les autres, compris ?
- D’accord…

Sans dire un mot, ils se plaquèrent contre le mur, le major ayant ramassé un fragment de table d’où dépassaient de longues échardes. Lentement, il descendit la main vers la ceinture, où se trouvait la dernière grenade incapacitante, avant de rapprocher la tête du bord. Une fraction de seconde avant de sortir de sa couverture, cependant, il repéra un mouvement, et laissa ses réflexes agir.

L’un des soldats avait apparemment laissé les autres derrière lui et s’était lancé à leur poursuite, et, en voyant les deux membres de l’équipe SG-17 devant lui, tenta de ramener son fusil vers eux. Il ne put cependant terminer son geste lorsque, d’une main, Scott donna un coup violent de son arme improvisée dans le coude de l’homme, lui faisant lâcher l’arme à énergie. Le mercenaire n’eut pas le temps de se défendre lorsqu’un coup de poing vint briser son nez dans l’instant suivant, suivi presqu’aussi rapidement par un assaut au ventre le faisant se plier en deux.

Le major, sans hésiter, le fit tomber au sol d’un jeu de jambes, pour l’achever par une frappe du tranchant de la main dans la gorge. Le larynx écrasé, le soldat commença sa lente agonie, à laquelle les deux officiers ne prêtèrent pas attention alors que Scott s’était lancé vers l’arme de poing portée par sa victime et que Nasimov avait attrapé le fusil tombé au sol et commençait à inonder le couloir de dards bleuâtres immolant le reste de l’escouade ennemie alors qu’elle franchissait avec peine la barricade.

Le regard de Scott se porta immédiatement sur deux cadavres tombés à mi-chemin entre eux et leur obstacle. Sans un mot, il se jeta sur eux et s’empara de leurs armes, faisant glisser les deux pistolets vers Nasimov, tandis qu’il revenait vers celui-ci, un fusil dans chaque main.

- On se casse ! fit-il alors que le capitaine en face de lui rangeait chacune des deux petites armes dans ses vêtements.

Le duo s’élança dans le couloir, en direction du reste de leur groupe, sachant parfaitement que, pendant au moins une minute, le reste de leurs assaillants ne tenteraient pas de franchir en force le passage, devenu quelques instants plus tôt un charnier.

Courant à corps perdu, ils n’eurent pas besoin de l’ensemble du délai pour retrouver la position des deux cadets de l’équipe, et seuls les cris d’avertissement du major les empêchèrent de leur tirer dessus sans préavis alors qu’ils surgirent au détour d’un couloir.

- Rapport ! fit Scott.
- On les tient pour le moment, major ! répondit Hansen sans le regarder, alors qu’il tirait une nouvelle rafale au-dessus de son abri de fortune.
- Jackson et les autres sont coincés. Accès effondré. Les autres n’ont aucune chance de les avoir avant l’arrivée des renforts.
- Vous êtes sûr qu’ils vont rappliquer, major ? demanda Hansen, alors que les tirs s’étaient interrompus pour quelques secondes. C’est pas plutôt eux qui nous ont fait sauter après nous avoir dit bonjour ?
- Non, refusa Scott. Pas assez de moyens. On serait tous morts. Et puis, merdier politique… Vous inquiétez pas, capitaine. Ils vont arriver, on doit juste tenir.
- Compris.
- Bon, on les tient encore un instant, et on décolle. Faut trouver un endroit mieux couvert. On est mobiles, maintenant que l’escalier vers la navette est out.

- Au secours…

- Qu’est-ce que c’était ? demanda la cadette du groupe.
- Pas sûr, fit Nasimov. On aurait dit Ruth.
- Lieutenant ? demanda Scott dans sa radio. Vous me recevez ?

- Mur Sud… répondit la voix, d’un ton faible. Ils sont là…

- Et merde ! Avec moi ! lança le major avant de partir dans la direction indiquée.

Ni lui, ni aucun autre membre de l’équipe n’eut la moindre réflexion sur un léger détail.


Aucune des radios ne fonctionnait plus, toutes désactivées par un intense brouillage quelques secondes avant la destruction de la navette.



Jackson jura une fois de plus à mi-voix, alors que, à quelques dizaines de mètres de lui, les mercenaires achevaient d’embarquer dans leurs navettes. L’archéologue, d’un bref regard hors de sa couverture, compta le nombre de soldats, et se crispa en réalisant que sa situation n’avait rien à voir avec celles qu’il avait pu connaître lors de ses années en opération.

Voyant un retardataire s’attarder à ranger des équipements dans l’une des larges soutes de sa navette, il se mit à réfléchir sur la façon de l’isoler complètement du reste du groupe. Désespérant de trouver une solution lui permettant de prendre à temps la place du soldat auprès de ses congénères, Jackson se surprit à commencer à penser aux options diplomatiques et militaires qu’il pourrait employer pour sortir la civile des mains de ses ravisseurs si ceux-ci parvenaient à s’enfuir.

Son esprit fonctionnait à toute vitesse lorsque le vacarme infernal d’une grenade incapacitante l’interrompit, lui faisant plaquer ses mains par réflexe sur les oreilles. Reprenant rapidement ses esprits, il jeta un coup d’œil par la brèche dans le mur, et vit plusieurs mercenaires effondrés au sol, d’autres courant vers différents abris de fortune avant de riposter vers des cibles cachées à sa propre vue.

Ils sont encore à moitié aveuglés ! Maintenant !

Vérifiant brièvement que plus personne ne regardait, même approximativement, dans sa direction, il se lança dans l’ouverture percée quelques minutes plus tôt dans la paroi, et courut vers la navette la plus proche, alors même que celle transportant Anna décollait.

Ignorant les échanges de tirs, il fit un écart pour se rapprocher d’un cadavre encore chaud, et ramassa sans s’arrêter l’arme à énergie du défunt. L’archéologue se plaqua alors contre la coque froide du petit vaisseau, et évalua rapidement ses possibilités, alors qu’il reconnaissait désormais les silhouettes des membres de SG-17, à quelques étages au-dessus du sol et tirant sans relâche vers les mercenaires.

Pas le choix, il faut que je sache où ils vont !

Il ne lui fallut que quelques instants pour prendre sa décision, et Jackson, dégageant le corps du soldat qui, quelques instants plus tôt, rangeait le matériel, sortit une paire de lance-missiles et de munitions pour rentrer lui-même dans la soute de la navette avant de, péniblement, remettre ceux-ci entre lui et la porte extérieure.



Le major eut un instant de battement en reconnaissant la silhouette de l’archéologue courant vers l’un des deux appareils, et évita de justesse un tir lui étant destiné.
- Tir de barrage ! ordonna-t-il.

Qu’est-ce qu’il fout encore ? pensa-t-il en suivant, du coin de l’esprit, le mouvement de l’archéologue.

Une dizaine de secondes plus tard prenaient fin les apparentes hésitations de l’escouade qu’ils avaient surprise, et Scott hurla au reste de son équipe de se mettre à couvert, tandis que les tirs adverses se mettaient brusquement à gagner en coordination, rendant impossible toute contre-attaque de la part des quatre terriens. Ceux-ci, sous l’impulsion de leur officier supérieur, quittèrent le poste de tir pour regagner aussi prudemment que possible l’abri de l’intérieur du bâtiment, n’assistant pas le décollage successif des deux navettes.


Johnson jura en entendant le rapport de l’un des sergents, qui lui indiquait le nombre de soldats qui avaient été perdus dans la contre-attaque de l’équipe de protection de sa cible. Aussi bien pour les morts eux-mêmes que pour les implications de l’escarmouche quant à sa couverture. Il allait rapidement être démasqué comme le véritable auteur de l’attaque, et les conséquences allaient être douloureusement évidentes pour lui s’il s’attardait trop.

Se rendant dans le cockpit, il posa son regard sur les bâtiments que survolaient les deux navettes à très basse altitude, alors que, selon les transmissions interceptées, plusieurs groupes de forces spéciales hébridannes arrivaient à grande vitesse vers le lieu du crash, pour sans aucun doute éliminer le reste des mercenaires indépendants qu’il avait recruté pour l’occasion.

Au même instant, son propre appareil de transport s’insérait habilement dans le trafic urbain, plusieurs lasers à haute intensité aveuglant un moment les caméras de surveillance proches alors que des contre-mesures électroniques brouillaient les senseurs de la sécurité routière le temps nécessaire pour permettre aux deux navettes de devenir autant de contacts anonymes. Contacts qui allaient incessamment sous peu se séparer pour rejoindre leur objectif final par des chemins distincts.



Quelques mètres derrière la cabine chargée de soldats surarmés, Daniel Jackson remerciait intérieurement l’âme généreuse qui avait inventé les compensateurs inertiels. Et gémissait face au vacarme qui venait de l’extérieur de la navette, provoqué aussi bien par les propulseurs que par le déplacement lui-même. Se tortillant dans l’espace restreint, il retira avec peine sa radio et, d’une main, la posa devant lui.

Jack se ficherait de moi pendant des années s’il me voyait maintenant… Bon, temps de retrouver les vieilles habitudes. Trouver où je suis, trouver où est Anna, m’enfuir et tout faire sau… non, ça, c’est la méthode de Jack et de Sam. Juste la sortir de là et partir avant de devoir tout faire sauter, voilà. Et savoir aussi ce qu’ils nous veulent. Donc, il me faut un plan. Essayer la discrétion. Et ramener des renforts.

Il regarda la radio.

Bon, il faut tenter le coup. Ils ne vont pas forcément surveiller toutes les transmissions qui viennent de leurs propres vaisseaux.

La branchant sur le mode d’émission, l’archéologue commença à appuyer en rythme sur le bouton de signal.

DJ à SG 17. Urgence. Suis dans navette ennemie. Anna otage. Suivez signal. Silence radio jusqu’à nouvel ordre. Vais préparer terrain. Contactez Artolia. Lui dire que je sais où Vala a mis les dossiers disparus. Demandez soutien.

Une fois le message émis, Jackson le recommença depuis le début, ignorant sa main engourdie alors que, de l’autre, il balayait son environnement avec la lampe de poche de son équipement standard. La soute était en grande partie remplie d’équipements et de munitions, mais il ne vit rien d’accessible ou de potentiellement utile à la suite des évènements.

Bon, est-ce que je tente de descendre rapidement avant qu’on soit posés, ou j’attends qu’ils soient tous partis ? S’ils déchargent la soute dans la foulée, je suis fichu, mais si les pilotes voient que la soute s’ouvre alors qu’ils sont encore en vol, ça va être mal barré… Il va encore falloir que j’improvise… En même temps, si je réussis à sauter avant qu’on se pose, je devrais pouvoir me mettre à l’abri avant qu’ils puissent me retrouver… Ca vaut mieux que d’espérer qu’ils prendront leur temps avant de vider tout ça… D’accord, on y va.



Une alarme se mit à clignoter dans le cockpit, attirant l’attention de Johnson alors qu’il s’apprêtait à retourner dans la cabine principale.
- Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il.
- Problème avec la soute, répondit le copilote. Elle n’est pas bien fermée.
- On n’avait pas besoin de ça… Est-ce qu’on perd du matos ?
- Une seconde.
Une caméra externe afficha son champ de vision sur l’un des écrans, montrant la coque du petit engin, et l’ancien militaire terrien vit la paroi de la soute entrouverte mais sans qu’aucun objet ou équipement n’en tombe.
- Bon, pas de manœuvres brutales. J’ai pas envie de semer des armes partout pour aider les types de la sécurité à nous suivre. On s’occupera de ça quand on sera rentrés.

Merde, pensa-t-il. J’aurais dû vérifier ça avant de partir. C’était à Victor de s’en occuper et il s’est fait descendre. Bon, c’est plus le moment des regrets. Faut juste se tirer d’ici fissa.


Derrière la cabine, l’archéologue s’était agrippé très fermement à une série de fixations pour caisses, et s’était ensuite rapproché de l’ouverture, faisant de son mieux pour suivre le défilement du paysage. Il avait été rassuré de voir que la navette était toujours en atmosphère, qui plus est au-dessus d’un paysage urbain. Continuant d’émettre son message, il modifia légèrement celui-ci pour inclure les nouvelles informations dont il disposait à présent.

Allez, tout va bien, Daniel. Ce n’est pas pire qu’une journée de vacances avec Vala. On n’a pas encore tenté de m’atomiser, il faut se dire ça. Enfin, Anna, si ça continue, on va croire que vous cherchez à rivaliser avec elle. Côté me pourrir la journée, en tout cas… Ah ! On ralentit !

Jackson observa le sol alors que celui-ci se déplaçait à chaque seconde plus lentement qu’avant.

Ils n’auraient pas pu transporter des coussins ou des matelas avec ces armes ? Je vais me payer un de ces mal de dos la semaine prochaine… je n’ai plus leur âge… Ces ruines Ori ont vraiment intérêt à être bonnes. Sans ça, Atlantis va vraiment en entendre parler… Et c’est juste le premier jour !

Brusquement, le paysage urbain fut remplacé par un sol uniforme, et Jackson tenta sa chance, soulevant légèrement plus le capot. Il découvrit alors l’intérieur d’un hangar, et, après quelques brefs coups d’œil vers l’extérieur, prit sa décision.

Il se fit basculer vers l’extérieur de la soute, et se laissa tomber sur le sol dur, se positionnant pour amortir tant bien que mal le choc imminent. Au dernier moment, Jackson lâcha son arme et roula au sol, laissant s’échapper un grognement qui passa inaperçu entre le bruit du fusil heurtant la surface d’atterrissage et l’arrivée de la navette elle-même.

Quelques secondes de souffrance aux épaules et aux articulations plus tard, l’archéologue se releva et, ignorant la douleur, courut rapidement vers son arme et s’empara de celle-ci avant de se lancer vers un chariot d’équipements situé près d’un mur. Accroupi entre le petit véhicule et une poubelle à moitié vide, il commença enfin à observer son environnement plus en détail.

On est dans un bâtiment. Un gros. Et… personne ? Personne dans le hangar ? s’étonna-t-il en vérifiant du regard l’ensemble de l’immense salle. Pas normal du tout, ça… Pourquoi est-ce qu’il n’y a même pas un technicien ? Ou juste le conducteur du chariot ? Et… attends une seconde, le moteur du chariot est encore allumé, il y a encore des affaires dessus. C’est comme si… comme si tout le monde était parti d’un coup. Peut-être, oui. Donc ils n’ont pas envie qu’on sache qu’ils arrivent. Ca peut être utile…

Au fond du hangar, les deux navettes s’étaient finalement posées, et leurs occupants en sortaient à un rythme témoignant d’un entraînement de qualité militaire. Jackson, lui, déposa sa radio à l’intérieur du chariot, entre deux caisses, coincée en position d’émission, et reprit sa surveillance, sachant que la balise improvisée pourrait guider d’éventuels renforts sans pour autant permettre à la sécurité du bâtiment de le localiser personnellement. Il vit une silhouette allongée sur un brancard et apparemment maintenue par des liens être transportée vers l’une des portes de sortie, accompagnée par une escorte. Les autres mercenaires s’étaient apparemment regroupés près du vaisseau qu’il avait utilisé, et plusieurs personnes semblaient s’occuper au niveau de la soute. En même temps, un homme procédait à un bref débriefing qui se termina rapidement, et tous sortirent par la même issue, suivant le chemin emprunté par Anna et ses geôliers.

Jackson garda ses yeux braqués sur le groupe, sans faire un seul mouvement de peur d’être repéré, puis, lorsqu’il fut sûr d’être finalement seul dans le hangar, se leva et commença à avancer rapidement le long du mur. En moins d’une minute, il fut près des portes, à présent refermées, et il commença à chercher le système d’ouverture.

- Sam, pourquoi est-ce que tu n’es pas là quand j’ai besoin de toi ? grommela-t-il. Bon, alors, comment est-ce qu’on ouvre ça ?

Il n’eut aucun souci pour remarquer une surface lumineuse flottant à quelques centimètres du mur, et approcha sa main de celle-ci. Aussitôt, elle s’estompa, laissant apparaitre un clavier numérique utilisant le même système de numérotation octal que celui en vigueur sur Hébrida.

- Génial… un code d’accès.

Il se détourna de la porte et commença à observer les alentours, cherchant un quelconque moyen de contourner l’obstacle. L’archéologue envisagea un instant d’utiliser certaines des munitions présentes dans le hangar pour éliminer le problème de façon plus directe, mais rejeta aussitôt l’idée, sachant qu’il n’aurait aucune chance de résister à l’inévitable déferlement de forces de sécurité qui suivrait.

Son évaluation des parois eut rapidement une conclusion pessimiste, alors que celles-ci étaient uniformément dans un métal épais, probablement conçu pour résister aux éventuels accidents liés aux véhicules, carburants et munitions présents dans le hangar. Sans surprise, les quelques systèmes de ventilations étaient à peine visibles, situés à hauteur du plafond et de taille plus petite que sa main.

Avec prudence, Jackson se rendit près des navettes et constata que les deux étaient fermées et verrouillées. Il partait en direction de la sortie du hangar lorsque, derrière lui, un lourd son se fit entendre. Un son qu’il identifia aussitôt.

Celui de l’ouverture de la porte d’accès du hangar.

Par réflexe, il se lança à l’abri derrière l’un des appareils, se couchant au sol pour observer les nouveaux venus. Au bout de plusieurs dizaines de secondes, cependant, il dut se rendre à l’évidence, alors qu’aucun son ni mouvement ne venait attirer son attention. La porte s’était ouverte toute seule.

Vérifiant son arme, il avança lentement, passant de couverture en couverture, cherchant un signe d’embuscade ou quoi que ce soit expliquant le soudain retournement de situation. Arrivant à destination, il balaya d’un regard le couloir à présent accessible, et vit qu’il était aussi vide que le hangar lui-même. Restant immobile quelques secondes, il ne bougea que lorsqu’un mouvement attira son attention, sur le côté. L’ancien membre de SG-1 s’approcha du clavier lumineux, qui, désormais, semblait clignoter.

“Le docteur Stern est amenée dans une salle deux étages plus haut. Ils comptent s’en débarrasser assez vite, alors ne perdez pas de temps. Le code maître pour toutes les portes sur votre chemin est constitué des huit chiffres en ordre croissant. Bonne chance Daniel.“ Et c’est signée “une amie“… La semaine dernière, c’aurait été le piège le moins subtil de l’Histoire… Là…

- … Merci du coup de main, Atlantis, murmura-t-il.

Pas très rassurant, qu’elle puisse accéder aussi vite à des sécurités de ce genre. Il faudra vraiment que je dise à Sam de rajouter beaucoup de serrures mécaniques au SGC…



A quelques dizaines de mètres sous le hangar, dans une salle de sécurité, une femme aux cheveux argentés soupira devant l’écran de la caméra de surveillance :
- Et une fois de plus, c’est les autres qui ont toute la gloire… Pas d’accord, toi ?

Le garde assis à côté d’elle ne répondit pas, ignorant, comme le reste de ses collègues inconscients ce qui se passait autour de lui.

- Dosage un poil trop fort, commenta-t-elle en approchant l’une des tasses renversées de son visage avant de la laisser tomber bruyamment au sol. Tant pis…

L’Ascendante commença à se balancer sur sa chaise, avant de se mettre à pianoter rapidement, ses doigts traversant silencieusement le clavier holographique et transmettant les instructions désirées aux divers systèmes de sécurité.


Jackson avançait lentement dans le couloir, prenant note de chaque virage et étant à la fois rassuré et inquiet de ne croiser personne. Gardant son arme levée, il prit d’une main un appareil photo présent dans sa poche et fit plusieurs clichés de son environnement. A plusieurs reprises, il utilisa le code mis en place par son alliée pour ouvrir des portes bloquant son chemin, explorant par de brefs coups d’œil ce qui lui semblait être des ateliers et des baies de réparation pour les appareils allant et venant du hangar.

Dans chacune des salles, les équipements avaient été abandonnés tels quels, intriguant l’archéologue. Celui-ci, dans une pièce remplie d’instruments mécaniques aux fonctions familières et aux formes étranges, faillit sursauter lorsqu’une alarme vint briser le silence.

“Fin de l’exercice ! Tout le personnel à son poste ! Tout le personnel à son poste !“

Agité, Jackson chercha du regard les différentes issues, ne voulant pas être surpris par un employé rentrant sur son lieu de travail. S’assurant que le couloir principal était encore vide, il revint sur ses pas rapidement, et retrouva la porte qu’il cherchait. Son code lui donna à nouveau accès au vestiaire, et il trouva, parmi la centaine de casiers, plusieurs d’entre eux ouverts avec des uniformes.

Le civil, se maudissant de ne pas y avoir pensé plus tôt, se mit à vérifier les vêtements, éliminant automatiquement ceux appartenant manifestement à des serrakins et évaluant aussi vite que possible les autres. Au bout de quelques interminables minutes, il en trouva finalement un qui semblait correspondre à sa taille, et il l’emporta sans autre forme de procès vers le fond de la salle, se plaçant derrière une rangée de casiers pour éviter d’être vu, au moment-même où plusieurs voix entraient. L’archéologue acheva sa transformation précipitée en mettant ses lunettes dans la poche du pantalon, et retourna au hangar, laissant son arme et son sac à dos sous une pile de vêtements.

Croisant quelques personnes, il garda la tête baissée et se rendit au niveau du chariot qui l’avait abrité une dizaine de minutes plus tôt, et prit la poubelle à roulettes pour la pousser vers le couloir principal, sans oublier de reprendre la radio et de la glisser dans une poche.

Bon, il ne reste plus qu’à espérer que les videurs de poubelles soient autorisés à l’étage où est Anna. Je deviens vraiment trop vieux pour ces délires.

Il vérifia que personne ne regardait dans sa direction, et prit la radio avant de murmurer :
- Sierra Golf Un Juliet à tous. J’ai localisé Anna. Maintenez silence radio. Vais couper la transmission pendant le déplacement et la réactiverai sur place. Essayez de boucler la zone, mais il faut faire vite. Sierra Golf Un Juliet terminé.

Jackson désactiva à nouveau le petit communicateur et le laissa tomber dans la poubelle avant de reprendre sa route. Il fit un détour dans le vestiaire et parvint à récupérer ses affaires sans se faire repérer, un sac à dos et une arme à énergie venant rejoindre la radio et les détritus dans la poubelle.

Allez, Daniel, c’est sûrement l’infiltration la moins préparée du siècle, mais personne ne doit s’attendre à ce que je tente un coup pareil aussi vite… En même temps, c’est la stratégie de SG-1 depuis le début… Oui, je suis foutu, je sais…


Dans la salle de sécurité, l’Ascendante partageait son attention entre les différents écrans des caméras, avec un intérêt particulier pour celui affichant les déplacements de l’archéologue.
- Et, ce soir, sur toutes les chaînes, “les aventures de Daniel Jackson, de l’Ascension au vidage de poubelles“… annonça-t-elle, assise cette fois dans le vide, avant de croiser les jambes avec un large sourire.

D’une pensée, elle enregistra plusieurs captures d’écran dans un terminal mobile, puis tourna la tête vers l’affichage montrant Anna en train d’être installée et ligotée à une chaise par le groupe de mercenaires. Observant d’un air détaché la scène, Urth fit venir à elle un paquet de friandises amenées par l’un des gardes à présent inconscients et commença à grignoter.


La scientifique se réveilla, un intense mal de crâne la faisant agoniser, et elle laissa s’échapper un petit gémissement en clignant des yeux sous le fort éclairage ambiant.
- Bienvenue parmi nous, miss, l’accueillit une voix faussement plaisante. On va faire simple. On veut savoir qui vous êtes, ce qui est arrivé à Jackson et pourquoi on devrait vous garder en vie et prendre la peine de vous rendre au SGC. On part dans moins d’une heure. Si je peux pas convaincre mon patron, on se tire et on vous laisse après vous avoir fait la peau. Je vous rassure, on ne va pas vous torturer ou autre connerie de ce genre. Pas le temps, c’est tout. Vous m’avez compris ?

Elle acquiesça lentement.

- Parfait, répondit l’homme dont elle ne pouvait que distinguer la silhouette dans la clarté douloureuse de la lampe derrière lui.



Jackson trouva sans difficulté l’un des ascenseurs et put utiliser son code d’accès sur le clavier de commande pour débloquer l’intégralité des étages.
- Et… pas d’indication sur ce qui m’attend ? demanda-t-il à haute voix lorsque les portes se furent fermées.

Devant l’absence de réponse, il soupira, rapprochant ses bras de la poubelle devant lui tout en se mettant sur le côté de la cabine, prêt à sortir l’arme au cas où. Le déplacement ne prit que quelques secondes, l’archéologue mis mal à l’aise par l’absence d’accélération et de décélération dans le mouvement. Lorsque les portes commencèrent à s’ouvrir, il remarqua l’affichage du numéro des étages changer et laisser place à un logo d’entreprise. Un logo qu’il n’eut aucun mal à reconnaître.

Valert. Et merde ! On s’est fait avoir depuis le début ! pensa-t-il en retenant difficilement un juron.

Se reprenant aussitôt, Jackson vérifia rapidement qu’il n’y avait aucun comité d’accueil hostile, puis avança lentement avec son chargement, laissant les portes se fermer derrière lui.

Si c’est eux qui ont organisé tout ça, Scott et les autres vont tomber dans un piège. Notre seul atout, c’est Atlantis. Personne ne sait qu’elle est là et qu’elle a commencé à pirater la moitié des réseaux de la planète. Argh ! Non ! Faudra que je m’occupe d’elle après ! Une chose à la fois, Daniel ! D’abord sauver la nouvelle des mercenaires et l’équipe SG du piège d’une mégacorporation multi-planétaire, et ensuite demander des explications à l’I.A. Ancienne qui manipule tout le monde. Les priorités ! Garder les priorités ! Ah oui. S’en sortir vivant, c’est important, aussi. Déjà que je n’y arrive pas tout le temps… se dit-il en levant les yeux au plafond.

La première chose que l’archéologue remarqua fut la présence de gardes plus nombreux, et il se sentit heureux d’avoir pensé à prendre un déguisement quelconque pour éviter de se faire reconnaître. Il avait eu à suffisamment de reprises l’occasion de vérifier sa célébrité sur les planètes les plus avancées pour ne pas se faire d’illusion : habillé avec une tenue terrienne, dans sa posture normale, il y aurait forcément quelqu’un pour mettre un nom sur ce nouveau visiteur. Et l’anonymat était quelque chose auquel il commençait à s’attacher, à présent que la situation lui échappait de plus en plus des mains.

Bon, maintenant, il faut encore la trouver, la faire sortir et rejoindre les autres… Pas gagné.


Anna, ligotée fermement à une chaise, était en train de paniquer. Son geôlier se montrait patient, compréhensif et sans aucune faille, ne s’approchant jamais plus que de nécessaire et restant en contact avec ses supérieurs.
- Je m’appelle Anna Stern. Je… je ne suis qu’une civile, spécialiste des anciennes civilisations. J’accompagne le docteur Jackson parce que nous avons trouvé les coordonnées de ruines et que je pourrai lui être utile dans l’analyse. C’est tout.
- Quel genre de ruines ?
- On ne sait pas, répondit-elle du tac au tac. Ca pourrait être une ville ou un vieux temple. Dans tous les cas, ça va… m’occuper pendant des années.
- Où est Daniel Jackson ?
- Le –docteur– Jackson était avec moi dans la navette quand elle a été abattue. Ensuite, je me suis réveillée ici.
- Pas très utiles, ces informations, commenta l’homme. Il va falloir essayer un peu mieux que ça si vous voulez rentrer chez vous.



Pire qu’un Ha’Tak. Un vrai labyrinthe… déplorait Jackson en parcourant les couloirs, faisant attention de ne pas reprendre trop vite le même chemin de peur d’attirer l’attention. Il faut que je trouve une carte et un endroit où me poser. Où préparer l’opération et contacter les autres… Trouver une carte, ou alors quelqu’un… quelqu’un pour m’amener là-bas.

Echafaudant une ébauche de plan dans un coin de son esprit, l’archéologue fit un détour et entra dans une pièce étiquetée comme un local de rangement. Après avoir vérifié que celui-ci était vide, il se dirigea vers le fond, et ressortit sa radio :
- Sierra Golf Un Juliet à tous. Code Zulu. Je répète, code Zulu. Je m’occupe d’Anna, on se retrouve au point de chute deux. Gardez le silence radio. Sierra Golf Un Juliet, terminé.

Bon. Plus de renforts, je n’ai plus qu’à nous sortir tous les deux de là et rentrer au SGC dans la foulée. Je dois admettre, on n’a presque jamais eu de mission qui s’effondre aussi vite. Jack ne va jamais s’en lasser quand il l’apprendra… maugréa-t-il intérieurement en s’emparant du couteau de combat caché dans sa tenue, toujours dans la poubelle. Anna, vous avez vraiment un don pour attirer les ennuis…

Jackson rangea proprement le couteau et son étui à l’intérieur de son pantalon, et sortit du local, sachant désormais ce qu’il devait chercher. Les soldats et les forces de sécurité de la corporation portaient des uniformes différents de ceux des mercenaires qui avaient détruit sa navette, et il lui faudrait en trouver l’un d’eux, d’une façon ou d’une autre, pour pouvoir remonter la piste de la scientifique.

Poste de sécurité. Si je peux l’atteindre et en prendre le contrôle, ça devrait être facile de les trouver, où qu’ils soient. Ou bien de trouver les endroits où il n’y a pas de caméra de surveillance. Et il y aura forcément une carte, avec peut-être même des uniformes et des armes… et des gardes.

Regardant autour de lui, il avança jusqu’à trouver une personne lui semblant relativement naïve, et, se dirigeant vers le jeune adulte, lui demanda :
- Hé !
- Bonjour, répondit l’autre, que Daniel supposa à sa posture être un cadre. Je peux vous aider ?
- Oui. Est-ce que vous pouvez me dire où est le bureau de sécurité de l’étage ? J’ai perdu mon badge.
- Hmm… fit l’homme, en le dévisageant. Vous êtes sûr que ce n’est pas au secrétariat que…
- Non, non, l’interrompit Jackson. Ca m’est arrivé avant, et on m’avait dit de passer à la sécurité pour désactiver le badge. Mais je viens d’être muté à l’étage, et je ne sais pas où est le bureau.
- D’accord, si vous le dites. Après tout, j’ai le temps… Suivez-moi.
- Merci beaucoup, répondit en toute sincérité l’archéologue habillé en videur de poubelles.
- Et… vous êtes là depuis longtemps ? demanda le cadre en avançant dans une nouvelle direction.
- Quelques jours à peine. J’étais à l’étage de la direction avant, mais je crois que la directrice Artolia m’a pris en grippe.
- Ca peut arriver, continua-t-il en tournant un coin de couloir. Rassurez-vous, vous n’aurez pas de problème ici.
- Je l’espère, monsieur. Je tiens à ce poste.
- Comme nous tous… Voilà, nous y sommes.

Il indiqua d’un geste une porte anonyme en face d’eux, et Jackson admit qu’il ne l’aurait jamais reconnue autrement.

- Je vais vous accompagner, si vous voulez bien.
- C’est inutile, répliqua l’archéologue. Pas besoin de vous faire perdre plus de temps. Merci beaucoup.
- J’insiste… dit l’autre avec un léger changement de ton. Après tout, autant que je vous présente à l’équipe, ça devrait faciliter les procédures.
- Je…
- Un problème, peut-être ? Ou alors est-ce que vous avez pensé que même si je suis le responsable des ressources humaines de l’étage, je ne connais pas tous les employés que je gère ?

Jackson, comprenant qu’il venait d’être pris au piège, écarquilla brièvement les yeux.
Oh merde. Daniel, pour le coup de jauger les personnes, tu repasseras…

- Donc, monsieur l’agent d’entretien qui vient d’être muté et que je ne connais pas… Que diriez-vous de m’accompagner au poste de sécurité, que l’on vérifie votre identité ? Ou bien est-ce que je dois sonner l’alerte pour prévenir les gardes de l’autre côté de la porte ? Notre corporation traite correctement les espions qui coopèrent, vous savez.

Pendant qu’il parlait, le jeune responsable avait fait quelques pas vers la porte, et, sans regarder le clavier, avait composé son code d’accès. Jackson, en entendant la porte se débloquer, déglutit brièvement et remonta lentement la main vers la poubelle où se cachait l’arme qu’il avait ramassée sur un cadavre avant d’embarquer dans la navette mercenaire. Devant lui, son interlocuteur continua à lui faire face et ouvrit la porte dans son dos, avant de reculer lentement pour rentrer dans le poste de sécurité.

- Donnez-moi un coup de main. On a un espion ici ! dit-il, sans détourner le regard de Jackson.



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Un avenir possible, moins sûr et plus complexe pour des galaxies porteuses d'un mélange explosif : vide de pouvoir, héritages vivants et ambitions multiples.
Tomes I et II terminés, Tome III en cours

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post Vendredi 25 Novembre 2011 23h19
| Message #11


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Attention : le chapitre commence dans le post précédent en raison de la longueur excessive.

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Devant l’absence de réponse, il se répéta, puis, finalement, tourna la tête vers l’intérieur de la salle :
- Hé, j’ai dit que… Quoi ? s’étrangla-t-il en voyant les corps inanimés de l’ensemble des gardes.

Jackson, sans savoir exactement ce qui avait surpris le cadre, n’hésita pas un instant, et se saisit de l’occasion, avançant brusquement vers lui tout en s’emparant du couteau. L’homme, toujours en train d’essayer de comprendre la scène devant ses yeux, n’eut aucune chance d’arrêter son aîné, alors que celui-ci, de quelques gestes précis, le neutralisa, bloquant ses deux bras d’une main et le menaçant d’un couteau de l’autre. La seconde d’après, la porte se referma derrière eux, et Jackson, ayant assimilé sa situation, murmura :
- Désolé.
- Ne… ne me tuez pas, s’il vous plait !
- Vous tuer ? Non, ce n’est pas mon intention. Je veux juste récupérer une… collègue qui est détenue ici, et je repartirai sans faire de vagues. Encore désolé pour tout ça.

Sans attendre de réponse, Jackson rapprocha sa main de la gorge de l’homme, qui commença à gémir, ne faisant pas attention aux doigts appuyant sur ses artères, interrompant brusquement le flux de sang vers le cerveau. L’archéologue attendit le temps requis, et retint sa victime lorsqu’elle sombra dans l’inconscience, en profitant pour ramasser d'un geste son badge d'accès.

- D’accord… commenta-t-il en observant la scène une fois le cadre déposé au sol. Qu’est-ce qui s’est passé ici ?

Il s’approcha de l’un des gardes inertes, son regard s’attardant sur la large tache qu’il avait sur son uniforme. Une tache qu’il vit chez les autres, et qui était d’une couleur identique à celle sur le sol, près de tasses. D’un geste, Jackson s’assura qu’ils étaient tous en vie.

Quelqu’un a drogué ce qui leur tient de café… pensa-t-il avant de remarquer le pot de liquide sombre. Oh merde… s’ils ont une cafetière, alors ça ne… ça ne peut pas être Atlantis ! Merde, merde, merde ! Il y a quelqu’un d’autre dans ce foutoir !

S’emparant d’une arme de poing sur le râtelier, Jackson vérifia l’intégralité de la pièce, puis coinça une chaise devant la porte avant de se diriger vers les écrans de contrôle. Il poussa de côté un sachet de friandises abandonné devant l’un des claviers de contrôle et s’assit sur une chaise, fixant brièvement son attention sur un plan d’évacuation de l’étage.

Ca peut toujours être utile pour faire diversion… se dit-il en prenant le schéma pour le poser sur le pupitre. Mais d’abord, trouver comment les contrôles fonctionnent.

L’ancien membre de SG-1 eut besoin de quelques minutes pour trouver comment basculer d’une caméra à la suivante sur l’écran devant lui, puis se mit à balayer les différentes pièces présentes, les cochant sur le plan à chaque fois qu’il pouvait associer l’indicatif de la caméra avec celui de sa carte. Ayant déjà observé la moitié des salles, il tomba sur une série de caméras désactivées, dont il déduisit la présence en continuant la logique de numérotation présente jusqu’alors. Ses efforts pour les réactiver restèrent cependant vains, sans qu’il sache avec certitude si cela était dû à son manque d’expérience avec le système ou à une raison plus physique et locale, les caméras ayant pu être détruites ou débranchées. Jackson nota donc de façon séparée les pièces suspectes, et continua son observation.

Lorsqu’il tomba à nouveau sur une caméra fonctionnelle, il inspira brutalement en voyant l’image : l’un des serrakin qui traversaient la lourde porte présente sur l’écran portait l’uniforme des mercenaires qu’il recherchait.
- Bingo, murmura-t-il en cochant la pièce concernée, adjacente à celles hors d’atteinte des systèmes de surveillance.

Préférant ne pas commettre de bourde, Jackson termina cependant sa vérification jusqu’à avoir observé l’ensemble de l’étage. Après avoir eu confirmation que seules les salles qu’il avait cochées comme telles étaient suspectes, il cacha dans sa tenue la petite arme à énergie qu’il avait récupérée quelques minutes plus tôt.

On va être dans un sacré foutoir… Il y a mon ADN partout ici, des gardes et un de leurs cadres neutralisés. Oh, les retombées diplomatiques… Jack, tu vas passer quelques mauvaises semaines, ça c’est sûr ! pensa-t-il en déplaçant les corps inertes pour les ôter à la vue lorsque la porte serait ouverte.

Une fois cette dernière tâche effectuée, il reprit la poubelle abritant le reste de son équipement. Ouvrant la porte, il sortit, rassuré de voir que l’alerte n’avait pas encore été donnée et, lisant le plan annoté, commença à se diriger dans le dédale de couloirs.

Cette fois-ci, il ne fallut que quelques minutes à l’archéologue pour trouver son objectif, et il n’eut aucun mal à reconnaître la grande porte par laquelle était passé l’un des mercenaires.

Bon, on va voir si ce code est aussi bon qu’Atlantis le prétend. Enfin, Atlantis… ou l’autre.

Il monta une main près de sa poitrine, prêt à s’emparer de son arme, tandis que de l’autre, Jackson entra le code d’accès. Une fois la dernière touche pressée, il recula vers l’un des côtés, alors que le mur devant lui commençait à se soulever sans discrétion.

Sésame…

Il allait franchir l’accès quand un bruit de pas se fit entendre de l’autre côté, et, s’abandonnant à ses réflexes, l’archéologue se plaqua aussitôt contre le mur, espérant ne pas avoir été vu, sa main libre s’emparant du couteau.

- Ho, qui c’est ? demanda une voix de plus en plus proche.

Lentement, Jackson sortit son arme de sa tenue, heureux qu’aucun témoin ne soit présent de son côté de la porte, et se concentra entièrement sur son audition, localisant autant que possible l’origine des pas qui continuaient à s’approcher. Lorsqu'il eut la certitude que le garde était juste de l’autre côté, il laissa agir son entrainement et pivota brusquement, lançant au même instant son bras libre vers l’avant. A la fin de son mouvement, il se retrouva devant le garde, sa main heurtant l’arme et la faisant sauter des bras de l’homme surpris. Sans attendre, il donna un coup à celui-ci dans le visage avec l’autre main, qui, elle, tenait une arme particulièrement solide.

Alors que sa victime commençait à gémir et à ramener instinctivement ses mains vers le visage, Jackson fit un pas de côté, pivota à nouveau et lui donna un coup de coude dans l’estomac avant d’utiliser son autre bras pour s’emparer de l’homme par le cou.

A ce moment seulement, il prit le temps d’observer son environnement, et vit, à son grand soulagement, que nul n’avait pu voir l’affrontement inégal.
- Ton chef, où est-il ? demanda l’archéologue au garde blessé et haletant.

Celui-ci tenta de donner un coup de tête à son agresseur, mais sans succès alors que l’ancien membre de l’unité-phare du SGC s’y attendait et évita sans effort la tentative de contre-attaque.
- N’essaie pas, dit-il en prenant une voix aussi menaçante que possible et en se ramenant dans un angle mort.
Merde, c’est le boulot de Jack, ça ! Pas le mien ! Allez, ne fais pas l’imbécile, je ne veux pas te tuer !

- Vous… vous êtes qui ?
- Celui qui a le couteau…
- Vous êtes… taré. Toute la sécurité va vous tomber dessus. Vous… sortirez pas… vivant.
- Heu… c’est mon problème. Le tien est plus urgent, non ?
- Pas faux…
- Tu me dis juste où vous gardez la fille, je t’assomme, et je te laisse en l’état. Qu’est-ce que tu en dis ?
- Vous allez me tuer de toute façon.
- Pourquoi ? Si je reste assez longtemps pour que tu te réveilles ou qu’on te trouve, c’est que je suis déjà mort ou capturé. Donc, où est-ce qu’elle est ?
- Derrière une douzaine de gardes, deuxième porte à gauche. Vous feriez mieux de vous enfuir, je vous le dis comme ça. Ils vont vraiment vous tuer.
- Peut-être. Ca ne me changera pas…

Une fois de plus, l’archéologue fit pression sur les artères de sa victime et la laissa s’effondrer, inerte, au sol. Reprenant lourdement son souffle, il ferma un instant les yeux et rangea son couteau dans son étui avant de retourner vers la poubelle. Aussi vite que possible, il en sortit le reste de son équipement et sa tenue d’origine. La minute d’après, Jackson sentit le poids rassurant de son gilet de protection sur la poitrine, et rangea le pistolet dans son holster avant de prendre la lourde arme à énergie dans ses mains et d’avancer. D’un geste, il fit se refermer la lourde porte, et se dirigea rapidement vers le couloir indiqué par le garde désormais inconscient.

Et c’est parti…

Chacun de ses pas trahissait désormais une prudence acquise par des années dans la compagnie de soldats et de guerriers expérimentés et autant d’erreurs dont lui ou d’autres avaient payé le prix. Instinctivement, l’archéologue recherchait un quelconque signe d’embuscade, la présence de détecteurs, des indices trahissant des pièges, alors même que son esprit se concentrait sur les couvertures potentielles et les issues utilisables en cas d’escarmouche. Daniel Jackson contrôlait sa respiration et le moindre de ses gestes, ne faisant aucun bruit alors qu’il progressait dans un territoire qu’il savait à présent hostile.

Après être tourné à la première intersection, il s’arrêta près de la seconde porte, et y posa délicatement le plat de sa main gauche avant de s’assurer, par quelques légers mouvements, qu’elle était bloquée. Jackson, supposant que les portes étaient les mêmes que dans le reste de l’étage et non insonorisées, écouta pendant quelques dizaines de secondes, puis prit la décision de l’ouvrir avec son code d’accès. Aussitôt la dernière touche validée, il ramena sa main sur son arme, faisant dos au mur près de la porte en train de s’ouvrir.

D’un bref regard, il confirma que la salle était vide, et entra prudemment dans celle-ci. L’archéologue continua à avancer partiellement accroupi, ne se retournant que pour s’assurer que la porte s’était bien refermée après son passage. La pièce abritait plusieurs rangées de moniteurs devant lesquels flottaient les omniprésents claviers holographiques, alors qu’un mur entier était occupé par une large baie vitrée. Son attention, cependant, se porta aussitôt sur l’une des chaises, dont le dossier servait de support à une veste d’uniforme identique à celles des mercenaires.

Jackson grimaça, comprenant que l’occupant de la chaise allait probablement revenir d’ici peu. Il se rapprocha néanmoins de la large vitre et, faisant attention de ne pas tourner le dos à la porte d’entrée, se leva légèrement pour voir au travers de la paroi transparente. Derrière celle-ci, une salle qu’il identifia aussitôt comme servant pour des interrogatoires. Mais seule une table et deux chaises vides la meublaient, sans prisonniers.

Pas là. Ca devient de plus en plus risqué si je vais devoir fouiller toute la zone.

Son regard se posa sur les moniteurs, et il prit sa décision en quelques secondes. L’archéologue s’empara de l’une des chaises et la coinça sur la porte d’entrée de façon à gagner quelques instants cruciaux si le garde revenait trop tôt. Le terrien se concentra alors sur les ordinateurs, et vit avec soulagement que le code lui donnait aussi accès à la session informatique actuellement ouvert, mais fut partiellement bloqué par l'interface qui lui était contre-intuitive. Se rappelant de ses rares expériences avec ces systèmes, il tenta de trouver un répertoire de fichiers quelconques, mais ne parvint qu’à afficher de nombreux messages d’erreur alors que le système d’exploitation semblait attendre des commandes excessivement précises dont il ignorait tout ou presque.

Au bout de quelques minutes, il décida de mettre fin à ses efforts, et quitta la pièce, à la fois soulagé de ne pas avoir croisé son occupant et inquiet de l’évolution de la situation. Quelques secondes avant que la porte ne commence à se refermer derrière lui, il entendit un bruit de conversation au détour d’un virage, quelques mètres plus loin. L’archéologue recula aussitôt de quelques pas, se cachant derrière la porte qu’il tenait désormais entrouverte. Regardant par l’entrebâillement, il attendit l’arrivée du groupe.

Heureusement qu’ils discutent. Il faut que je fasse plus attention : ce ne sont pas des Jaffas, ils ne s’amusent pas à faire un vacarme infernal en marchant !

Plusieurs soldats, tous en uniformes, passèrent devant son regard, sans se tourner vers lui, et son attention se fixa immédiatement sur l’un d’entre eux, apparemment plus vieux et à la posture différente des autres mercenaires.

Bon, au moins une chose qui n’a pas changé : suivre le patron. Ca fonctionne toujours. Enfin, presque… Bon, mieux vaut ne pas trop y penser, Daniel.

L’archéologue attendit quelques instants, et, une fois le groupe hors de sa vue, il ouvrit à nouveau la porte, avançant aussi discrètement que possible. Restant aussi loin que possible des mercenaires, il parvint à les filer jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent près d’une porte. Jackson s’immobilisa aussitôt et évita de se faire repérer, se cachant par-delà un coin de couloir. Accroupi, il ne laissa que sa tête dépasser légèrement pour observer la petite troupe entrer. Il suivit du regard l’arrière-garde du groupe et, aussitôt les derniers soldats ayant passé la porte, il se rua silencieusement vers celle-ci, parvenant à la bloquer in extremisavec son pied.

S’assurant que personne ne s’était retourné vers lui, il observa ce qui lui semblait être une salle de planification, le chef des mercenaires indiquant plusieurs choses sur la table centrale à ses subordonnés. Il ne fallut que quelques instants à Jackson pour comprendre que le thème du jour était un départ précipité d’Hébrida pour l’ensemble des soldats présents. Départ dont l’urgence avait sans doute à voir avec l’attaque que lui-même avait subi moins d’une heure plus tôt.

- Où est-ce qu’on en est pour les autorisations de départ ? demanda le chef.
- Elles sont toutes prêtes, monsieur, lui répondit un homme en tenue de vol. Les transports ont été ravitaillés pendant le job, et on décolle quand vous voulez.
- Parfait. On sera partis avant la fin de la journée. Pour la fille ?
- Pas très loquace. Elle serait une scientifique et accompagnerait Jackson pour un job.
- Elle sait quelque chose d’utile ?
- Crois pas. Elle dit que le SGC paiera pour la récupérer, mais sinon, rien d’utile. Ce serait la première fois qu’elle a pris la Porte.
- Je me fous de ce qu’elle dit. Est-ce qu’elle sait quoi que ce soit d’intéressant ?
- A mon avis… oui. Pas sûr pour le moment, mais j’ai l’impression qu’elle nous cache quelque chose…
- Bravo Sherlock, se vit répondre le subordonné. On l’a enlevé, on l’interroge, et tu as l’impression qu’elle nous cache quelque chose. Tu veux deux semaines pour te reposer ? Ca a dû être dur de deviner ça !
- Non, je parle d’un gros truc. Sais pas quoi, mais quelque chose ne tourne pas rond. Vraiment pas.
- Alors, on la garde ou on s’en débarrasse ?
- Si on pouvait la prendre avec nous, je pourrais essayer de l’interroger. Ca prend du temps, ces choses-là.
- Certain ? J’ai pas envie de m’embarquer avec une bouche inutile.
- Oui monsieur.
- OK. Tu l’embarque en partant. Et Jackson, elle sait des trucs ?
- Comme je vous l’ai dit, il a survécu au crash, mais elle sait pas pour après. Est-ce que je dois tirer plus d’informations avant qu’on se barre ?
- Non. Pas la peine, et on n’a plus le temps. Retournez à vos postes, on commence à évacuer dans deux heures.

Jackson sursauta légèrement et se mit à chercher un abri quelconque pour ne pas se faire surprendre par les mercenaires s’apprêtant à quitter la pièce. Il se retourna et vit une autre porte dans le couloir. Sans hésiter, il se lança vers elle et l’ouvrit, ignorant ce qu’il allait trouver derrière. Refermant l’accès derrière lui au moment-même où il entendait le groupe sortir et se disperser dans le couloir, il vit que la salle était apparemment en travaux, même si nul n’y travaillait à cet instant précis. Au bout de quelques secondes, il entendit un discret murmure qu’il eut grand mal à localiser. Finalement, l’archéologue se rapprocha de l’une des parois, et y vit plusieurs panneaux démontés, donnant sur une cloison séparant apparemment les différentes pièces.

Se rapprochant de la cloison ouverte, il se pencha en reconnaissant la voix étouffée du chef des mercenaires, accompagnée de temps en temps par une autre, légèrement distordue :
- Est-ce que le docteur Jackson est bien mort, major Johnson ? demanda la voix étrangère.
- Quasi-certain. Même s’il a survécu au crash, on a fait sauter toute sa navette et mes troupes ont passé au peigne fin toute la zone des débris. Il n’a pas pu s’en tirer, répondit la voix de Johnson.
- Le docteur Jackson a un talent certain pour faire face à ce genre de situation.
- Qu’est-ce que vous voulez dire ? Est-ce qu’on va recevoir le paiement, oui ou non ?
- Pas si vous ne pouvez nous envoyer des preuves absolues de sa mort et de la destruction de son corps, major. Vous nous en voyez navrés, vous avez toujours eu d’excellents résultats jusqu’à présent, mais nous ne pouvons pas prendre de risques avec lui.
- Il s’est pris un foutu missile anti-tank dans sa navette, et la moitié du bâtiment s’est effondrée sur lui. Vous voulez quoi d’autre ?
- Des certitudes, major. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous tromper à son sujet.
- Vous vous rendez compte de la merde dans laquelle je me suis mis maintenant ?
- Ce n’est pas notre problème.
- Si, c’est votre problème. Parce que si on n’est pas payés, on ne pourra jamais se tirer quand ceux des étages supérieurs vont se rendre compte qu’on squatte chez eux et qu’on a attaqué leur copain. Et autant vous dire qu’ils vont apprendre pour vous. Rapidement.
- Essayez-vous de nous faire chanter, major Johnson ? répondit posément la voix.
- Non, je vous dis juste dans quel foutoir on est tous. Vous voulez nous utiliser ? D’accord, mais arrangez-vous pour qu’on survive. On est tous dans le même bateau, là…
- …

Pendant plusieurs secondes, aucun son ne traversa la cloison, et Jackson s’apprêtait à se lever lorsqu’une voix perça à nouveau :
- Nous avons conféré. Une utilité peut être trouvée à votre groupe.
- Sûrement une bonne nouvelle. Qu’est-ce qu’on doit faire, maintenant ?
- Nous allons vous fournir des fonds pour permettre votre extraction, mais vous et vos troupes resterez à disposition immédiate. Nous allons surveiller les survivants de votre attaque, et si Jackson s’avère avoir survécu, vous serez informé de sa position et de ses agissements.
- Et ensuite ?
- Une fois qu’il sera éliminé, votre contrat sera achevé, major.
- Entendu. Et dès que vous nous aurez payé et qu’on sera à l’abri, je vous donnerai les infos qu’on a sur vous.
- …
- Ecoutez, on a très bien bossé ensemble ces dernières années, mais il ne faut pas non plus me prendre pour un idiot. Je viens de la Terre, et le coup d’éliminer l’homme de main après la mission pour le faire taire, c’est un classique que tout le monde connait. Alors, ne m’en voulez pas si je prends des précautions.
- Très bien, major.
- Est-ce que je dois savoir d’autres choses sur Jackson ?
- Oui. Si vous le pouvez, éliminez-le. Physiquement. Mais si cela est impossible, nous serons satisfait s’il peut être tenu en isolation durant les trois prochaines semaines, temps terrien.
- Isolation, comment ?
- Empêchez-le de contacter le SGC.
- Ca va être un peu dur, vous savez. S’il est en vie, il a juste besoin d’une radio et d’une Porte pour les appeler. Même pas besoin de s’approcher de la Porte, il a juste à attendre que quelqu’un vienne de la Terre.
- Nous avons couvert cette éventualité, major. Plusieurs de nos agents seront en mesure d’intercepter et de bloquer depuis le SGC toute tentative de communication de sa part. Votre rôle sera, au minimum, d’empêcher tout contact physique avec des éléments liés à la Terre.
- Plus facile à dire qu’à faire.
- Nous avons toute confiance en vous.
- Non, vous ne me faites pas confiance.
- … En effet. Mais vous avez les compétences requises pour accomplir cet objectif. Surtout avec les renseignements que nous vous fournirons.
- Génial. Vous savez qu’à l’heure qu’il est, si Jackson est en vie, il a largement eu le temps de faire sortir un message et d’appeler des renforts.
- Ce problème en particulier va être réglé d’ici peu de temps. Occupez-vous de quitter la place et de préparer la suite de votre mission. Une autre cellule s’occupe des urgences actuelles. Oh, le transfert de fonds a été effectué, vous devriez avoir de quoi assurer une sécurité temporaire à votre troupe.
- Merci beaucoup, grommela Johnson.
- Je pense que nous en avons fini, major. Et ne pensez pas à vous enfuir, même tout seul : vous n’êtes pas assez bon pour nous trahir et y survivre.
- Pas de souci. Il faut être con pour arnaquer le Diable quand c'est votre patron…
- Pardon ?
- Oh rien, un autre grand classique terrien…


L’archéologue entendit, quelques secondes plus tard, un léger bruit de pas et supposa que Johnson en avait terminé. Il se releva à son tour, pensif.

La bonne nouvelle, c’est que j’en sais un peu plus sur ce foutoir. La mauvaise, c’est qu’Anna est toujours quelque part dans ce complexe et que quelqu’un de plus a mis ma tête à prix. Journée normale…

Jackson attendit une minute complète avant de sortir de la pièce, s’assurant d’un regard que le couloir était vide. Il se rapprocha alors de la porte voisine, menant à la salle de briefing. Il inspira profondément, puis entra le code d’ouverture. Constatant que Johnson avait apparemment quitté la pièce, il abaissa son arme et se rapprocha de la table principale.

Plusieurs icônes étaient affichées en surbrillance, montrant des schémas de vaisseaux de transport interstellaires et des heures, toutes exprimées dans le standard hébridan. Il ne fallut que quelques instants à l’intrus pour les convertir en unités de temps terriennes, confirmant ce qu’il avait entendu au préalable. Il avait moins de deux heures avant que l’évacuation ne commence, mettant alors fin à toute chance de libérer Anna.

Il se tourna alors vers une série d’écrans, chacun d’eux affichant l’intérieur d’une salle de la partie restreinte de l’étage.

Quoi ? Les caméras fonctionnaient depuis le début et ils n’ont rien remarqué ? C’est pas vrai, ils sont complètement incompétents ou quoi ? se dit-il, effaré, avant de jeter un coup d’œil à l’un des écrans en particulier.

Celui de l’entrée, où il avait neutralisé l’un des gardes. Garde qui, à en croire la caméra, était toujours conscient et en train de surveiller l’accès principal au complexe.

Ou alors, Atlantis s’est aussi occupée de cet aspect.

A nouveau, il parcourut la liste des caméras, observant les mercenaires en train de préparer des chariots de matériel divers, de détruire des documents ou de manger dans l’un des réfectoires. Au bout de deux douzaines d’essais, cependant, il trouva ce qu’il cherchait.

La scientifique qu’il était venu récupérer, attachée à une chaise. Zoomant sur son visage, il la vit murmurer toute seule, sans pour autant arriver à identifier ses propos.

D’accord, donc Atlantis peut entendre ce qu’on dit à côté de vous, Anna… Intéressant à savoir.

Il nota l’indicatif de la salle, puis, par curiosité, balaya rapidement les autres pour en voir le contenu. Cinq caméras plus tard, il se figea, et se frotta les yeux, n’étant pas sûr d’avoir bien vu ce qui s’affichait désormais à l’écran. Il zooma à nouveau, cette fois-ci sur une silhouette humaine allongée au sol et immobile, avant de retenir un juron.

Lieutenant Ravenwing. Qu’est-ce que vous fichez ici ? On vous a laissé dans la navette ! Et vous étiez coincée sous des débris… Pas de doute, vous cachez quelque chose… Ah, je déteste quand j’ai raison !

Il mémorisa la salle où la jeune femme reposait, et quitta le pupitre pour aller voir une carte murale, sur laquelle les différents numéros de salle du complexe étaient indiqués. Se retournant, il laissa son regard se poser, l’espace d’un instant, sur un bout de papier au sol où étaient inscrits des symboles qu’il n’eut aucun mal à reconnaître. L’archéologue ramassa la feuille sur laquelle plusieurs adresses de Portes étaient notées et la mit dans l’une de ses poches après avoir échoué à les associer à des destinations connues.

En sortant de la salle, il tourna aussitôt vers la droite et avança dans la direction générale des deux prisonnières. A plusieurs reprises, il dût se cacher pour éviter des soldats en patrouille ou en simple déplacement, arrivant finalement à la plus éloignée des deux pièces.
- Docteur Jackson ! l’accueillit la prisonnière, toujours ligotée à une chaise fixée au sol.
- Ne vous inquiétez pas, on va se sortir de là, la rassura-t-il en s’approchant d’elle pour couper ses liens avec le couteau. Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Je… je me suis réveillée ici. J’étais déjà comme ça. Désolée, je ne pouvais rien faire.
- Ca ira, ça ira. Est-ce qu’ils vous ont interrogée ?
- Oui, mais je ne leur ai rien dit d’important, et…
- Chut, l’interrompit-il en donnant le dernier coup de couteau dans les liens. Les murs ont des oreilles.
- Oh, d’accord, dit-elle en se massant les poignets désormais libres.
- Le lieutenant Ravenwing est ici aussi.
- Quoi ? s’étrangla-t-elle, surprise. Mais…
- Oui, je sais, elle était coincée dans la navette, qui s’est pris un missile. Mais à en croire les caméras de surveillance, elle est à côté. On lui posera des questions plus tard, d’accord ?
- … Entendu, murmura-t-elle.
- Bon, vous me suivez, et vous faites ce que je dis. Pas un mot, pas un bruit, il y a encore plein de méchants autour de nous. Si notre amie commune a un message urgent pour moi, donnez-moi une petite tape sur l’épaule, compris ?
Elle acquiesça silencieusement, et Jackson eut un léger sourire pour elle :
- Ne vous en faites pas, j’ai déjà connu pire. On va s’en sortir, vous allez voir.
Elle acquiesça avec un sourire incertain. Rassuré, il lui tendit son pistolet :
- Gardez ça, on ne sait jamais.

Ils sortirent de la pièce, et l’archéologue eut un instant de nostalgie en voyant la femme derrière lui tourner la tête à tout bout de champ, les mains serrées sur le pistolet, apparemment au bord de la panique dans une situation à laquelle elle n’était pas préparée.

Tout moi à son âge… Ouais, je me fais vieux si je commence à avoir ce genre de réflexions…

Ils parvinrent cependant à atteindre l’autre pièce sans mauvaise rencontre, et Jackson fit signe à l’autre civile de s’arrêter.

- Elle est ici, murmura-t-il.

Il entra le code d’accès, et la porte s’ouvrit devant eux. Entrant dans la pièce, il reconnut le petit entrepôt qu’il avait observé via la caméra, et n’eût aucun mal à localiser la femme aux cheveux clairs reposant, immobile,, se vêtements salis et déchirés à plusieurs endroits.

Bloquant la porte derrière lui, Jackson posa son fusil contre un mur, fit signe à Anna de rester derrière lui et, la main sur le couteau, se rapprocha prudemment de la jeune femme.

Alors, lieutenant Ravenwing… Qui êtes-vous ? Une des taupes dont les autres parlaient ? Un agent d’Atlantis ? D’Anna ? Ou est-ce que vous travaillez pour le lieutenant Bhosle ? Un piège, sans aucun doute, mais contre qui ? se dit-il en avançant à pas de loup, surveillant le moindre mouvement possible de la femme apparemment inconsciente.

Couteau sorti, il resta à bout de bras, et posa sa main libre sur le cou de la cadette de l’équipe, vérifiant la présence d’un pouls.

Déjà, ce n’est pas un de ces androïdes comme à l’époque…

De quelques gestes adroits, il coupa les liens qui entravaient les bras et les jambes de la jeune militaire, et, se reculant à nouveau, la secoua avant de lui dire :
- Lieutenant, est-ce que vous m’entendez ? C’est Jackson. Réveillez-vous !

Voyant l’absence de réaction, il la secoua à nouveau par l’épaule, et obtint finalement un grognement.
- Lieutenant. Levez-vous, on doit partir rapidement !
- Qu’est-ce… que…
- Allez ! fit-il en lui donnant une petite tape sur la joue. Je ne sais pas quand ils vont revenir !
- Do… docteur Jackson… dit-elle en ouvrant les yeux, les mains tâtant leur entourage. Où… où est-ce qu’on est ? Qu’est-ce qui est arrivé ?
Ca, j’aimerais bien le savoir aussi. Vous devriez être morte, lieutenant… se retint-il de répondre.
- Vous avez été capturée par ceux qui ont descendu la navette. J’ai pu les suivre et récupérer Anna, mais on doit s’enfuir, maintenant.
- Ohhhh, euhh, d’accord, hésita-t-elle en se relevant péniblement.
- Bien. On y va. Pas un mot, on doit à tout prix éviter de se faire repérer.

Il la regarda prendre ses repères, restant hors de portée, le couteau à moitié rengainé.
- Prenez ça, dit-il en indiquant d’un signe de tête le fusil posé à quelques mètres de là. Vous me suivez, Anna ferme la route.

Elle prit l’arme à énergie, et Jackson l’observa hésiter devant celle-ci avant de comprendre apparemment son fonctionnement. Gardant en permanence un œil sur elle, il ouvrit la porte et sortit, la voyant le suivre d’un pas encore incertain.

Il sursauta en sentant un contact sur l’épaule, et se retourna brusquement, pistolet levé, pour se décontracter en ne voyant qu’Anna, le bras tendu vers lui.
- Désolé, dit-il. Oui ?
- Je crois qu’il y a un parking à cet étage…
Il jeta un coup d’œil à la militaire pendant quelques secondes, puis reporta son attention sur Anna avant de lui répondre :
- Vous avez remarqué ça pendant qu’ils vous transportaient ?
Elle échangea un très bref regard avec le lieutenant qui les accompagnait, puis, après un instant d’hésitation, indiqua une direction du bras et répondit :
- Oui. Je crois que c’est par là.
- D’accord, fit-il. Montrez-moi le chemin. Si on peut s’emparer d’un véhicule, les choses devraient être plus simples. Mais faites attention à ne pas vous faire remarquer, j’ai eu assez de surprises aujourd’hui.

A quelques dizaines de mètres d’eux, un regard amusé suivait la progression du trio sur l’écran. Continuant de grignoter dans le paquet laissé à l’abandon par l’un des gardes, l’Ascendante observait un verre à la main l’un de ses avatars continuer à avancer vers le hangar secondaire.
- “Surprise“ ? Oh, qu’est-ce qui pourrait bien arriver ? demanda-t-elle d’une voix ingénue.

Anna prit les devants, pistolet brandi sans grande confiance.
- Pas besoin de paniquer, tenta de la rassurer Jackson. On est bientôt sortis d’affaire.
- Merci, mais j’ai… un peu de mal, docteur. C’est la première fois que ça m’arrive, vous savez. Je n’ai jamais pensé me retrouver là-dedans…
- Et moi donc… Par où, maintenant ?
- A gauche, répondit-elle après quelques instants de retard.

Deux virages plus tard, elle brisa à nouveau le silence, chuchotant :
- Qu’est-ce qu’on va faire, après ?
- On retrouve le reste de l’équipe. Après, on va sûrement retourner au SGC… si on peut.
- Comment ça, “si on peut“ ? s’effraya-t-elle.
- Des complications… Entre autres, nous sommes dans les locaux de Valert, donc ça va être difficile de leur demander un nouveau rendez-vous pour régler les problèmes administratifs…
- Ce sont eux qui…
- Je ne sais pas. Probablement pas, mais il y a forcément une partie de la corporation qui est au courant, et qui cherche donc à nous tuer. Je préférerais laisser ce genre de problèmes à Jack et Sam. Mais il n’y a pas que ça, donc il va falloir être prudents, même pour rentrer à la maison.
- Et la mission ?
- Je ne sais pas, admit-il. Pour être franc, je ne crois pas que Sam me laissera à nouveau sortir avec ce qui vient de se passer. Désolé.
- Je… je vois.
- Si notre amie commune a quelque chose à dire à ce sujet, n’hésitez pas, transmettez-moi le message. Mais autrement, si l’on pouvait plutôt se diriger vers la sortie… J’aimerais mettre autant de distance que possible entre moi et ces braves mercenaires.

- Docteur Stern, fit silencieusement Atlantis alors qu’Anna s’était replacée quelques pas devant Jackson. Je comprends les préoccupations qui peuvent inquiéter votre groupe, mais il serait préférable que vous poursuiviez la mission telle que prévue.
- Pourquoi ? souffla-t-elle en réponse.
- Demandez au docteur Jackson s’il pense savoir pourquoi l’attaque s’est produite ?
- …

- Docteur ? demanda-t-elle après quelques secondes d’hésitation. Est-ce que vous savez pourquoi on a été…
- Attaqués ? compléta-t-il. Je ne suis pas sûr. Pas précisément, en tout cas. Apparemment, je suis leur cible principale, et leurs commanditaires veulent soit me tuer, soit me tenir loin du SGC dans les prochaines semaines. C’est aussi pour ça que j’aimerais rentrer aussi vite que possible, en fait.
- Et… vous savez qui ils sont ?
- Non. Mais en même temps, je me suis fait beaucoup d’ennemis. Ce n’est pas uniquement pour le plaisir que je suis allé là-bas. Aussi pour être hors de portée de ce genre de soucis.
- Mais, quand même, s’ils veulent vous retenir loin de la Terre, est-ce que c’est…
- Bien sûr que oui. Qui qu’ils soient, ils préparent quelque chose contre nous. A quoi est-ce que vous pensez ?
- … Je ne suis pas sûre. Je veux dire, elle m’a juste demandé de vous poser cette question ? Si vous saviez pourquoi
- Où est-ce que vous voulez en venir ? demanda-t-il en surveillant avec appréhension ses alentours, arme levée.
- Je… je crois qu’elle sait.
- Elle nous a piégé ?
- Non, répondit-elle. On est encore en vie. Mais…
- Mais elle savait qu’on allait se faire attaquer, c’est ça que vous voulez dire ?
- Je crois, oui, dit-elle en sentant un frisson parcourir son corps alors qu’elle sentait être sur le point de comprendre réellement ce qui se passait.

L’archéologue inspira profondément.

- Supposons qu’elle savait ce qui allait arriver, réfléchit-il à voix basse. Pourquoi ne pas nous prévenir ?
- Ca faisait partie de son plan, réalisa Anna.
- Vous savez, j’aime de moins en moins tout ça…
- …
- Vous aviez parlé de comprendre ce qui se passait avec les Jaffa.
- Oui… ?
- Je vais y réfléchir. On a encore du temps avant de revenir à la Porte. Est-ce qu’on est encore loin du parking ?
- Deuxième porte à gauche, et vous y êtes, fit la voix de l’I.A.
- C’est là, dit Anna en indiquant leur destination.
- Parfait. Lieutenant, avec moi. Anna, vous restez ici jusqu’à notre retour. Elle connait le code d’accès.
Il se plaqua sur un des murs adjacents, vit la cadette de l’équipe faire de même, et entra le code d’accès. La porte s’ouvrit sans bruit, et, d’un signe de tête, l’un et l’autre entrèrent simultanément, balayant rapidement le hangar du mouvement de leurs armes.

- Atlantis ? De quel code parle-t-il ?
- Apparemment, de celui qu’il crois que j’ai rajouté au système. Les huit premières touches, dans l’ordre.

Voyant plusieurs soldats occupés près d’une série de véhicules légers, les deux intrus se mirent aussitôt à couvert derrière plusieurs rangées de caisses, et Jackson soupira de soulagement en se rendant compte que leur arrivée avait réussi à passer inaperçue.
Au moins, on a pu arriver jusqu’ici sans se faire repérer. C’est déjà ça. Maintenant, il faut juste…

Il fut interrompu par le hurlement de l’alarme.

L’Ascendante leva négligemment la tête vers le plafond, avant de regarder sa boisson maladroitement posée sur un large bouton près du pupitre.
- Oups, fit-elle avant de hausser les épaules, son attention se portant à nouveau sur les écrans de sécurité affichant les deux humains et l’un de ses avatars.

- … Normal, soupira Jackson en entendant le hurlement de l’alerte de sécurité. C’est de ma faute, j’aurais dû me taire. Désolé.
- Que… qu’est-ce qu’on fait ? demanda sa voisine.
- A votre avis ? soupira l’archéologue, lassé, avant d’entendre un tir venant de la porte désormais close.

Anna resta figée quelques instants, la tête résonnant encore du coup de feu qu’elle avait tiré par erreur. Réussissant à se reprendre, elle se retourna et tenta sans succès d’ouvrir la porte. Les mains tremblantes, la scientifique entra le code d’accès fourni par l’I.A., mais sans plus de réussite. Elle recommença une demi-douzaine de fois avant de paniquer, les mains tremblant trop pour lui permettre de rentrer quoi que ce soit sur le clavier.

- Atlantis, qu’est-ce qui se passe !
- Je n’en suis pas sûr, mais il semble que le code d’accès qui vous a été fourni n’est plus fonctionnel.
- Merci ! J’avais compris ! Faites quelque chose !
- Je suis en train, docteur Stern. Mais vous n’avez pas suffisamment de nanites pour que je puisse vous utiliser comme serveur distant, ce qui va rallonger grandement la procédure. En attendant, je vous suggère de surveiller vos alentours, au cas où quelqu’un aurait entendu le coup de feu.

- Vous… vous ne savez pas s’ils arrivent ?
- Non. A moins bien sûr que vous désiriez que je concentre mes moyens sur l’accès aux caméras de surveillance plutôt qu’à la porte qui vous bloque le passage ?

Jackson se crispa en voyant la demi-douzaine de soldats se rapprocher prudemment de la porte d’accès, armes brandies. Deux d’entre eux avaient un fusil comparable au sien, tandis que les autres n’étaient équipés que d’une arme de poing. Couché au sol, la tête derrière des outils posés en vrac, l’archéologue se mit à réfléchir aussi vite que possible et retint un juron en voyant le groupe adverse se séparer lentement.

On ne peut pas se cacher. Ils vont nous avoir si on reste sans rien faire…

Il releva lentement la tête et croisa le regard de Ruth. D’une série de gestes prédéfinis, il lui fit part de son intention d’attaquer, donnant silencieusement quelques détails supplémentaires avant de se mettre à genoux sans faire un bruit. Jackson compta silencieusement les secondes, puis, d’un signe, donna l’ordre.

Simultanément, le duo se leva d’une dizaine de centimètres, surprenant par leurs premiers tirs les mercenaires alors qu’ils étaient loin de toute forme de couverture. Trois des soldats s’effondrèrent, leurs organes internes détruits par les décharges énergétiques ayant vaporisé une majorité des liquides corporels touchés. Les survivants avaient en revanche eu le temps de plonger au sol riposter aussitôt, forçant le duo à rester à couvert, Jackson s’efforçant de suivre à l’oreille les déplacements et l’origine des tirs. A plusieurs reprises, il fit usage de son arme sans pour autant quitter son abri, avec pour seul but d’empêcher tout contournement adverse.

Il grimaça à nouveau lorsque ses narines sentirent l’odeur âcre de la chair ébouillantée à laquelle s’était mélangée celle des vêtements partiellement fondus. Il se reprit rapidement, ayant parvenu depuis plusieurs années à ne plus avoir de haut-le-cœur, insensibilisé par l’expérience à cet effet secondaire particulier des armes à énergies.

Inspirant par la bouche, il se décala et s’apprêta à quitter quelques instants sa couverture.


Le premier cri, malgré son éloignement, fut comme un coup de poignard pour la scientifique. Anna recula, se cognant contre le mur. Voyant ses bras pris d’un tremblement, elle respira profondément, reprenant lentement le contrôle de ses émotions avant de faire quelques pas prudents vers le couloir d’où étaient venus les bruits de voix. Elle se remémora les différents conseils que lui avaient donnés les instructeurs de tir lors de son dernier passage au SGC.

Viser… le centre de masse. Bouger, ne jamais rester immobile. Faire attention aux douilles… Au poids du pistolet.

Atteignant le coin du couloir, elle se plaqua contre le mur, et, ayant réussi à mettre fin aux tremblements de ses membres, jeta un bref coup d’œil avant de reprendre aussitôt sa position. La scientifique ne put s’empêcher de déglutir, ayant vu les deux mercenaires sortir d’une pièce, à une dizaine de mètres d’elle. Anna retint sa respiration, et concentra toute son attention à écouter les très légers bruits de pas des hommes qui arrivaient pour la tuer.

- Docteur Stern, vous savez ce que vous devez faire, lui souffla Atlantis.
- N… non… pensa-t-elle.
- Le docteur Jackson ne peut pas vous protéger, et je ne le pourrai pas non plus. Pas contre des tirs à bout portant.

- Je te dis que c’était rien, entendit-elle l’un des soldats dire à son comparse. Un abruti dans le hangar qui a fait tomber une caisse quand l’alarme a sonné.
- Ecoute, t’es peut-être sûr de toi, mais moi, je sais ce que je te dis. Quelqu’un a tiré, je reconnais le bruit.

Anna se rendit compte que les deux soldats s’étaient arrêtés dans le couloir, n’ayant que quelques pas à faire pour atteindre le croisement et la voir. Elle sentit une goutte de transpiration couler le long de sa joue, n’osant pas faire un geste pour l’essuyer.

- Docteur Stern. Ces mercenaires cherchent à vous tuer. Vous, le docteur Jackson et tout intrus ici. C’est vous ou eux.

-Bon, de toute façon, on vérifie le hangar, et dès que cette connerie sera finie, on reprend la partie.

Ils… ils arrivent, réalisa-t-elle en se lançant.

La scientifique pivota sur elle-même et apparut brusquement, pistolet braqué, devant les deux mercenaires qui terminaient de discuter, l’un face à l’autre.
- Ne… Ne bougez pas ! dit-elle d’une voix à la fois forte et hésitante.
- Merde… murmura l’un d’eux, se rendant compte que sa propre arme était baissée. On dirait que t’avais raison.
- C’est toi, l’alarme ? demanda le second. Pose ton arme, et tout ira bien.
- Pas… Pas question ! Si vous bougez, je vous jure que je tire !
- Pas besoin de s’énerver, reprit le premier. Réfléchis un instant… avec l’alarme, toutes les portes sont bloquées. Tu peux pas sortir, et les autres vont rappliquer. Tu crois vraiment que tu peux filer d’ici ?
- Il a raison. Pose ton arme, et on ne te fera pas de mal, continua son partenaire, en bougeant légèrement la main vers son fusil.
- Bouge pas, j’ai dit ! hurla-t-elle, ses mains commençant à trembler alors qu’elle faisait un pas en arrière.
L’homme se figea, puis lui sourit :
- C’est pas ton job, hein ? La première fois que tu tiens quelqu’un en joue.
- Je vous préviens ! Je… je suis pas une bleue.
- Oui, bien sûr. Et t’as dix ans d’expérience sur le terrain. Arrête ton cinéma. T’es coincée dans un foutoir pas possible, et t’as aucune chance de t’en sortir vivante si tu résistes. Si tu te rends, on va te laisser en vie. Dis-toi que t’auras une autre chance.
- Je… je…
- Allez… Tout va bien.

Anna sentait ses tremblements devenir de plus en plus intenses, alors que les gouttes de sueur se multipliaient, irritant son visage. Elle allait répondre lorsque, soudain, elle entendit la porte du hangar s’ouvrir. Instinctivement, elle commença à tourner la tête vers l’origine du bruit. Au même moment, elle vit les deux hommes faire le même mouvement avec leurs bras, commençant à lever leurs fusils dans sa direction.

Les réflexes prirent le contrôle. Comme à l’entraînement.

Elle vit les éclairs au bout du canon, séparés par un temps effroyablement long, les détonations n’étant remarquées que par un coin de son esprit. Son index fit le même mouvement, répétant la contraction et le relâchement, tandis que ses poignets accompagnaient le recul du pistolet, alternant sans interruption entre les deux cibles.

Viser le centre de masse, lui disait son instructeur, à la voix aussi claire que s’il était à côté d’elle sur cette planète étrangère, plus facile que la tête, et même s’ils ont des gilets pare-balle, le choc désoriente. La balle ne tue pas tout de suite, mais le choc neutralise.

Lentement, Anna prit conscience du regard des deux hommes, dans lequel se traduisait la surprise, le choc, puis les premiers signes de la douleur alors que les petits projectiles métalliques déchiraient leurs corps.

Elle entendit ensuit un bruit répétitif tandis que son regard ne pouvait se détacher des silhouettes qui entamaient un mouvement étrange, leurs jambes se pliant sous le poids de corps inertes. L’arme entre ses mains suivait le déplacement, et, détachée de la situation, elle se rendit compte qu’il n’y avait plus d’éclairs, plus de coups de tonnerre.

Une sensation à l’épaule la ramena à la réalité, et Anna se sentit prise par deux mains fortes qui la forçaient à se tourner sur sa gauche.

- Anna ? Ca va ? entendit-elle une voix masculine qu’elle savait reconnaître. Vous allez bien ?
- … Oui, murmura-t-elle alors que ses tremblements la reprenaient.
- Il faut y aller…, lui dit le visage rassurant, dont les yeux cessèrent un instant de croiser son regard pour se fixer brièvement les deux silhouettes effondrées au sol, en-dehors du champ de vision de la scientifique.

Elle sentit la main la pousser légèrement en avant, et elle n’opposa aucune résistance, marchant dans la direction indiquée. A un moment, elle entendit un bruit métallique au niveau de ses pieds, et remarqua que le poids dans ses mains avait disparu.

Et continua d’avancer.

Anna ne prêta pas attention aux corps inertes qui gisaient dans le hangar, tandis que Jackson la menait doucement vers l’un des deux véhicules utilitaires présents. Reprenant lentement ses esprits, elle monta à bord de la cabine, remarquant la militaire… non, l’Ascendante déguisée en militaire… presser plusieurs séries de boutons et d’interrupteurs colorés dans le cockpit. Elle se laissa tomber dans une chaise, ses muscles inertes, le regard perdu dans le vague, ne faisant pas attention aux deux voix, qui lui semblaient incroyablement lointaines.

La civile vit, sans y réfléchir, le décor derrière le cockpit se déplacer légèrement à la verticale, puis, l’instant d’après, toutes les lumières s’éteignirent brusquement, et le mouvement s’inversa, s’arrêtant avec un choc et un bruit lourd.
- Qu’est-ce qui se passe ? demanda l’archéologue.
- Je ne sais pas ! répondit l’Ascendante. Tout s’est éteint. Tombé en panne.
- On n’a pas le temps de voir ce qui se passe ! réagit-il. Il y a une seconde navette, on y va ! fit-il avant de se retourner vers le dernier membre du trio. Anna ! Levez-vous, on change de véhicule ! Maintenant !
Elle obéit, retrouvant un peu de force dans ses muscles et suivant les deux autres hors de la cabine.

Je… Je les ai tués.

Ils se rendirent vers la seconde navette, et Jackson, après un premier essai infructueux, parvint à ouvrir la cabine par un système manuel.

Tous les deux…

Elle embarqua à leur suite, et ne fit pas attention à leurs commentaires soulagés lorsque les voyants du cockpit s’activèrent.

Pourquoi, Atlantis ? Pourquoi vous m’avez dit… Vous auriez pu les occuper… Ouvrir la porte avant qu’ils arrivent…

La navette décolla, et, lentement, avança jusqu’à quitter le hangar désormais plongé dans l’obscurité.

Atlantis ?

Elle ne remarqua pas le juron lâché par Jackson dans le cockpit lorsque celui-ci se pencha sur la verrière, regardant le paysage tout autour de la navette.

Atlantis ?

Juste devant elle, l’archéologue se figea lorsque l’Ascendante lui fit signe de regarder en direction du ciel.

Atlantis !



Effet Papillon :
Un avenir possible, moins sûr et plus complexe pour des galaxies porteuses d'un mélange explosif : vide de pouvoir, héritages vivants et ambitions multiples.
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post Mercredi 14 Décembre 2011 18h16
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Chapitre 03 :

Où les fiers protagonistes commencent à trouver des solutions à leurs problèmes insolitesdans le mépris le plus complet des conventions, du bon sens et de l'instinct de survie.



Les couloirs immaculés de la frégate lui semblaient à la fois distants et familiers alors qu'il les parcourait d'un pas lent et détaché. Sur leur image vierge se superposaient aussi bien les souvenirs de la poursuite face au troupes du Daedalus que ceux des innombrables missions et opérations qu'il avait vécu à bord de tels engins. Autour de lui, des combattants déterminés et endurcis se préparaient tant physiquement que mentalement à un nouvel affrontement direct avec des troupes Wraith. Le rôle de l'infanterie n'avait pas disparu à l'ère de la guerre spatiale, bien au contraire, les opérations de renseignement et de capture occupant la plupart de ses missions.

Les sauvetages aussi, à une époque. Du moins jusqu'à ce que la leçon fut rentrée dans les cœurs et les esprits, chaque prisonnier fait par les Wraith servant d'appât pour un piège plus vicieux et imprévisible que le précédent. Quand chacune de ces opérations ne permettait que de sauver une épave anéantie intérieurement et extérieurement par ses captifs, au fréquent prix d'escouades entières, la conclusion n'avait mis que peu de temps à s'imposer. L'arrêt des opérations de sauvetage s'était soldé, de l'autre côté, par la cessation de toute capture, les blessés et les soumis étant interrogés et exécutés sans hésitation.

Thomas Campbell arrêta de marcher quelques instants, inspirant profondément avant de reprendre son chemin. Intuitivement, il savait où était sa coéquipière à bord du vaisseau, mais ne l'avait presque pas croisée depuis le début du voyage, évitant de lui faire face. Il ne reconnaissait plus la jeune femme dans les émotions qu'elle rayonnait, tout comme il savait que lui non plus n'était plus le même. L'évolution avait jusqu'alors été relativement continue, cohérente, ayant attendu la bataille contre les forces d'Hagalaz pour accélérer brutalement.

Il se rendait compte que, malgré tout ce qui était arrivé, certaines constantes étaient restées en place, lui permettant de savoir quoi dire, quoi faire. Autant de choses qui avaient disparu lorsque l'I.A. Ancienne avait décidé de se servir de ses pions humains comme autant d'outils pour un plan qui, selon toute éventualité, définirait leurs vies à tous deux durant un temps inimaginable. La mort de leur supérieur commençait enfin à prendre forme dans son esprit, alors qu'il se rendait compte que celui-ci était parvenu à conserver un semblant d'ordre et de naturel dans leur situation.

Ce n'était pas le premier de ses frères d'armes qu'il voyait mourir, mais probablement était-ce celui qui l'avait le plus marqué, ayant été son mentor lors des périodes les plus sombres. Tombé lors de l'assaut sur une Ruche pour y extraire des données stratégiques, il avait été un phare, et Gwydion s'en rendait à présent compte, maintenant que celui-ci n'éclairait plus rien. Mais le soldat avait survécu. A ce supérieur et à d'autres, devenant lui-même le chef d'autres soldats jusqu'au jour où lui aussi tomberait ou bien que son peuple remporte la victoire.

L'un ou l'autre.

A chaque instant, le pilote avait de plus en plus de mal à différencier ses propres souvenirs, ses émotions, de ceux que lui avait imposés Atlantis. Une fraction de son esprit le prévint de la présence en approche, mais il n'y fit pas attention avant d'entendre la voix désormais familière :
- Tom ! Est-ce que ça va ? Réponds-moi !

Il reprit conscience pour voir le visage féminin penché sur lui, l'inquiétude se lisant dans le regard. Un bref mouvement lui fit se rendre compte qu'il était assis contre une des parois de la coursive, et il prit quelques instants pour prendre conscience de son environnement.

- Ca… ça va. Un vertige, rien de grave, dit-il en détournant le regard.

Elle ne répondit pas, attendant qu'il pose à nouveau les yeux sur elle pour lui parler :
- Qu'est-ce qui t'arrive ? Ne me dis pas que ça va bien, je sais que c'est faux.
- On ne peut rien te cacher, hein ?
- … Je ne sais pas ce qui t'arrive. C'est que…
- Il m'arrive la même chose qu'à toi, Shanti, qu'est-ce que tu crois…

Il posa son regard sur ses mains, qu'il observa pendant de longues secondes :
- Je ne sais plus… qui je suis.
- Ne dis pas ça.
- Merde, je me mets à avoir des foutues pensées existentielles, mais regarde-nous ! Ce corps… plus le nôtre, commenta-t-il avant d'indiquer son propre front d'un doigt. Ces souvenirs… pas les nôtres. Qu'est-ce qu'on est, alors ?
- … Je… Je ne sais pas, avoua-t-elle.
- Ce serait bien de le savoir, tu trouves pas ? dit-il, le ton faiblement sarcastique.
- …
- A un moment, je suis moi, le suivant, je suis ce vieux troufion. Ou alors c'est le contraire, souffla-t-il avant de la regarder dans les yeux. C'est pareil pour toi, hein ? Ou est-ce que cette conne d'I.A. a foiré quand elle m'a mis à jour ?
- Elle est là, acquiesça la jeune femme. Avec moi…


Jamais il n'aurait envisagé ce qui s'était passé.

La guerre était terminée. Il était encore en vie, mais son peuple n'avait pas gagné. Pas perdu non plus, du moins, pas de la manière qu'il envisageait la défaite. Pas de bataille finale où les derniers survivants vendraient leur peau le plus cher possible. Juste un départ dans le silence.

C'était la réaction classique de son peuple, après tout : camper sur ses positions un moment et puis, si les choses duraient trop longtemps, partir ailleurs. C'est peut-être pour cette raison que la plus grande réussite –et la plus grande tragédie– de sa civilisation n'était rien d'autre qu'une forme de fuite si raffinée, si puissante, qu'elle en était devenue une philosophie et l'objectif de tout un chacun. L'accomplissement par la fuite. Par le refus de ce qu'ils étaient tous et toutes.

Le choix avait été fait pour lui, et quoi qu'il eu pu décider, il ne pouvait plus fuir. Pas de la façon qu'avaient choisie tant de ses compatriotes. Il aurait pu faire comme les autres et franchir l'horizon des évènements dans une fuite moins spectaculaire, mais il était las. A la fois las de ces éternels départs et recommencements, et satisfait. Ses besoins étaient relativement minces, le soldat en lui percevant tout dans la Cité comme autant de luxes inutiles. La Cité elle-même, non, mais son contenu était inutile et il avait regardé sans émotion la colonne de réfugiés la quitter, franchissant une dernière fois l'anneau.

Elle avait pris la décision pour lui, comme à son habitude, et il n'arrivait toujours pas à l'accepter. Un choix illogique et capricieux comme tant d'autres, et qui avait des conséquences bien plus importantes que les regards, remarques et non-dits que son attitude attirait au quotidien. Mais cette fois-ci, il n'avait pas su laisser les choses se faire, refusant de lui faire subir les conséquences de ses propres actions.

Regardant le vortex se fermer, il se rendait entièrement compte de l'aisance qu'elle avait eue pour le manipuler, calculant avec précision le moment et la manière de lui annoncer un choix qui serait irrévocable. Il avait protesté de suite, elle avait riposté avec ses habituelles piques et le même détachement qui caractérisait la personnalité qu'elle s'amusait à présenter au reste du monde. L'opposition inébranlable s'était effritée, devenant ferme, puis modérée, et il avait beau savoir ce qui lui arrivait, il ne parvenait pas à s'y opposer.

Il savait, elle savait qu'il savait, et ainsi de suite. Telle était l'une des bases de leur relation où les règles étaient inexistantes pour la plupart et tacites dans les rares cas où ils trouvaient un accord.

Ils étaient désormais les derniers citoyens d'une Cité désormais abandonnée entre les mains d'une humaine égarée, de deux Lantiens iconoclastes et d'une I.A. ensommeillée.



- Qu'est-ce qu'on fera ? demanda-t-il après être revenu à lui-même.
- Comment ça ? s'étonna-t-elle.
- Pas vraiment utile de se morfondre sur notre sort, maintenant, si ?
- … Non.
- Donc, à ton avis, qu'est-ce qu'on fera quand ça sera terminé ?
- Quand quoi sera terminé ? lui demanda-t-elle.
- Hagalaz, tout ça. Quand on va rentrer au bercail. On s'occupe de Sylv', ça, d'accord. Mais après ?

Elle inspira puis s'assit à côté de lui :
- D'abord, je vais rentrer à la maison. Au moins quelques jours… je ne sais pas. Un peu plus, sûrement, dit-il.
- C'est où ?
- Un village à côté de Nottingham. Pas trop de monde, deux-trois touristes l'été et les quelques famille de la ville qui se prennent une maison pour le week-end. Un endroit tranquille, en somme.
- De la famille là-bas ?
- Les parents, deux cousins et l'habituelle vieille tante acariâtre. Enfin… je ne les ai presque pas vus depuis qu'ils m'ont recruté au SGC.
- Trop chargé ? suggéra-t-elle.
- Même pas. Je faisais ma vie, c'est tout, un coup de fil de temps en temps, une lettre vague. Ils sont bergers, pas vraiment le genre à qui je peux dire ce que je faisais vraiment.
- Qu'est-ce que tu leur disais ? demanda Shanti.
- Comme tout le monde, hein. Je m'en suis tenu à la couverture que ceux du Personnel m'ont filé : dans le SBS, missions un peu partout, pas de détails pour la sécurité de tout le monde. Hé, ils sont plutôt fiers de leur rejeton, en plus ! Un brave défenseur de la Couronne, qui risque sa vie pour la Reine et le Royaume… fit-il en levant les yeux au ciel.
Elle acquiesça en levant les yeux au ciel, partageant son avis sur sa situation.
- Enfin… continua-t-il. Je me demande bien ce qu'ils ont pu leur dire, là. Que je me suis fait tuer ? Ou bien que j'ai disparu ? Bordel, maintenant que j'y pense, ils seraient bien capable de sortir à mes parents que j'ai lâché tout le monde, que je me suis tiré… Après tout, c'est un peu ce qui est arrivé… Maman ne s'en remettrait pas… Quand on aura fini de sauver la galaxie, est-ce que ça te dérange qu'on passe les voir ?
- Non, bien sûr que non.
- Merci. Faudrait au moins que je les rassure. Qu'ils sachent que je suis encore là, et peut-être clarifier tout ce foutoir… Atlantis ?
- Oui, lieutenant Campbell ? répondit aussitôt la voix de l'I.A.
- Est-ce que vous savez ce qu'ils ont dit à ma famille ?
- Vous êtes porté disparu après une mission confidentielle. Plusieurs avis administratifs ont été émis en vue de classifier votre absence comme volontaire et non autorisée, j'ai fait le nécessaire pour qu'ils soient ignorés en faveur de l'autre possibilité.
- … Merde. Je ne croyais pas vous sortir ça avant pas mal de temps, mais… merci. Franchement. Merci beaucoup, Atlantis.
- En outre des considérations éthiques et du minimum de loyauté que je vous dois, lieutenant, il s'agissait de la solution optimale en termes d'efficacité pour la suite de vos interactions avec la Terre. Les stigmates d'un abandon de poste pourraient très probablement constituer des obstacles dans tout effort de coopération avec les autorités ou le personnel terrien. Ici, très peu de personnes, même au sein de votre Programme, sont au courant de ce qui vous est véritablement arrivé, et à bord du Daedalus, sept individus à peine connaissaient votre identité. Le reste, en vous voyant pour la première fois, ne trouvera rien de plus dans les archives officielles que la mention d'une équipe SG portée disparue au début de la crise actuelle. Ceux et celles sachant ce qui s'est produit pourront être traités au cas par cas et ont souvent eu des expériences personnelles telles que vous devriez rester à l'abri des préjugés sur votre situation.
- … Ouais. Vous savez, Atlantis, vous n'avez pas besoin de me rappeler qu'on est des pions sur un échiquier et que vous pensez d'abord à votre plan. Je suis au courant, c'est bon.
- Je ne faisais que vous donner un point de vue global de votre propre situation personnelle.

Le pilote soupira lentement.
- Atlantis…
- Oui ?
- Chez nous, quand quelqu'un vous dit "Merci", vous répondez juste "De rien", vous n'exposez pas toutes les raisons machiavéliques qui vous ont poussée à lui avoir donné un coup de main.
- … Je vois.
- Bon, on recommence. Merci beaucoup d'avoir évité à ma famille de croire que leur Tom est un lâche ou un déserteur et de leur avoir assuré une pension.
- … De rien, lieutenant Campbell.
- Voilà ! Vous voyez, ce n'est pas difficile.
- Mais incomplet.
- Atlantis !
- Comme vous voudrez, lieutenant… dit-elle, un sentiment de lassitude audible dans sa voix.
- A la bonne heure !

Il entendit un son reconnaissable et se tourna vers Shanti pour la voir retenir avec peine un nouveau rire.
- Quoi encore ? demanda-t-il avec un faux agacement.
- Oh, rien… Thomas Campbell, l'homme qui apprit la politesse à une I.A. Ancienne mégalo. J'aurai tout vu…
- Si on doit passer tout ce temps à bosser pour elle, il va falloir qu'elle fasse quelques compromis, c'est tout ce que je dis.
- Ca se tient, admit-elle.
- Bon, on a déjà quelque chose à faire. Et toi, Shanti, tu as sûrement du monde à revoir là-bas, non ?
- Un peu de famille, fit-elle. On verra à ce moment-là.
- … D'accord.


Quelques minutes plus tard, la voix d'Atlantis vint les interrompre :
- Il vient d'y avoir une complication, annonça-t-elle sans autre préambule.
- Qu'est-ce qui s'est encore passé ? demanda Campbell en se tournant vers l'origine de la voix. Un truc que vous n'avez pas prévu ?
- En partie, lieutenant, confirma l'I.A. Vous avez eu la possibilité de parler avec le docteur Stern il y a quelques jours, il me semble ?
- Oui. D'ailleurs, elle n'était pas censée nous contacter un peu plus souvent ? s'interrogea Shanti. Vous aviez dit qu'elle allait travailler avec nous, je croyais.
- Uniquement pour ce qui aurait rapport aux évènements se déroulant dans la Voie Lactée, lieutenant Bhosle. Votre situation actuelle faisait que tout contact avec elle était pour le moment inutile.
- D'accord ? fit le pilote. Et quel rapport avec votre problème ?
- Elle a été envoyée en parallèle de votre opération sur un travail d'investigation, en vue de déterminer la nature, l'origine et l'amplitude de la conspiration visant à provoquer une guerre totale entre la Terre et la Nation Jaffa.
- Conspiration ? Rien que ça ? fit-il, étonné.
- C'est le mot le plus adapté, étant donné que les instigateurs de ces actions agissent dans l'ombre sur une durée se chiffrant au minimum en années et ont pu infiltrer les différents gouvernements respectifs des deux puissances à un niveau relativement élevé. Pour revenir au problème, le docteur Stern a subi, en même temps que le groupe qu'elle accompagnait, une attaque directe de la part d'agents de la conspiration. En soi, cela aurait été une bonne nouvelle, nous donnant une piste à remonter, si je n'avais pas perdu tout contact avec elle il y a peu de temps.
- Elle n'a pas répondu à votre dernier coup de fil ? suggéra Shanti.
- Je l'avais équipée de nanites de communication. Peu de temps après sa capture, elle a été libérée par le docteur Jackson, mais il semble que leurs adversaires aient réussi à détruire le lien subspatial par une impulsion électromagnétique de grande amplitude provoquée par un dispositif à fusion non contrôlée.
"Jackson ? LE Jackson ?" s'étrangla Shanti en même temps que Campbell lâchait "Ils lui ont balancé une bombe H ?".
- La réponse est "Oui." pour vous deux, confirma Atlantis. Je suis certaine qu'ils sont tous deux encore en vie, mais cela risquera de poser problème pour la suite de votre mission.
- Il y a quelque chose que vous n'aviez pas prévu ? fit Campbell, sarcatisque.
- Apparemment, un élément… extérieur a jugé amusant de dépasser le cadre que j'avais anticipé pour s'inviter dans l'environnement du docteur Stern. Je ne sais donc pas exactement quelle situation vous attendra lorsque vous reviendrez de votre mission.
- C'est très bien, tout ça, dit Shanti, mais vous serez toujours là quand on rentrera, donc vous pourrez nous dire où aller, non ?
- Probablement.
- Qu'est-ce qui se passe… murmura-t-elle. Atlantis ?
- Cette perte de contact est bien plus critique qu'elle ne semble à première vue, lieutenant Bhosle. Normalement, je devrais pouvoir reprendre contact avec les docteurs Stern et Jackson, ce qui me permettra d'organiser votre action propre une fois Hagalaz neutralisée. Mais comprenez bien que la vitesse sera cruciale pour votre part des opérations.
- Expliquez-nous ce que vous préparez. Qu'on sache au moins à quoi s'attendre ! fit le pilote.
- Non.

Quelques instants plus tard, un halo holographique apparut devant eux avant de parler avec la voix d'Atlantis :
- Le vaisseau est à présent à proximité du point de non-retour, annonça-t-elle brusquement avant de laisser le halo prendre une forme plus consistante.

Les deux plus qu'humains virent une représentation schématique des galaxies voisines apparaître pendant une poignée d'instants, avant que deux d'entre elles soient mises en valeur par un effet de surbrillance. Les autres corps astronomiques disparurent aussitôt, tandis que les spectateurs se virent informer de l'identité des deux galaxies, se voyant confirmer leur hypothèse initiale.

- Vous êtes désormais à cette position, commenta Atlantis en faisant briller un petit point à approximativement mi-chemin des deux galaxies. D'ici quelques heures, je mettrai fin à toute communication entre votre vaisseau et mes propres relais afin d'éviter toute détection indue. Seule une personnalité autonome basée sur moi demeurera présente à bord afin de vous assister dans votre travail, mais comprenez bien que celle-ci ne disposera pas de quelconques moyens en-dehors de ceux du vaisseau.
- D'accord, fit Campbell. Et je parie que vous allez donc nous dire ce que vous voulez précisément de nous, c'est ça ?
- Exactement, lieutenant. Votre trajectoire actuelle va vous mener sur une planète habitable en bordure extérieure de la galaxie.

Pour appuyer ses dires, un second hologramme apparut, présentant un bras galactique vers lequel l'icône du vaisseau se dirigeait, avant de zoomer sur un système stellaire dans lequel le petit appareil achevait sa course en orbite planétaire.

- Votre premier objectif sera de déterminer l'existence ou non d'une mobilité au sein des espèces intelligentes. Mobilité par un réseau de Portes ou par des vaisseaux. Si les sondes repèrent une Porte, alors votre travail sera grandement facilité, continua-t-elle tandis que le schéma orbital se voyait remplacé par une Porte. Le protocole standard dès la mise en fonctionnement d'un réseau est la dispersion de systèmes de suivi biologiques à une échelle planétaire.
- Une seconde, demanda le pilote. Qu'est-ce qui vous fait croire que Hagalaz aura suivi ce… protocole ?
- Tout d'abord, parce qu'il lui facilite potentiellement la tâche de s'informer sur les migrations à long-terme sur son territoire, mais avant tout parce que le système de génération et de déploiement est directement intégré dans des parties non-modifiables de la programmation des Portes. Il s'agit d'un standard qui n'a pas évolué depuis les premières expériences de mes créateurs et vous devriez pouvoir utiliser les outils présents sur la frégate pour obtenir les mesures recherchées.
- D'accord… fit Shanti. Et… qu'est-ce qu'on doit chercher ?
- Ceci, répondit l'I.A. en laissant l'affichage se charger des explications.

L'hologramme montra l'activation d'une Porte libérant des matériaux biologiques. Ceux-ci, une fois arrivés dans le sol, se développèrent suivant un rythme volontairement exagéré et arrivant après quelques secondes de présentation, à leur forme finale.

- Un… un arbre ? fit Shanti en haussant les sourcils.
- Selon la classification des organismes biologiques en vigueur sur votre planète, il s'agit de versions hautement modifiées de l'espèce que vous appelez "pin". Relativement résistant aux conditions planétaires, la Porte détermine les caractéristiques climatiques locales et déploie le génotype le plus adapté pour une présence large. Tant durant les phases de croissance que celles de vie, l'organisme prélèvera et emmagasinera à des emplacements prédéfinis des échantillons de l'ensemble des formes de vie étant passées dans une relative proximité.
- J'y crois pas… souffla Campbell. Vous avez fait de ces arbres un foutu réseau d'espionnage galactique…
- Pas d'espionnage, lieutenant Campbell. Uniquement de suivi biologique et ethnologique. Des analyses régulières du contenu de ces arbres nous permettaient à l'époque d'obtenir de façon non-intrusive des données précises sur les mouvements de population, l'évolution génétique des espèces présentes, les liens potentiels entre diverses civilisations. Autant d'informations particulièrement utiles pour des scientifiques mais quasiment sans valeur pour les forces armées, au vu de leur supériorité qualitative et quantitative.
- Supériorité que nous n'avons pas, rappela Shanti.
- Effectivement. Et c'est pour cela que je vous redirige dans cette direction précise. Avec ces données, il vous sera en mesure de choisir la stratégie à adopter. Vous en apprendrez plus le moment venu, mais mon hypothèse de travail est que, d’une façon ou d’une autre, Hagalaz a maintenu en vie ou encouragé le développement de plusieurs espèces intelligentes, avec éventuellement des capacités spatiales intragalactiques. Un tel choix se justifierait par les avantages procurés tant en termes de créativité que de réduction des faiblesses systémiques.
- En gros, pas de virus sur mesure pour exterminer tout le monde ? reformula Campbell.
- De façon très résumée, oui. Maintenant, s’il est évident qu’elle a créé une domination politique, sociale, technologique ou militaire de l’espèce qu’elle a initialement accompagnée, un système relativement multipolaire est bien plus difficile à maintenir sous contrôle, et vous devriez pouvoir en profiter.
- Question, fit Shanti.
- Oui ?
- Est-ce que je me trompe, ou vous allez nous demander d’organiser une révolution à l’échelle galactique, le soulèvement d’on ne sait même pas encore combien d’espèces inconnues… en quelques semaines ?
- Pas spécifiquement, j’entends rester raisonnable.
- Je suis rassurée, avoua-t-elle avec un sarcasme audible.
- Les informations que j’ai reçues lors de mon contact avec les forces qui vous ont ramenées sur ma Cité ont clairement indiqué une connaissance au moins partielle du schisme Ori. La part de moi qui vous accompagnera disposera d’informations particulièrement précises sur les évènements de l’époque et ceux s’étant produits depuis. J’estime que cela pourra vous offrir une plus grande facilité d’accès aux cercles décisionnels locaux, vous donnant la possibilité d'accéder au système central de Hagalaz.
- Et elle ne risque pas un peu de s’en apercevoir ? demanda le pilote.
- Pas obligatoirement. Du moins, pas si vous laissez la frégate derrière vous à ce moment. Une fois sur place, je vous expliquerai plus en détail les tenants de votre mission. Comprenez bien que lorsque vous serez sur place, vous devrez neutraliser Hagalaz sans mon aide complète, mais que vous disposerez en revanche d'un soutien local. L’I.A. que je vous laisserai a toutes les informations à ce sujet. Quoi qu'il en soit, remontez jusqu’à Hagalaz, et, au minimum, brisez l'illusion qu'elle projette sur ses protégés. Vous devez absolument mettre fin à cette offensive, et ce de façon définitive. Si vous n’y arrivez pas, il sera inutile de revenir. Ensuite, ce qui serait particulièrement appréciable serait que vous puissiez nouer une alliance entre nos deux galaxies pour la guerre à venir. Mais cela peut attendre quelques décennies s’il le faut, contrairement à une paix durable. Enfin, je préférerais que Hagalaz soit neutralisée, et ce de façon propre.
- Comment ça, propre ? demanda Shanti.
- Évitez de détruire ses supports physiques. Si elle peut contrôler sa propre galaxie, ils doivent être particulièrement étendus, et ils sont pour ainsi dire indispensables à la prochaine étape de ma stratégie. Pensez-y lorsque vous y serez ; j’ai investi suffisamment de temps et de moyens et je vous serais… reconnaissante si vous évitiez une destruction aveugle.




Carl avait essayé sans succès de dormir, son regard se portant régulièrement sur la femme séparée de lui par plusieurs champs de force. Apparemment épuisée, elle avait finalement réussi à s’assoupir, le pilote laissant son regard se poser sur son frêle corps.

Le jeune homme laissa échapper un bâillement et allait à nouveau essayer de s’endormir lorsqu’un bruit métallique à présent familier se fit entendre au loin. Il vit la femme se relever brusquement, regardant autour d’elle pendant quelques instants, le visage marqué par la frayeur que causait en elle le bruit des bottes jaffa. Elle se tourna vers lui et, alors que les pas se faisaient plus marqués, il lui fit signe de rester silencieuse.

Quelques instants plus tard, les gardes passèrent entre leurs cellules, sans leur adresser un mot ou un regard avant de s’éloigner à nouveau, quittant rapidement le couloir. Une fois la porte refermée derrière la patrouille, il lui demanda enfin :
- Ca va ?
- O… Oui, répondit-elle. Est-ce qu’ils… qu’ils vont revenir ?
- Probable, avoua-t-il, laissant un temps d’arrêt avant de reprendre. Qu’est-ce qu’ils vous ont demandé ? Qu’est-ce qu’ils veulent savoir ?
- Je ne sais pas… des histoires de complices, de vaisseaux. J’ai jamais pris de vaisseau, moi. C’est mon oncle qui m’a amené ici pour que j’apprenne le métier. Il m’avait dit que je serais à l’abri, que j’aurais de quoi manger… Est-ce qu’ils vont me laisser partir ? J’ai… j’ai rien fait, moi !

Punaise, pensa-t-il. Pas vraiment une lumière, si elle a pas encore compris qu’elle sert d’otage… Ou alors c’est moi qui commence à devenir un peu trop cynique avec toutes ces merdes qui m’arrivent depuis le temps.

- Ce n’est pas de votre faute… Attendez, je ne connais même pas votre nom… Moi, c’est Carl. Vous ?
- Er… Erina.
- Ce n’est pas de votre faute, Erina, reprit-il. Faites-moi confiance, on va s’en sortir…

Ouais, facile à dire. Mais bon, faudrait pas non plus qu’elle s’effondre complètement… Ah, merde ! Faut vraiment que je fasse quelque chose ! Il faut trouver une façon de se sortir de cette situation pourrie, et vite !

- On va s’en sortir, répéta-t-il. Mais j’ai besoin de votre aide, d’accord ?
- Mon… aide ?
- Oui. Quand ils vous ont capturée, est-ce qu’ils vous ont amené ici directement ? Vous étiez consciente ?
- Ou… Oui.
- D’accord. C’est déjà ça… Où est-ce qu’on est, dans la ville ?
- Heu… Je… Je ne suis pas sûre.
- Faites un effort ! Il faut que j’en sache autant que possible !
- Je ne sais pas où on est ! répondit-elle brusquement. J’ai pas fait attention à ça ! Ils me poussaient et me hurlaient dessus ! Je… je…
- Je suis désolé. Je ne veux pas vous brusquer, mais c’est vraiment important, Erina. On ne peut rien faire pour l’instant, et moi, je me suis réveillé ici, alors je ne peux rien savoir. Essayez de vous souvenir d’un détail, de quelque chose.
- Mais je ne sais vraiment rien !
- Calmez-vous, demanda-t-il en accompagnant de gestes ses paroles. Est-ce que vous avez vu des vaisseaux en arrivant ? Ou bien la Porte ?
- Euh… non, je ne crois pas.
- Les gardes, il y en avait beaucoup ?
- Oui, ils couraient partout, et ils me regardaient… Je croyais qu’ils allaient me tuer !
- D’accord. Quand vous êtes entrée, c’était comment ? Une cour intérieure ? Directement dans les couloirs ? Des escaliers ?
- Je… je crois qu’il y avait une cour… Ils tiraient sur des cibles.
- Est-ce que vous avez vu une fenêtre ou une sortie en arrivant ici ? continua-t-il.
- … Non.
- Quand vous avez été interrogée, les gardes qui vous ont accompagnée, ils étaient nombreux ?
- Juste deux, mais ils sont énormes. Mais ils ont des armes magiques ! Et puis c’est des jaffas, ils sont invincibles !

Oh merde ! Je suis tombée sur une gamine qui n’a pas encore pigé que les lances, c’est du vent. Elle doit venir d’un trou perdu loin de tout… Après ça, elle va me dire qu’elle croit que les Goa’uld sont des dieux… ‘tain, j’y crois pas, ça fait dix ans que la guerre est finie, et je vais quand même devoir faire le speech.

- Les jaffas peuvent être vaincus, dit-il quelques instants plus tard. Leurs lances ne sont pas magiques et leurs armures ne les protègent pas de tout.
- C’est… c’est faux. Ce sont des guerriers ! Ils tuent tous leurs ennemis… Et puis, ils vont voir que j’ai rien fait, ils vont me laisser partir…
- Pas vraiment… répondit Carl à mi-mot. Vous ne sortirez pas d’ici… Je suis désolé.
- Que… Quoi ? Mais j’ai rien fait ! Ils ne peuvent pas me garder !
- Ne vous faites pas d’illusions, soupira le pilote. Je parie ce que vous voulez qu’ils sont au courant. Mais ils n’en n’ont rien à cirer.

Elle le regarda fixement, Carl lisant dans les yeux de la femme un mélange d’incompréhension et de colère. Il lui semblait qu’elle n’arrivait pas à se fixer sur une émotion particulière tandis qu’il venait de commettre ce qui, pour elle, ne devait être rien moins qu’un blasphème.

- C’est moi qu’ils veulent.
- Mais alors, pourquoi…
- Pour faire pression. C’est classique. Non, c’est cliché. Ils ne veulent pas me torturer… je ne m’en plains pas, hein, je constate… alors, ils vous frappent, et vous mettent en face de ma cellule. Et bien sûr, on peut discuter.
- Et alors ?
- Ca ne vous paraît pas un peu bizarre qu’on laisse des prisonniers discuter ? En fait, c’est sûrement plus compliqué de nous laisser parler que de bloquer les sons, avec ces boucliers… Ils veulent qu’on apprenne à se connaître. La prochaine fois que l’autre va m’interroger, elle va me faire comprendre gentiment que si je ne parle pas, ils vont vous tabasser… ou pire.
- Comment… comment est-ce que vous pouvez…
- Comment j’ai deviné ? Simple. C’est complètement cliché ! Digne d’un scénariste de série B qui a la flemme, voilà ! Mais c’est toujours efficace… Ils savent que j’ai voulu la protéger, alors…
- Protéger qui ?
- C’est privé. Et ça n’a plus d’importance…
- Oh.
- Ils vont vous utiliser contre moi. Ha !

Bon, s’ils veulent suivre les clichés des films, autant continuer… De toute façon, ma vie, ces dernières semaines, c’est juste ça : une succession de clichés éculés. Alors autant jouer jusqu’au bout. Et puis, dans les films, c’est le héros que les méchants essaient de faire craquer comme ça. Alors, mon petit Carl, tu vas faire comme le héros, et gagner à la fin !… Ouais, bonne résolution, mais maintenant, faut un plan, vu que j’ai pas vraiment la tronche à charmer les gardes avec un sourire, se dit-il avant de réprimer un frisson à cette pensée.

Il s’allongea sur sa couchette, et fixa le plafond éclairé par le scintillement du champ de force.

- Un plan… murmura-t-il pour lui-même. Ouais… Pas gagné, tout ça.

Carl se tourna vers sa codétenue :
- Ils veulent que je leur dise des trucs que je ne sais pas. C’est ça le problème. Ils vont vous faire souffrir, Erina, mais je ne peux rien faire. Je suis désolé.
- Non ! répondit-elle violemment. Vous mentez !

Le pilote haussa les épaules, et croisa son regard :
- Non. Quoi qui se passe, vous êtes un pion. Et ils vont vous jeter.

Putain, pensa-t-il. Dans la catégorie ordure, je me pose là. Mais bon, elle va rapidement se rendre compte de tout ça, quand les autres vont la torturer pour me faire parler. Pas le choix. Faut que je la mette de mon côté, qu’elle déteste ces chieurs plus que moi… Carl Banet, manipulateur et espion sans scrupules… On aura vraiment tout vu, dans cette galaxie à la noix !

- Non… répondit-elle avant de continuer, sans le regarder. Ils ne punissent pas ceux au cœur pur…
- Conneries. De la mauvaise propagande. Enfin, ça sert à rien de parler. Ils vont vous reprendre, et raconter que vous êtes ma complice, que vous sortirez si je parle, ou un truc du genre. C’est tout ce qu’ils veulent. Quand vous aurez compris, faites-moi signe qu’on essaie de préparer un truc pour s’en sortir, d’accord ?

Elle ne répondit pas, et Carl s’allongea à nouveau, lui tournant le dos.

En fait, c’est pas difficile de passer pour un dur à cuire, quand en face elle a sûrement jamais quitté sa campagne…


Quelques dizaines de minutes plus tard, son attention fut attirée par l’inimitable bruit de bottes jaffas se rapprochant de sa cellule. Retenant un bâillement, le pilote se releva lentement pour s’asseoir sur la couche et faire face au champ de force qui illuminait faiblement ses maigres quartiers. Presqu’aussitôt, la patrouille qui était arrivée sans discrétion entra dans son champ de vision et Carl se prépara à se lever.

Il fut alors surpris de voir le groupe de jaffas se tourner vers l’autre cellule pour en éteindre le bouclier protecteur. Les guerriers intimèrent à la femme de se lever et de les suivre. Celle-ci prit apparemment trop de temps pour leur obéir, et l’un des jaffas s’empara brutalement de son bras, la tirant hors de la pièce, sous la surveillance du reste des gardes. Ignorant ses cris et plaintes, ils la poussèrent hors de vue de Carl, qui se mordit les lèvres en silence.

Désolé, la miss. On est vraiment tous les deux dans la merde…



Erina fut jetée sans ménagement sur le sol aussitôt la porte ouverte et se releva avec difficulté, des larmes aux yeux. Assise sur le sol, elle se massa le bras par lequel l’avait trainé l’un des jaffas tandis que, devant elle, une figure l’observait avec détachement.
- Nous savons que tu es innocente, lui dit la voix féminine.

La prisonnière releva alors la tête, une lueur d’espoir dans le regard. Lueur qui n’eut pas le temps de passer par les étapes d’incompréhension et de peur lorsque ses yeux virent le bâton métallique s’approcher d’un geste souple de son corps. A l’instant où l’outil de torture rencontra sa peau, toutes les pensées s’interrompirent, laissant place à la seule douleur balayant l’ensemble de son corps.

Et elle hurla.

Après un temps qu’elle daigna suffisant, l’interrogatrice mit fin à son geste, laissant sa victime reprendre son souffle, effondrée au sol et trop choquée pour continuer à pleurer.

- Tu n’as rien à voir avec l’espion Tauri, confirma Ca’Teya. Rien qu’une pauvre humaine qui ne comprend pas ce qui se passe.

La femme devant elle gémissait, incapable de répondre.

- Mais ça va continuer comme ça… A moins que tu fasses exactement ce que je te dise. Si tu obéis, tu retrouveras la liberté… et nous te récompenserons pour tes efforts. Sinon… est-ce que j’ai besoin de tout décrire ?

Erina ne répondit pas, relevant à peine les yeux vers Ca’Teya.

- Est-ce que j’ai besoin de décrire ce qui va t’arriver si tu n’obéis pas ? demanda-t-elle à nouveau, en rapprochant l’outil de torture de sa dernière victime.
- … N… Non.
- Excellent. Alors, voilà ce que tu vas faire. Je vais te donner un médaillon. Tu vas le garder en permanence sous tes vêtements. Il te permettra de nous contacter en appuyant sur la pierre centrale. Tu vas rester avec le Tau’ri. Le suivre où qu’il aille. Et tu nous diras où il va, ce qu’il fait, à qui il parle.
- Je…
- Ah ? Tu as une… objection ? demanda-t-elle sans se départir de son sourire, tandis que sa main rapprochait sensiblement l’outil de torture de la femme devant elle.

Ca’Teya nota avec satisfaction que le regard de la prisonnière se portait davantage sur l’arme que elle-même.

- Non… souffla Erina.
- Très bien. Toi et moi, on va se revoir, et tu vas transmettre quelques messages au Tau’ri. S’il ne te croit pas, s’il comprend que je t’ai donné ces informations, il ne filera pas rejoindre ses complices. Et toi, tu ne rentreras jamais chez toi. C’est compris ?
- Mais… je n’ai rien… commença-t-elle avant de se mettre à hurler, les nerfs saturés par la douleur venant du bâton de torture.
- Mauvaise réponse, souffla l’interrogatrice.


Au bout d'une longue période, celle-ci sembla finalement se lasser de la routine des questions précises auxquelles ne venaient répondre que des bafouillages souvent récompensés par une nouvelle application de douleur scientifiquement optimisée par des milliers d'années d'expérience. Ca'Teya haussa des épaules et sortit finalement de la pièce, laissant sa victime tomber dans un état catatonique que la jaffa connaissait parfaitement pour l'avoir fréquemment vu chez ceux et celles dont l'esprit ne savait pas tolérer la souffrance.



Certains prisonniers étaient de temps en temps tirés de leur cellule, sans préavis ni ordre ou rythme visible, ne revenant que quelques temps plus tard avec de nouvelles traces de coups sur l’ensemble du corps. Van’Tet se sentait chanceux d’avoir été jusqu’à présent ignoré, alors même que son corps était à chaque heure plus faible, les premiers signes du manque de trétonine se faisant ressentir.

Il fut tiré de ses réflexions par le retour brutal de leur chef de groupe temporaire. Othar se fit jeter au sol à peine un instant après que la porte se fut ouverte, roulant et absorbant quelque peu l’impact. Une fois la cellule refermée, il se redressa lentement et fit signe aux autres de s’approcher :
- Patrouilles par cinq. Lances et zats pour tout le monde. Pas vu de fenêtres. Ils bougent pas mal de trucs, là.
- Un plan ? demanda l’un des mercenaires.
- Rien maintenant. Mais faut qu’on s’casse, répondit-il avant de faire un signe de tête vers Van’Tet. Y tiendra pas longtemps ici.

Le jaffa acquiesça faiblement, reconnaissant, alors que les autres lui adressèrent des regards de sympathie.

Ils sont prêts à essayer de s’évader parce que j’ai besoin de trétonine… Loyauté, honneur… Les chiens de guerre ne sont pas forcément ceux qu’on croit. Ils sont… ils sont ma seule chance de retrouver Maître Bra’tac et de survivre à tout ça…

- On va s’tirer d’là, y’a pas d’souci, fit Othar en se relevant péniblement pour se rapprocher de l’espion. Y’a eu pire.
- Pas vraiment, rétorqua quelqu’un de l’autre côté de la pièce.
- Le chantier sur Astor Deux ? fit-il du tac-au-tac.
- Nell avait gardé son couteau, et ils étaient seulement une douzaine.
- Et les Al’Kesh ?
- Pas besoin de frimer, Othar, on était tous là, on sait ce qui s’est passé…
- J’essaie d’rassurer l’petit ! Fais pas chier !
- Faut être honnête, on est dans une foutue merde !
- J’te dis qu’on a eu pire !
- Quoi alors ?
- Les sorties de la patronne.
- …

Quelques secondes de silence plus tard, l’autre mercenaire s’avoua partiellement vaincu :
- Ouais, mais y’avait la patronne pour aider. Pas là.
- On f’ra sans.
- T’as un plan ?
- Pas encore, j’t’ai dit. Ca viendra…

Van’Tet prit brusquement la parole :
- Les gardes sont relevés avant la tombée de la nuit. On ne remplace pas tout le monde au même moment, alors il y a moins de patrouilles pendant le changement.
- … Continue, fit Othar.
- J’ai été dans ce genre de poste, sur une base très sécurisée. Mais il y a toujours des problèmes avec ceux qui sont les plus loin du poste principal : on ne pouvait pas savoir exactement quand il fallait rentrer.
- Pourquoi ? demanda un autre.
- Normalement, on termine au début du crépuscule…
- Mais y’a pas de fenêtre, comprit le chef des mercenaires. Donc c’t’impossible de savoir.
- Comment ça nous aide ? demanda l’autre.
- C’est souvent confus à ce moment-là, expliqua le jaffa. La garnison change de temps en temps, des nouveaux arrivent, des anciens partent, les patrouilles sont faites dans la foulée par les officiers, et je n’étais pas souvent avec les mêmes pendant mes tours de gardes. Et alors pour ceux des autres groupes, pendant les autres quarts, je n’en connaissais presqu’aucun.
- Bonne nouvelle, cracha Othar. Maint’nant, on a un début d’plan. Continue, Van’Tet. T’as d’bonnes idées.
- Si on peut neutraliser une patrouille, réfléchit-il à voix haute, on pourrait prendre des armures et se faire passer pour des gardes qui n’ont pas reçu le message et qui doivent revenir au poste. Et… ils pourraient escorter le reste des prisonniers.
- D’accord, dit une voix depuis le fond de la cellule. Mais après, faut se barrer de là, et ils vont se rendre compte de l’arnaque.
- On… on ne pourra pas s’enfuir discrètement, admit-il.
- Donc on trouve des armes, fit Othar. Plein d’armes… Mais faudra faire vite, j’ai pas envie d’avoir plein d’planeurs au derrière.
- Il faut savoir où nous sommes sur Dakara, confirma le jaffa.
- Il a raison, confirma Othar. Si on est en ville, on pourra s’mettre à l’abri dans la foulée et s’cacher le temps d’contacter la patronne.
- Comment on va trouver ça ? demanda l’un des mercenaires.
- Je n’en sais rien, admit Van’Tet. Il faudrait peut-être réussir à trouver quelqu’un qui a pu sortir.
- Vais pas demander ça aux gardes, se vit-il répondre.
- Pas aux gardes. Il n’y a pas que des jaffas dans cette… commença-t-il avant de s’interrompre.
- Quoi ? se vit-il demander. Qu’est-ce qu’il y a ?
- Est-ce qu’il n’y a que des Jaffas ? fit-il, le regard vif.
- On est dans une prison jaffa, gamin, lui dit Othar. Bien sûr qu’y a qu’des jaffas.
- Non, justement pas. Le travail commun est donné aux humains quand c’est possible. Les jaffas, surtout ceux de la faction à Gerak, ne jugent respectables que les tâches guerrières.
- La faction à Gerak ? demanda l’un de ses voisins.
- On verra ça après, l’interrompit Othar. Continue, gamin. J’crois voir où tu veux en v’nir, mais explique.
- S’il y a des humains pour nettoyer, cuisiner… ils habiteront sûrement à côté.
- Et donc on pourra s’planquer, confirma leur chef. Bien pensé. Tu crois qu’on peut s’faire passer pour eux et sortir en douce ?
- Non, quand même pas…
- A la dure, donc, conclut l’un des prisonniers. On en revient aux armes. Est-ce qu’on peut trouver l’armurerie si on sort de la cellule ?
- Je ne sais pas. Toutes les bases ne sont pas organisées de la même façon. On devra sûrement voir ça à ce moment-là. Et il faut déjà sortir d’ici.
- Faisable, dit Othar. On n’a pas le matos, mais y’en a pas besoin.
- Quoi ? s’étonna le jaffa. Mais… comment…
- Tu verras, l’interrompit-il. On s’occupe de ça. Toi, tu vas nous couvrir. Si on t’récupère une armure, tu pourras encore la porter ? J’veux dire, avec ton ‘blème de trétonine.
- Ca ira, ça ira. Enfin, si on fait vite.
- Fantas’, j’avais pas envie d’rester longtemps dans c’trou à rats.

Van’Tet allait répondre lorsque la porte s’ouvrit, le faisant instinctivement se tourner vers le nouvel arrivant. Le jaffa qui venait d’entrer eut une grimace et un mouvement de recul face à l’odeur qui commençait à emplir l’intérieur de la cellule. L’instant de faiblesse s’estompa presqu’aussitôt, et il avança d’un pas décidé avant de s’arrêter devant l’espion pour lui faire signe de se lever. Celui-ci n’hésita pas une seconde, obéissant plutôt que de subir les inévitables coups qui accompagnaient l’insoumission. Avant de quitter la cellule, il croisa le regard du chef temporaire des mercenaires et soutint celui-ci pendant quelques instants avant de se faire pousser par son geôlier.

Moins vif qu’auparavant, le jaffa faillit tomber et ne se rattrapa que de justesse avant de se mettre au milieu de la patrouille qui était venue le chercher. Au bout de quelques secondes, pourtant, celle-ci n’avait pas commencé à avancer, et il se retourna vers le reste de ses compagnons d’infortune, pour en voir une demi-douzaine être amenés à leur tour vers la sortie. Van’Tet remarqua alors que la patrouille de garde était beaucoup plus espacée que celles qu’il avait croisé auparavant, laissant un large espace pour le groupe de prisonniers. L’un des jaffas lança alors à ses pieds le bout d’une chaine parsemée de liens épais. L’autre extrémité de la chaîne était dans sa main, avec trop de mou pour qu’un geste brusque puisse le déstabiliser, et l’espion abandonna cette idée aussitôt. Lentement, il accrocha le premier lien de la chaîne à l’une de ses chevilles alors que d’autres mercenaires, parmi lesquels Othar, arrivaient à leur tour.

L’un après l’autre, ils obtempérèrent et se lièrent ensemble sous le regard attentif des jaffas aux armes prêtes à tirer. Lorsque le groupe fut prêt, l’un des gardes donna son arme à son voisin avant de vérifier individuellement les liens des prisonniers, puis, la tâche effectuée, reprit son arme et son poste. Sans perdre un instant, les jaffas firent avancer le groupe aussi vite que les entraves le leur permettaient. A un moment, quelqu’un derrière Van’Tet tenta de murmurer quelque chose, pour se voir répondre par un coup violent sur le côté par l’un des gardes. La leçon comprise, le déplacement resta par la suite entièrement silencieux, et Van’Tet observa son environnement, cherchant un quelconque élément ou indice pouvant les aider dans l’embryon de projet d’évasion.

Les couloirs avaient la même structure que ceux de l’ensemble des bases où il avait été stationné, à l’éclairage vacillant et imparfait, donnant un sentiment de malaise pour qui n’en connaissait pas chaque recoin ou s’y savait en territoire ami. A deux reprises, ils croisèrent d’autres patrouilles, sans qu’un mot ne soit seulement échangé, puis arrivèrent dans ce que l’espion reconnut aussitôt comme un poste de sécurité. L’étonnement du jaffa ne vint pas de l’existence de cette pièce, mais davantage du sens dans lequel lui et son groupe le traversaient. En effet, les marquages muraux comme les procédures auxquelles ils furent soumis lui donnèrent l’impression que leur déplacement les faisait rentrer dans une zone de haute sécurité davantage que le contraire. Il garda l’information en mémoire et se mit, plus encore qu’avant, à l’affut de ce qui pourrait expliquer cette anomalie.

Les couloirs dans lesquels ils entrèrent lui donnèrent une impression de vide, comme s’il parcourait avec ses geôliers un réseau de ruines souterraines abandonnées depuis des temps immémoriaux. Van’Tet ne sut pas s’expliquer cette impression, ne pouvant isoler précisément le ou les détails qui la lui donnaient et continuant d’observer.

Finalement, ils entrèrent dans une nouvelle cellule, où l’un des jaffas prit quelques instants pour attacher leur chaîne à des anneaux encastrés dans les murs. Une fois la tâche achevée, les gardes partirent sans un mot, refermant la porte derrière eux.

- A votre avis, qu’est-ce qui se passe ? demanda l’un des mercenaires.
- Aucune idée, ‘vont peut-être nous exécuter, là ?
- Non, répondit Van’Tet avec conviction.
- Il a raison, fit Othar d’un ton approbateur. Y font ça dehors, c’est trop chiant d’sortir une douzaine d’cadavres dans tous ces couloirs.
- … J’allais dire qu’ils ne nous auraient pas laissés seuls ici si c’était pour revenir nous tuer.
- Aussi, oui, concéda le mercenaire.
- Qu’est-ce qu’on fait ? demanda un autre.
- Faudrait réussir à leur piquer une arme, mais y sont prudents, répondit Othar.

La porte s’ouvrit à cet instant précis, laissant rentrer une jaffa sans armure :
- Ah, nos mercenaires… commenta Ca’Teya.

Elle les dévisagea pendant plusieurs secondes, tel un éleveur regardant son bétail, avant de venir se placer face à eux, hors de leur portée.

- Désolée de ne pas être venue plus tôt, j’étais… occupée. Enfin, qu’est-ce que j’ai devant moi ? Les troupes de la redoutable Vala Mal’Doran… A première vue, je dirais "décevant" : une des mercenaires les plus réputées de la galaxie, qui recrute quoi ? Un jaffa qui s'est enfui à sa première bataille et des chiens de guerre qui n'arrivent même pas à préparer leur retraite… Incompétence. Incompétence… ou piège ?

Elle venait d'attirer leur attention et le savait, continuant sur sa lancée.

- Mal'Doran ne recrute pas des incompétents, des lâches et des traitres. Enfin, peut-être, fit-elle en posant son regard sur Van'Tet. Mais c'est l'exception. Vous le savez –parce que je l'ai voulu, comprenez-le bien– que Bra'tac a été enlevé pendant votre opération. Une diversion, voilà ce que vous étiez. Mais je suis certaine que vous le saviez aussi. Et est-ce que vous saviez qui vous avez couvert pendant qu'ils enlevaient l'un de nos plus grands héros ?

Devant l'absence de réponse, elle eut un sourire :

- Les Tau'ri, tout simplement, fit elle en savourant les regards de surprise de son auditoire.
- Qu'est-ce que c'est qu'ces conneries ? cracha Othar. Y sont potes avec Bra'tac.
- Leurs espions sont partout, fit-elle en jetant à nouveau un regard perçant à Van'Tet. Partout. Nos "alliés" sont sur le pied de guerre, ils sont agressifs, se préparent à nous attaquer, et l'enlèvement n'était que la dernière de leurs actions.
- Pourquoi nous dire ça ? demanda-t-il.
- Pour que vous sachiez à cause de qui vous serez exécutés. Je ne suis pas sans honneur, vous savez… répondit-elle avec un sourire faussement amical.
- On pourrait pas plutôt vivre sans savoir pourquoi ? proposa Othar.
- Hmm… Bonne proposition. Mais… non. Encore que, si… vous avez peut-être une chance de vous en sortir. J'ai quelqu'un à vous présenter. Elle n'a pas vraiment compris où est son intérêt malgré toute l'attention que je lui porte. Si vous m'aidez à la convaincre, je verrai ce que je peux faire.

Elle prit son temps, leur expliquant ce qu'elle attendait de leur groupe, chacune de ses paroles donnant un frisson supplémentaire à Van'Tet alors qu'il se rendait compte que sa situation venait à la fois de s'arranger et d'empirer. Il ne put qu'acquiescer, à l'instar de ses voisins, jusqu'à la conclusion de son petit exposé :
- Oh, et si vous faites tout correctement, vous aurez le droit à un bonus : le nom de celui qui vous a trahi hier.

J'ai perdu, comprit finalement l'espion. Quoi que je fasse, où que j'aille, je suis fini.

La porte s'ouvrit sur ses paroles, dévoilant une jeune femme portée par ses épaules entre deux gardes au visage impassible. Ceux-ci la laissèrent s'effondrer sur le sol avant de se retirer, et, pendant quelques secondes, la pièce resta sous l'emprise d'un silence uniquement brisé par les gémissements assourdis de la nouvelle venue.

- Bienvenue, Erina, fit Ca'Teya sans la regarder.

Ce message a été modifié par Rufus Shinra le Mercredi 14 Décembre 2011 18h18



Effet Papillon :
Un avenir possible, moins sûr et plus complexe pour des galaxies porteuses d'un mélange explosif : vide de pouvoir, héritages vivants et ambitions multiples.
Tomes I et II terminés, Tome III en cours

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post Mercredi 14 Décembre 2011 18h18
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Note : comme pour le chapitre 02, celui-ci est divisé en deux posts, et vous êtes au second.

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L’I.A. demeurait silencieuse, et, pour la première fois depuis des jours, Anna retrouva un semblant d’isolement. Au moment précis où elle avait besoin d’un contact. Répétitivement, elle prononça à voix basse le nom de l’Entité, tel un mantra qui pourrait l’aider. Mais personne ne lui répondait, alors que, du coin de l’œil, elle remarquait –sans y faire attention– l’activité frénétique qui occupait les deux personnes dans le cockpit.

Son esprit, loin de s’attarder sur ces considérations immédiates, revoyait en boucle la même scène que ponctuaient les déflagrations assourdissantes de l’arme. Le pistolet qui lui avait servi à tuer deux personnes, au moment où ses réflexes lui avaient fait presser pour la première fois la queue de détente. Les visages lui apparaissaient à chaque fois plus clairs, mieux détaillés, venant se mêler aux autres sensations de ces instants.

Ses mains remontant brutalement après chaque coup, l’odeur aigre venant piquer ses narines, les sons étouffés émis par ses deux victimes. Deux hommes dont elle n’arrivait pas à s’ôter le visage de l’esprit. Plus jeunes qu’elle, semblables en tous points à ceux des militaires qu’elle avait croisé ces dernières années tant sur Terre que sur la Cité. Ses tremblements revenaient par à-coups, légers chocs sur le rebord du siège où elle était assise. Devant elle, les deux silhouettes de l’archéologue et de l’Ascendante discutaient activement, et elle ne revint à nouveau à la réalité que lorsque la voix de Jackson devint plus insistante :
- … Anna !
- Hein ? dit-elle en secouant brièvement la tête. Désolée, je… j’étais…
- Je sais. On en discutera après, ne vous inquiétez pas. Mais là, on a des problèmes urgents.
- Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Ceux qui nous ont descendus ne veulent vraiment pas que je contacte le SGC. Je ne sais pas sur quoi on est tombés en arrivant ici, mais je crois qu’on a secoué un sacré nid de guêpes vu les moyens qu’ils mettent.
- Comment ça ? Quels moyens ?
- Venez… dit-il en revenant vers le cockpit.

Elle s’approcha à son tour, jetant un regard détaché vers Urth, qui donnait l’impression d’avoir du mal à piloter l’engin, et regarda autour au travers de la vitre.
- Et ? demanda-t-elle, ne voyant pas ce que Jackson voulait lui indiquer.

Il ne prononça pas un mot, se contentant de pointer vers le haut. Suivant l’indication, elle se pencha et tourna la tête, avant d’inspirer brutalement, prise de surprise.

- Qu’est-ce que c’est ? l’interrogea-t-elle en fixant l’immense nuage brillant qui s’étendait lentement dans le ciel, éclairant légèrement celui-ci d’une lueur jaune-orangée.
- Une tête nucléaire à haute altitude. Très grosse, croyez-moi.
- Une bombe… une EMP !
- Voilà. Ils ont grillé tous nos systèmes de communication individuels, et, vu l’état des bâtiments autour, une bonne partie des structures civiles. On va se poser rapidement, parce que, maintenant, toutes les défenses planétaires doivent être en alerte et se préparer à n’importe quoi. Si on continue à voler, on risque juste de se faire attaquer.
- Oh… d’accord.
- Normalement, le reste de l’équipe nous attend à un point de rendez-vous pas trop loin du terminal de la Porte. Si on peut, on les rejoint.

Lui faisant signe de le suivre, Jackson quitta le cockpit et retourna vers la cabine arrière de l’appareil. Anna s’approcha de lui, alors qu’il murmurait dans sa direction :
- Et… notre amie commune ? Est-ce qu’elle a une suggestion ?
- Je… je n’arrive plus à la contacter.
- Quoi ! s’exclama bruyamment l’archéologue, qui, l’instant d’après, se tourna vers l’avant de l’appareil et vérifia que la femme aux commandes ne s’était pas tournée vers lui avant de reprendre, à voix basse. Comment ça ?
- Je n’entends plus sa voix. C’est peut-être…
- L’EMP. Je pensais qu’il en faudrait plus pour couper ses communications… soupira-t-il en faisant une petite grimace. On aurait dû lui demander de transmettre un message au SGC. Bon, l’important, maintenant, c’est d’informer Sam et Jack de tout ça.
- Et la suite de la mission ? Le site à…
- Je n'en sais rien, Anna, dit-il avant de soupirer. Là, on a quelqu’un qui veut probablement tuer beaucoup de monde chez nous, qui a réussi à infiltrer l’une des plus grosses corporations hébridanes et probablement aussi le SGC. S’ils préparent vraiment quelque chose, il faut qu’on prévienne les autres.
- Les prévenir de quoi ? On ne sait pas du tout ce qui se prépare, qui, quand…
- Oui, et c'est le problème, admit-il. Si elle nous a envoyés ici, il y avait forcément une raison. Elle savait qu'on devrait passer par Hébrida pour aller sur le site des ruines, c'est forcé.
- Donc elle s'attendait au piège.
- … Probablement. Mais je me demande quelque chose…
- De quoi ?
- Qu'est-ce qu'elle visait ? C'est bien la question qu'elle vous a demandé de me poser… Pourquoi l'attaque ?
- Pour vous tuer juste avant leur offensive, qui qu'ils soient, suggéra Anna.
- Bien sûr, mais pourquoi nous envoyer exactement là, maintenant ? Elle savait pour cette offensive, j'en suis sûr. Et elle voulait que je sois au courant. C'est de ça dont elle parlait pour en apprendre plus sur ce qui se passe dans la Voie Lactée.
La scientifique acquiesça, sans voir où il voulait en venir, avant de brusquement réaliser :
- Est-ce que les ruines servent vraiment à quelque chose…
- Ou est-ce qu'elles ne sont rien de plus qu'un appât pour m'amener ici ? compléta-t-il. Exactement. Là, vous l'avez dit vous-même, je n'ai aucune idée de ce qui se prépare. Juste qu'il y a quelque chose. La piste est trop courte, et le temps de revenir au SGC, de voir Jack et Sam, de les convaincre de mettre le paquet, ces mercenaires seront déjà loin.
- Qu'est-ce qu'on peut faire, alors ?
- C'est ce que j'essaie de savoir. On va récupérer le reste de l'équipe, et, normalement, on devrait pouvoir accéder à la Porte assez rapidement. Mais pour aller où ? Si on va vers les coordonnées qu'elle nous a fournies, est-ce qu'on se dirige vers un autre piège ?
- Une autre piste ? proposa-t-elle.
- Peut-être…

Anna acquiesça, et Jackson se tourna vers le cockpit :
- Lieutenant Ravenwing, on peut se poser.
- Entendu, docteur Jackson.

Il se retourna vers la scientifique :
- Quoi qu’il arrive, je suis désolé que vous ayez dû…
- Je… je n’avais pas le choix, répondit-elle sans croiser son regard, le souvenir de la brève fusillade lui étant brusquement rappelé.
- Non, vous ne l’aviez pas. Mais ça ne change rien… Enfin, on verra ça au débriefing ou dès qu’on aura un moment de calme, selon, dit-il avant de lui tendre un pistolet. Prenez ça.

Elle fixa quelques secondes durant l’arme à énergie, et il continua :
- Je sais ce que vous pensez, mais vous pourrez en avoir besoin.
Elle la prit finalement, avec une réticence visible :
- … D’accord.
- On se pose ! fit la voix de l’Ascendante depuis le cockpit.
- Compris, répondit Jackson en vérifiant d’un regard sa propre arme avant de la cacher sous sa veste. Anna, restez derrière moi, lieutenant, passez en tête.

La porte du véhicule s’ouvrit devant eux, et la scientifique regarda les deux autres passagers sortir. Elle ne voyait depuis sa position que la chaussée, dont la teinte claire détonait avec le béton et le goudron qui peuplaient ses souvenirs de la Terre. Imitant l’archéologue, Anna rangea maladroitement la petite arme dans sa veste et sauta dehors, rattrapant sans mal le reste de son groupe. Autour d’eux s’étendait un parc de petite taille, encerclé par la jungle urbaine, et la première impression de la civile fut celle d’une peur renouvelée, ayant l’impression d’être perdue sans espoir de retour dans cet environnement labyrinthique.

- C’est par là, entendit-elle dire l’Ascendante avec une voix décontractée.
- On vous suit, lieutenant, répondit Jackson.

Anna haussa un instant ses sourcils, étonnée de l’air détaché qu’avait pris celui-ci. Elle remarqua la seconde suivante que l’archéologue gardait ses mains dans une position inhabituelle et probablement gênante pour les bras. Une position qui lui offrait une prise en main immédiate de l’arme qu’il gardait partiellement cachée.


Comment est-ce qu’il peut rester aussi tranquille avec ce qui se passe ? C’est en train de tourner au cauchemar… et Atlantis injoignable. C’est de la faute à Urth, tout ça, c’est forcé. Mais qu’est-ce qu’elle veut ? Elle s’attend sûrement à ce que je fasse quelque chose, mais quoi ? On est poursuivis de tous les côtés, la mission est à la poubelle et le docteur Jackson est sur le point de comprendre pour elle. Je ne peux plus rien faire sans Atlantis…

Elle écarquilla un instant les yeux.

Sans Atlantis ! C’est pour ça ! C’était pour m’isoler d’elle ! On est complètement seuls ! Pas d’Atlantis, pas non plus de SGC ! Sauf si on rentre, bien sûr. Elle m’a dit qu’elle allait me donner la possibilité d’agir. Si on rentre, je ne sers plus à rien, sans Atlantis derrière moi, mais là, je suis avec le docteur Jackson et juste une équipe SG. Et en plus on ne peut pas contacter le SGC pour l’instant… Si on reste sur Hébrida, il y a l’ambassade, et les corporations vont sûrement l’aider à rentrer. Sans parler de ceux qui veulent nous tuer. Si on reste, je redeviens un simple pion. Si on rentre, c’est pareil… Non ! Si on rentre… sur Terre ! Il faut que je trouve un moyen de le convaincre. De le convaincre d’aller à l'adresse qu'a donné Atlantis, quand on sera près de la Porte. Mais comment ? Comment…


Rapidement, le groupe parvint à se mettre à l’abri sous les arcades bordant un immeuble titanesque, et Anna prit un instant pour constater que si la lumière naturelle perçait partiellement sur le parc, le reste des rues était, à perte de vue, privé de ce modeste luxe. Cependant, un éclairage légèrement bleuté empêchait la moindre zone d’ombre de se former sans pour autant révéler quoi que ce fut sur les sources de lumière. Devant elle, l’Ascendante ouvrait le chemin rapidement et sans un mot, ignorant les passants. Ceux-ci, aussi bien humains que serrakins, ne semblaient pas se préoccuper du groupe disparate qui avançait d’un pas rapide dans les rues de la métropole, tous en proie à l’agitation.

Anna ne put s’empêcher de regarder autour d’elle la ville qui, à l’exception du léger éclairage, avait perdu sa force vitale, les écrans omniprésents s’étant éteints en même temps que le reste des systèmes sensibles à l’impulsion électromagnétique. Réalisant soudainement un fait qui lui avait jusqu’alors échappé, la scientifique leva instantanément la tête vers le ciel, s’attendant à voir une pluie de véhicules aussi incapable de voler que celui resté dans le hangar. Ce ne fut qu’alors qu’elle comprit l’origine de la lumière bleuâtre qui teintait tout l’environnement.

Au-dessus d’elle, à plusieurs centaines de mètres, ce qu’elle devina être un champ de force était parsemé de points de différentes tailles, véhicules personnels et utilitaires à la chute interrompue prématurément. Anna pressa le pas et rattrapa Jackson :
- Docteur, lui demanda-t-elle. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ils ont des systèmes qui ont résisté à…
- Oui, l’interrompit-il. Il y en a beaucoup, si on met assez de moyens. Ce ne sera pas vraiment un souci pour les autorités, à part le chaos.
- Mais alors, on ne peut pas envoyer directement un message sur Terre ?
- Non. Les antennes subspat… commença-t-il avant de hausser les épaules, sans s’arrêter. Vous demanderez ça au service recherche en rentrant, mais les EMP leur font beaucoup de dégâts, je ne sais plus pourquoi. En plus, toute la planète doit être en alerte, et ça m’étonnerait qu’on puisse envoyer un message, même avec un émetteur intact.

Il vit du coin de l’œil l’Ascendante tourner pour entrer dans une ruelle et fit signe à Anna de lui emboiter le pas.
- Où allons-nous ? demanda-t-elle en avançant dans l’allée plus obscure.
- Au point de rendez-vous prévu, je vous l’ai dit.
- Mais… attendez une seconde… on n’avait pas parlé de ça, au briefing !
- Non, c’est la procédure normale. Toutes les équipes SG ont des mesures d’urgence, j’ai juste vérifié les détails de celle de SG-17 avant de partir.
- D’accord… mais…
- Oui, continua-t-il à voix basse. Je veux aussi vérifier que notre bon lieutenant sait où aller. Je n’ai pas encore pu lui poser toutes les questions qui me plairaient.
- Oui, répondit-elle en murmurant aussi. Elle était restée dans la navette…
- Et, croyez-moi, je n’ai vu personne en sortir avant qu’ils ne la fassent sauter. Dès qu’on sera rentrés, j’espère qu’elle aura une explication très logique, parce que ça me plait de moins en moins…
- Mais… mais… si elle n’est pas qui elle prétend être, est-ce qu’il faut la ramener au SGC ? Ca ne pourrait pas être ce qu’ils veulent ?
- Je me pose la question, Anna. En attendant, il faut récupérer les autres et revenir à la Porte, c’est la priorité.
- D’accord…

Finalement, elle vit Urth s’arrêter devant un escalier descendant vers le sous-sol d’un bâtiment et descendre avant de toquer à la porte suivant un rythme apparemment préétabli. Quelques secondes plus tard, l’entrée s’ouvrit devant eux, et Anna observa avec soulagement le major Scott leur faire face, arme en main :
- Ruth ? Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda-t-il. On vous croyait…
- Plus tard, major. Apparemment, tout ce qui s’est passé était pour m’abattre, répondit Jackson. Et ils sont prêts à mettre beaucoup de moyens pour ça. Dites aux autres de venir, on doit quitter la planète rapidement.
- Compris, fit-il avant de se retourner. Ho ! Tout le monde ! On décroche !

Laissant passer les trois autres membres de son équipe, le chef de l’équipe reprit :
- Quel est le plan ?
- On a pu prendre une de leurs navettes, mais toute la planète est en alerte, donc on ne pourra pas s’approcher du terminal de la Porte facilement.
- J’ai vu ça, quelqu'un a balancé une EMP.
- Oui, et c’était de la part de ceux qui nous ont descendus. Juste pour nous retarder.
L’officier laissa s’échapper un sifflement impressionné en montant à son tour le petit escalier :
- D’accord, plus de toute : ils veulent votre peau, docteur.
- Voilà, fit Jackson en reprenant le chemin inverse dans la ruelle. On ne doit surtout pas perdre de temps. L’EMP ne nous retardera pas de plus de quelques heures, et ils le savent…
- Donc ils ont prévu d’agir avant, compléta Scott.
- Exactement, acquiesça l’archéologue. Il faut prévenir le SGC aussi vite que possible.
- Vous l’avez dit, docteur, les autorités sont sur le pied de guerre. On ne va pas nous laisser passer comme ça, passeport diplomatique ou pas.
- … Je sais. Je prends le risque.
- C’est ce que j’espérais vous entendre dire… On passe à l’ambassade récupérer du matériel et des hommes ?
- Non, chemin direct. Chaque seconde compte. On a pris une de leurs navettes, et aucun doute qu'ils vont pouvoir nous pister rapidement.

Anna écoutait la conversation tout en avançant à un pas rapide avec le reste de l’équipe, qui suivait l’Ascendante vers le véhicule.

Elle revint à la réalité lorsqu’autour d’elle, le paysage changea brusquement alors que leur groupe venait de sortir du dédale de ruelles créé par les interstices entre les bâtiments locaux. A quelques pas, des passants s’écartèrent prudemment face au groupe clairement armé et probablement dangereux qui venait de surgir. Anna, observant son environnement, fut prise d’inquiétude face au manque de discrétion dont le groupe du SGC faisait preuve. Prise dans ses pensées, elle ne se rendit compte que bien plus tard qu’elle avait cessé de surveiller l’échange entre l’archéologue et le chef de SG-17. Lorsqu’elle tendit à nouveau l’oreille, ceux-ci avaient fini de parler depuis longtemps et le groupe lui-même arrivait enfin près de la navette laissée à l’abandon.

Le petit vaisseau était devenu le centre d’attention des différents civils passant par le parc, et il ne faisait nul doute pour la scientifique que les autorités étaient au courant de sa présence, mais elle n’aurait su dire s’il s’agissait ou non d’une bonne chose. L’Ascendante fit s’ouvrir d’une pression de bouton la porte latérale de la navette et laissa rentrer le reste du groupe à bord. Une fois tous embarqués, l’attention se reporta sur les chefs civil et militaire de la mission :
- Lieutenant, dit le major Scott en se tournant vers l’Ascendante, on décolle, direction la Porte. D’après le docteur Jackson, vous avez piqué cet engin à une corpo, donc il doit avoir des codes d’accès, un IFF, quelque chose comme ça.
- Oui, je pense, répondit-elle. Enfin, je n’ai pas vérifié précisément.
- Vous auriez dû. Enfin, essayez de voir ça. Si on peut, posez-nous dans un hangar privé près du terminal de la Porte, sinon directement là où on a décollé avant tout ce merdier.
- A vos ordres.
- Oh, Ruth ?
- Oui monsieur ?
- Qu’est-ce qui s’est passé exactement pendant l’attaque ? J’étais certain que vous y étiez passée quand l’épave a sauté. Sans parler de vos jambes…

Anna tourna aussitôt la tête vers le cockpit, d’où allait répondre le faux officier :
- Je... c’est pas clair… je vous ai vus partir, vous, puis les docteurs Jackson et Stern après, quand ça commencé à chauffer, hésita-t-elle, partiellement occupée à préparer le décollage du vaisseau. Juste après, Villnore… Et bien il a commencé à paniquer. Il a sorti un appareil de sa poche. Probablement une télécommande, maintenant que j’y pense.

J’y crois pas ! pensa Anna en écarquillant les yeux alors qu’elle voyait où le récit allait, toute sa volonté concentrée à ne pas laisser d’autres signes de sa surprise transparaitre sur son visage. Elle va s’en sortir comme ça ! C’est pire que rocambolesque ! C’est… c’est… c’est plausible, en plus, vu tout ce qui s’est passé !

- Il s’est approché de moi, continua-t-elle alors que les moteurs s’allumaient, et il nous a tout simplement téléporté.
- Téléporté ? répéta Hansen depuis l’arrière de la cabine. Ruth, ils n’ont pas cette technologie !
- J’ai vu Ba’al s’en servir, commenta brièvement Jackson. On n’a pas le monopole. Mais pourquoi est-ce qu’il a attendu tout ce temps pour s’en servir, lieutenant ?
- Je ne sais pas. Peut-être pour garder le secret, ou bien parce qu’il ne pouvait pas emporter tout le monde.
- Possible… fit Jackson, se parlant à lui-même. Et ensuite, quand vous êtes arrivés ?
- Je ne me souviens plus, j’avais toujours mal aux jambes, et j’ai entendu comme… des éclats de voix, et puis un flash. Après, vous m’avez réveillé et on est partis, docteur.
- …
- Bon, intervint le major Scott. On a assez perdu de temps comme ça. Lieutenant, on y va !
- A vos ordres.

Une fois l'appareil en vol, Jackson fit signe au reste du groupe de se rapprocher :
- Bon, voilà la situation. Ceux qui nous ont attaqués sont plus que probablement liés à la crise avec les Jaffa, d'une façon ou d'une autre. Et d'après ce que je les ai entendu dire, on a environ trois semaines avant que ça n'empire vraiment. Ne me posez pas plus de questions, je ne sais pas ce qui se prépare. Il faut contacter le SGC et les tenir au courant, c'est évident. Mais d'un autre côté, on n'a que… deux pistes : les ruines où on devait aller, et ceux qui ont tenté de nous tuer aujourd'hui. Ils travaillent pour quelqu'un d'autre, et ils ont forcément des réponses, mais il faudrait les retrouver avant qu'ils ne partent d'ici. Et on a moins de quelques heures pour ça.
- Attendez une seconde, c'est nouveau, ça, fit Scott. Vous voulez dire que la mission, depuis le début, avait rapport à la crise ?
- Selon notre informateur, oui, confirma l'archéologue.
- Vous ne pensez pas que c'est un piège de sa part, tout ce qui vient de se passer ?
- Non. Notre contact n'aurait pas eu besoin de se compliquer la vie comme ça. Pas si l'objectif est de me tuer.
- Alors c'est quoi son objectif ? demanda-t-il.
- On n'en sait rien. Strictement rien. Juste que son plan coïncide avec ceux du SGC pour l'instant. Et que les problèmes avec les jaffas sont beaucoup plus urgents. Enfin, toujours est-il qu'on a reçu ces coordonnées de sa part, et ce serait très étonnant s'il n'y avait pas un élément de réponse là-bas.
- Donc, on continue la mission ?
- Plus j'y pense, plus j'ai l'impression qu'ils nous ont attaqués précisément parce qu'on allait se rendre là-bas. Mais… je ne sais pas… quelque chose ne tourne pas rond.

Comme s'il y avait un joueur caché dans l'équation, s'abstint-il de rajouter. Il y en a forcément au moins un, mais qui ? Et avec quel plan ?

- Donc, qu'est-ce qu'on fait ? On va là-bas ou on suit la piste des mercenaires ? demanda Hansen. D'ailleurs, où est-ce qu'ils sont, là ?
- Directement dans les bureaux de Valert. On ne pourra pas arriver en force ou convaincre leur sécurité de nous aider. Pas assez vite.
- Leur extraction ? fit le major.
- Probablement des vaisseaux, vu ce qui se passe maintenant.
- Une idée de leur destination ? reprit Hansen.
- Pas pour le moment. Leur objectif actuel est de m'empêcher de communiquer avec le SGC, à tout prix.
- On pourrait essayer de suivre les deux pistes, fit Scott. Ces ruines et les mercenaires.
- Pour ça, il faudrait qu'on aille là-bas et qu'ils nous suivent. Comment est-ce que vous voulez faire ça ? demanda l'archéologue.
- S'ils veulent vraiment nous empêcher d'y aller, il suffit qu'ils sachent qu'on a pu s'y rendre. Et le faire assez vite pour qu'ils n'aient pas le temps de s'organiser correctement… et qu'on puisse leur tendre un piège une fois sur place.
- Je suis d'accord, mais ça serait difficile à organiser. Surtout aussi vite. Il faudrait qu'ils sachent où l'on est, qu'ils puissent nous atteindre et pouvoir tendre une embuscade.
- En plus, intervint la cadette de l'équipe, ils vont se douter qu'on va contacter une de nos bases et amener des renforts. Ils ne vous pourchasseront pas.
- Elle a raison, acquiesça Scott. Et s'ils veulent vous avoir, docteur, l'ambassade sera forcément surveillée. On peut essayer d'attendre et de faire profil bas, mais ils s'enfuiront sans problème.
- Je sais… répondit-il.
- Je vais sûrement raconter une connerie, fit Anna, mais est-ce que c'est possible de bloquer la Porte sur un vortex sortant ?
- Oui, s'il y a quelque chose qui reste en cours de transfert jusqu'aux trente-huit minutes, répondit Hansen. Pourquoi ?
- Et bien, je me disais que s'ils arrivaient derrière nous et voyaient que la Porte ne s'était pas refermée après notre passage, ils seraient sûrs qu'on n'aurait pas pu prévenir qui que ce soit, avec l'arrivée coincée.
- Et ils pourraient nous poursuivre sans problème, reconnut l'archéologue. Oui, ça pourrait fonctionner. Mais il faut que ça ait l'air d'un accident et qu'ils arrivent dans les trente-huit minutes.
- Sans compter la question des troupes pour leur tendre un piège, rajouta Nasimov.
- On se sépare, proposa Scott. Quelqu'un reste pour aller à l'ambassade dès que ça se sera un peu calmé et les autres filent. Ensuite, si on est suivis, ils vont forcément sécuriser la Porte pour nous coincer. Quand les renforts arriveront, ils prendront ces mercenaires par surprise et on pourra récupérer des prisonniers à cuisiner.
- On a un début de plan, reconnut Jackson. Le genre que Jack aurait adoré…



- Qu'est-ce que c'est que ce merdier ? répéta pour la huitième fois de la journée le serrakin à l'uniforme de chef de la sécurité, alors qu'un huitième sous-fifre venait lui présenter son rapport.
- Nous avons trouvé une anomalie dans les enregistrements de surveillance, lui répondit l'humain.
- Une anomalie ? Y'a la moitié de la planète dans le noir, toute la flotte en alerte, et tu viens me faire chier pour des putains de caméras ! hurla son supérieur en laissant tomber le pad qu'il parcourait avant l'interruption. T'es con ou tu fais exprès ?
- Monsieur… c'est… c'est Jackson. On l'a retrouvé…
- Jackson ! Bordel, il s'est fait démolir, t'es pas au courant que c'est moi le connard qui vient d'expliquer à son ambassade qu'on a foiré sévère, côté sécu ?

L'assistant, tremblant, fit un geste et une image s'afficha sur l'écran principal du bureau, montrant le docteur Daniel Jackson neutraliser en quelques coups un garde avant de poursuivre son chemin dans une zone interdite. Quelques instants de parasites plus tard, le regard ébahi du chef de la sécurité s'écarquilla plus encore en voyant l'archéologue le plus dangereux de la galaxie réserver le même traitement à un cadre de la compagnie.

Au milieu de la salle de télésurveillance centrale de l'étage où il se trouvait. Entouré de gardes inconscients.

Les quelques instants suivants permirent à l'employé voisin de découvrir une gamme d'injures dont la diversité linguistique n'aurait pu qu'attirer un regard approbateur de Daniel Jackson.

- Dégage, soupira le responsable après avoir exprimé son ressenti face à l'évolution de la situation.

Quelques instants plus tard, il pressa une série de boutons sur l'écran de son bureau, laissant s'afficher le visage de son secrétaire :
- Passe-moi le directeur général. Et dis au groupe d'intervention de se préparer pour une sortie d'urgence. Mais quelle journée de merde !


Les sauts hyperspatiaux se succédaient aux sauts hyperspatiaux dans ce que l'ensemble de l'équipage avait compris être un jeu de cache-cache sans queue ni tête. La flotte, partiellement dispersée, arrivait quelque part, déployait ses appareils et ses drones de reconnaissance, cherchait des signes de présence jaffa, échangeait des transmissions puis repartait. De temps en temps, des appareils à longue portée venaient faire escale dans l'un des larges hangars du vaisseau-amiral, la plupart du temps pour un simple ravitaillement ou dépôt.

L'ambiance à bord était passée d'une routine à une appréhension, l'anticipation d'une menace informe et incertaine. Les vaisseaux jaffas n'étaient officiellement pas une menace alors que leur nation était sur le pied de guerre, les appareils inconnus avaient détruit des chasseurs et une corvette sans crier gare pour disparaître à nouveau dans les ténèbres. Et le tout était couronnée par l'absence impossible à manquer du Bellérophon, anéanti dans un premier contact désastreux présents dans toutes les mémoires.

Chacun des vaisseaux de la formation émettait des torrents d'énergie électromagnétique et écoutait l'écume des ondes de gravité, cherchant une menace, attendant les ordres.

- Message FLASH ! annonça un sous-officier devant une console de communication alors que celle-ci émettait un bip audible. Priorité Un, officier de quart !

Le capitaine de frégate en charge de ce quart particulier vit l'annonce se faire sur son propre pupitre et, conformément au protocole, entra son mot de passe pour faire s'afficher le message. Quelques instants plus tard, il commença à lire celui-ci, et coupa brusquement sa respiration en arrivant au second paragraphe.
- C'est pas vrai… mais c'est pas vrai… murmura-t-il tout en tapant les instructions pour envoyer un appel sonore dans la cabine de l'amiral, qui, selon l'horloge interne du vaisseau, devait être en train de dormir.

Réveiller un officier à des années-lumière au-delà de son propre grade ne se faisait jamais sans une excellente raison, et le message entrant entrait parfaitement dans cette catégorie. Non qu'il soit agréable à entendre ou à communiquer.

L'enlèvement du principal allié politique jaffa de la Terre n'était rien de moins qu'une catastrophe pour les relations entre les deux puissances. Surtout quand le gouvernement victime se mettait à accuser des éléments terriens d'être à la fois directement et indirectement en cause. Son regard se posa sur la pièce jointe au message, qui était un fichier de mise à jour des bases de données ami-ennemi pour l'ensemble de la flotte.

Qui que puisse être cette Vala Mal'Doran, elle avait apparemment trempé dans la plus grosse crise diplomatique ayant jamais touché la Terre depuis la bataille de Dakara, et les ordres impliquaient la capture ou la destruction de tout appareil lui étant affilié.


- C'est n'importe quoi, dit posément Mitchell.
- Expliquez-vous, Cameron, demanda l'amiral en prenant une nouvelle gorgée de café.
- Je connais Vala personnellement. C'est une chieuse, une arnaqueuse, une voleuse, oui, mais elle n'aurait jamais fait un coup pareil. Enlever Bra'tac ? N'importe quoi !
- Apparemment, général, les renseignements sont d'accord avec les Jaffa là-dessus. Leurs propres sources indiquent que la numéro deux de Mal'Doran était sur place pendant l'attaque de diversion.
- Les mêmes renseignements qui pensent que Banet est impliqué là-dedans ?
- Selon leur rapport, il n'est pas revenu d'une opération de reco avec le groupe spécial. Quelques jours avant ce foutoir. Et Gerak hurle maintenant à qui veut l'entendre qu'il a capturé un agent à nous en balançant des photos de lui partout. Il ne manque plus qu'une belle vidéo de confession avec tous les détails de ses opérations…
- Ce gamin ? Désolé de dire ça, capitaine, mais c'est encore plus absurde que Vala qui s'en prend à Bra'tac. Il réagit correctement aux coups foireux, mais c'est tout ! Enfin, il a réagi une fois à un coup foireux, et parce qu'un type du groupe spécial est tombé sur son dossier, on me pique l'un de mes pilotes ? Déjà que ça ne m'a pas plu de participer à cette farce, maintenant vous me demandez de croire que c'était une super-taupe qui travaille pour qui ? L'Alliance Luxienne ? Ba'âl ?
- Je n'ai pas eu plus d'informations que vous, général Mitchell, fit l'officier chinois. Mais s'il était vraiment une taupe, vous imaginez ce que ça veut dire ? Il a pu participer à assez d'opérations ces dernières semaines pour connaître nos stratégies d'urgence en cas de guerre.
- Peut-être, mais je n'y crois toujours pas. Pour être honnête, je n'ai toujours pas compris pourquoi est-ce qu'ils l'ont voulu avec eux.
- Là n'est pas la question, général, fit le commandant de la flotte. Nous avons reçu nos ordres, si Mal'Doran entre en contact avec nous, les croiseurs ou l'escadre embarquée devront la pourchasser et la neutraliser.
- Oui, j'avais compris.
- Très bien. Puisque nous sommes là, où en est-on pour l'Ajax ?
- Les résultats de ses derniers exercices de mise en situation de combat ont progressé de deux pourcents, indiqua le chef d'état-major. Le capitaine Anderson semble prendre correctement en main son nouveau rôle à bord.
- La seule bonne nouvelle de la journée, grommela l'amiral. Quand, le prochain exercice combiné pour la flotte ?
- Dans six jours, monsieur. Scénario Hôtel-Quatre.
- D'accord.


Alors que la poignée de membres de la réunion improvisée se dispersait, Mitchell s'approcha de son supérieur :
- Amiral, puis-je vous parler un instant ?
- Bien sûr, Cameron. Toujours votre Vala ?
- Oui. Quelque chose ne tourne vraiment pas rond, si je peux me permettre. Je la connais depuis beaucoup trop longtemps, et elle a trop de liens avec la Terre pour faire ce genre de coup. J'ai bossé avec elle… On a tous les deux bossé avec elle.
- Je sais. Mes les ordres sont les ordres, vous le savez comme moi.
- Bien sûr. Mais laissez-lui une chance de s'expliquer si elle tombe sur nous.
- Je ne vais pas lui tirer dessus à vue, Cameron. Pas si elle évite de me forcer la main.
- Merci. Je n'aimerais vraiment pas annoncer à Daniel qu'on a dû la ventiler parce qu'un crétin des renseignements a cru les bobards de Gerak.



Le canal de communication s'ouvrit à l'instant précis, sans délai ni obstruction, et elle adressa un infime hochement de tête en direction de l'appareil.
- Où en sont-ils ? demanda-t-elle.
- Sur le point d'arriver, mais je ne pourrai pas continuer longtemps à leur cacher ce qui est prévu. Pas si l'on veut leur coopération, répondit la voix impersonnelle au travers du dispositif.
- Je crois qu'il y a eu un malentendu… J'ai observé ce que vous m'avez envoyé, et je n'ai rien trouvé chez elle qui donne la moindre importance à son opinion. Elle fera ce que je lui dirai de faire, en tout cas pour le moment. Et quant à l'autre… Il ne devrait même pas être là.
- Vous savez très bien pourquoi il l'accompagne.
- Oui. Encore un autre plan qui s'empile sur tous les autres. Je me fiche de ce que vous prétendez être ou savoir faire : quand on essaie de gagner sur tous les tableaux, on finit toujours par perdre. Toujours.
- Sauf si l'on gagne assez vite, répondit la voix.
- Oui, admit-elle. Mais pour ça, vous avez besoin de moi, Atlantis. Et de tous les autres que vous avez essayé d'intégrer dans vos petites combinaisons.
- Tout le monde y gagnera. Sauf les Ori, bien entendu.
- Bien entendu. Et sauf Hagalaz.
- Cela va sans dire.
- … Il l'accompagnera, mais seulement parce que je le tolère, dit-elle après quelques instants de silence. S'il gène ce que je veux faire d'elle, je m'en débarrasserai, quelque soient vos plans pour lui. Et avant de dire quelque chose que vous regretterez, une petite chose : je suis à l'abri des représailles, ici. Pas vous. J'ai encore l'oreille de Hagalaz, et tout ce qu'il me suffit de faire, c'est de l'envoyer dans votre direction.
- Vous savez très bien qu'elle ferait autant de dégâts que les Ori.
- Peut-être, mais les choses ne sont pas mauvaises ici. Je pourrais vouloir tenter ma chance avec elle, surtout si votre candidate n'est pas satisfaisante.
- Elle le sera, si vous lui donnez la chance de se prouver.
- Je l'espère, Atlantis. Mais ça ne change rien à ce que je dis : vous avez beaucoup trop de plans et pas assez de bases solides. Ca va vous sauter à la figure.
- Peut-être. Mais je n'ai plus beaucoup de temps. Plus assez pour préparer une transition dans les règles de l'art.


---------------------------
Voilà, voilà, je vais essayer de revenir à un rythme un peu plus décent pour ces chapitres. Et n'oubliez pas, les comm' sont toujours les bienvenus ! Ne serait-ce que pour voir qui lit encore EP (nan, en plus, c'est vrai, je n'en ai pas idée).

Ce message a été modifié par Rufus Shinra le Mercredi 14 Décembre 2011 21h22



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QUOTE (Blackeagle @ Mercredi 14 Décembre 2011 22h16)
Rassures-toi, tes fidèles sont toujours là. wink.gif

+1


(Oui, ce n'est pas très constructif comme commentaire, mais, baste, commenter, pour dire quoi ? Que, comme d'habitude tout le monde est dans une merdre totale et que les plans auto-imbriqués à 72 étages commencent à envahir le quotidien des pécores ? Et qu'on attend la suite avec grande impatience ?)



« Je voyais ça moins… rouge.
— Proxima Centauri est une naine rouge. Vous vous attendiez à quoi ? Un énorme cube vert ? »

Rufus : En même temps, c'est un rite de passage pour toute organisation qui se respecte : tuer au moins une fois Jackson. Tout le monde l'a déjà fait...
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post Dimanche 01 Janvier 2012 23h50
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Chapitre 04 : Hiérarchies

Avec lenteur, la jeune femme releva la tête pour faire face à celle qui l'avait torturée et interrogée sans succès :
- Erina, je vous présente vos autres complices : les mercenaires de Vala Mal Doran, que la galaxie connait aussi sous le nom de Qetesh. L'un des faux dieux les plus violents et barbares qui soient. Pendant que vous aidiez votre ami Tau'ri, ils ont attaqué un chantier de construction et ont tué des dizaines de jaffas et de travailleurs innocents.
La prisonnière les regarda sans dire mot, les fixant les uns après les autres, son regard vide laissant petit à petit filtrer un mélange d'incompréhension et de colère dirigé vers le groupe en face d'elle. Quelques instants plus tard, elle se laissa retomber, ses muscles se relâchant brusquement.

- Je vous présente Erina, reprit-elle en se tournant vers les mercenaires. La complice de ceux qui vous ont engagés et trahis. Nous l'avons capturée avec le responsable de l'enlèvement de Bra'tac. Elle refuse de nous dire ce qu'allait faire son contact Tau'ri après, et est vraiment persistante dans son attitude.
- Vous… vous aviez dit que j'étais… innocente.

Sans un mot, Ca'Teya frappa la prisonnière qui s'effondra au sol :
- Tu parleras quand je te de le demanderai, et pour dire ce que je veux entendre, fit-elle avant de se retourner vers le groupe d'Othar. Une des traditions que j'apprécie chez les Tau'ri est ce qu'ils appellent la "dernière volonté". Lorsqu'ils vont exécuter un de leurs prisonniers, ils leur accordent un dernier luxe.
Elle désigna Erina d'un geste de la main :
- Votre petit luxe. Je vous la laisse. Oh, et rappelez-vous, si elle parle avant le jour de votre exécution, je saurai m'en souvenir.

Quelques instants plus tard, les gardes ouvrirent à nouveau la porte de la salle et l'interrogatrice se tourna vers eux :
- Ramenez tous ces prisonniers dans la grande cellule, et qu'on les laisse tranquille.

Van'Tet se mordit la langue pendant tout le trajet du retour, les mains crispées et se retenant difficilement d'attaquer physiquement ses geôliers alors que la jeune femme devant eux, comprenant apparemment avec un temps de retard ce qui lui arrivait, s'était mise à gémir doucement. Il se laissa emporter pendant quelques instants dans son imagination, où il pouvait laver dans le sang l'insulte qu'il venait de subir avant de revenir à la réalité tandis qu'on le poussait à avancer dans les couloirs.

Il remarqua rapidement que le chemin pris était différent de celui par lequel ils étaient venus, puis, en observant ses alentours, que Ca'Teya était toujours avec leur groupe. Au bout de quelques minutes, ils entrèrent dans un couloir entouré par des cellules aux champs de force luisants. Celles-ci étaient presque toutes vides, une seule d'entre elles étant occupée par un humain qui se leva en les voyant dépasser sa propre geôle :
- Hé, où est-ce que vous l'emmenez ?
- Elle refuse de répondre, commenta Ca'Teya avant de faire un geste en direction d'Othar et des autres. Et ces prisonniers vont bientôt être exécutés. Alors je vais… comment est-ce que vous dites… ah, oui, "faire d'une pierre deux coups". Je leur accorde une dernière faveur, et je trouve une nouvelle… motivation pour notre amie commune.
- …
- Allez-y, reprit-elle.
- Salope, fit Carl d'une voix où ne transparaissait plus aucune émotion.
- Pardon ? dit-elle en s'arrêtant et se tournant vers lui.
- Vous n'êtes qu'une sombre salope, et je vous tuerai. Personnellement, avec ces deux mains, dit-il en les crispant, tremblant de rage.
- Beaucoup ont dit ça avant vous… et vous n'êtes vraiment pas le premier que je croirai, Carl. Vous êtes meilleur pour l'enlèvement que pour l'assassinat. Après tout, je sais me défendre, contrairement à celle que vous avez tuée. Bonne journée…

Van'Tet croisa le regard de Carl et y lut une haine absolue envers l'ensemble des prisonniers qui accompagnaient la jeune femme. Le jaffa maintint le contact quelques secondes durant avant d'être poussé en-dehors du couloir par les gardes.

- C'est lui l'agent Tauri, affirma Othar une fois éloignés.
Un garde s'apprêta à frapper le mercenaire pour ramener le silence, mais fut arrêté par un ordre de Ca'Teya :
- Stop, fit-elle avant de se rapprocher de son prisonnier. Oui, c'est lui. L'homme qui a fait enlever Bra'tac et que je ferai parler. Pourquoi ? Vous voulez m'aider avec lui… de la même manière ?
- Non.
- Dommage, je pourrais être encore plus indulgente avec vos crimes si vous le faisiez parler.
- …

Sans échanger d'autres paroles, ils retournèrent à leur cellule collective, où Ca'Teya les fit libérer, un à un, avant de les renvoyer à l'intérieur sous la surveillance attentive des gardes. Lorsque chacun des mercenaires fut à l'intérieur, elle défit elle-même les liens de la jeune femme avant de la pousser délicatement dans la salle mal éclairée :
- Je vous laisse, fit-elle en s'inclinant dans une parodie de salut gracieux.

Aussitôt la porte fermée, Erina courut vers l'un des murs, se mettant dos à celui-ci et fixant avec terreur ses codétenus :
- S'il vous plait, s'il vous plait, ne me faites… ne me…
- Ho ! tenta d'intervenir Othar, sans parvenir à la faire cesser de parler.
- Je n'ai rien fait… s'il vous plait…, continuait-elle, les larmes coulant sur son visage.
- Mais t'es conne ou quoi ? dit l'un des mercenaires qui avait accompagné Othar. On va rien te faire !
Sursautant, elle se tourna en direction de l'homme, le regardant avec un mélange d'incompréhension, d'espoir et de méfiance.
- Vous… vous mentez… ils m'ont dit que… et elle aussi…
- On bosse pour Vala Mal'Doran, bordel ! continua l'autre. Une femme ! Tu crois vraiment qu'elle embarquerait des types capables de…
- Euh, fit un autre. Pas pour te contredire, mais je viens de la Terre, et on a eu assez de femmes pirates et criminelles qui…
- Ta gueule, toi ! se vit-il répondre. Je sais pas ce que vous foutez sur votre planète de tarés, mais avec Vala, le premier connard qui fait ce coup-là regretterait d'être né. Préférerait même être chez Sokar qu'avec les deux patronnes.
- Ouaip, reconnut un autre avant de se tourner vers Erina. Je t'explique : quand je suis arrivé, y'a un tempo qui s'est cru permis de "s'amuser" avec une locale… La patronne l'a démoli dans la minute. Il tourne toujours en orbite, à mon avis. Sans combinaison.
- On va rien te faire, répéta le premier. T'en fais pas pour ça, gamine.

Erina, toujours tremblante, acquiesça lentement, mais resta adossée au mur sans faire d'autre mouvement ni dire un seul mot.

- Bande de ploucs, dit une voix féminine. Vous voyez pas que vous lui foutez la trouille ?

La prisonnière se tourna aussitôt vers la nouvelle voix, cherchant du regard son origine et laissant un soulagement visible s'emparer de son visage lorsqu'une femme sortit de la pénombre pour se rapprocher d'elle d'un pas lent.

- T'inquiète. Ils sont un peu balourds, parfois cons… Non, souvent, en fait. Mais ils ont raison là-dessus : personne ne te touchera si tu ne veux pas. Entre moi et les autres, sans parler de la patronne, ils savent se tenir à carreau, dit-elle en jetant à ses congénères masculins un regard lourd de sens. Allez, viens, il nous reste encore un peu de cette merde qu'ils nous servent à bouffer.

Cette fois-ci, la jeune femme accepta de faire un pas en avant, puis un autre, rejoignant lentement la mercenaire qui venait de lui parler alors que, dans l'ombre, Van'Tet soupirait de soulagement.

Quelques minutes plus tard, Othar se rapprocha lentement d'Erina, gardant les mains bien en vue avant de s'asseoir devant elle en prenant la peine de ne pas trop se rapprocher de la nouvelle venue :
- Comment tu t'es r'trouvée ici ?
- Je… je ne sais pas, répondit-elle. J'étais juste venue sur Dakara pour travailler… Je ne savais rien d'eux, ils m'ont arrêtée comme ça et ils voulaient que je parle. Mais je ne sais rien !
- Calme-toi… lui sa voisine en se voulant rassurante.
- S'il vous plait… il faut que je sorte d'ici, fit-elle brusquement.
- Original, commenta Othar. Nous aussi, on aimerait bien s'tirer d'là.
- Aidez-moi, s'il vous plait… continua-t-elle, apparemment au bord des larmes.
- On d'mande qu'ça, p'tite, lui répondit le mercenaire. Mais si on pouvait s'évader, tu crois pas qu'on l'aurait d'jà fait ?
- Je… je peux vous aider.
- Ah ? fit-il, la voix trahissant son brusque regain d'intérêt pour la conversation.
- J'ai… j'ai fait semblant d'être inconsciente pendant qu'ils m'ont amenée vous voir. J'ai… j'ai vu les codes des cellules, du grand couloir.
- Et qu'est-ce qu'on peut en faire ? Pas comme ça qu'on va s'tirer d'ici…
- Je… je ne sais pas…
- Nous non plus, répondit laconiquement Othar. C'est les codes de quelles portes, d'abord ?
- Là… là où on était… et puis pour sortir du couloir où j'étais. Et la grande pièce ronde…
- Ronde ? intervint brusquement Van'Tet. Avec une autre porte, des armes et un écran ?
- Oui… je crois… Il y avait une grosse image qui bougeait sur le mur.
- Qu'est-ce que ça veut dire, gamin ? lui demanda le chef du groupe.
- Elle connait le code de la salle des gardes, répondit le jaffa. C'est un code maitre, il devrait fonctionner avec presque tout. Et puis la salle, si on peut la prendre, on aura accès au système de sécurité de la prison.
- On peut essayer, reconnut l'autre. Ils changent souvent, ces codes ?
- Pour une prison comme celle-là, sûrement tous les jours. C'était comme ça dans l'Installation.
- Si tu nous donnes les codes, on t'prend avec nous. Ca marche ?
- O… Oui… répondit Erina en tremblant.
- Et le Tauri ? demanda Van'Tet à voix basse.
- Quoi le Tauri ? fit Othar.
- Il sait ce qui est arrivé à Bra'tac. Il était avec ceux qui l'ont enlevé…
- Ouais… La patronne voudra savoir qui l'a foutu dans la merde… J'y avais pensé aussi, mais on doit d'abord s'barrer… si on peut, dit-il en réfléchissant à voix haute avant de se tourner vers la jeune femme. Il réagit comment, ton Tauri ?
- Il dit… qu'il est innocent, lui aussi… Et qu'ils voulaient se servir de moi… pour le… pour le faire craquer… alors qu'il ne sait rien.
- Tu le connais depuis longtemps ?
- Non ! Je ne l'avais jamais vu avant… Vous… vous allez vraiment m'aider ? Et pas me laisser ici ?
- Ouais, ouais. T'inquiète, tu nous aides, on t'aide, ça marche, fit-il.
- D'a… D'accord, répondit-elle avant de leur donner lentement l'information qu'ils lui avaient demandée.



Ca'Teya observait d'un air détaché le large écran sur le mur face à elle, son esprit occupé sur le contenu du message dans sa main. Les Tau'ri avaient réagi exactement comme prévu. Du moins dans leurs actes, leur vitesse étant bien plus importante que ce qu'avaient anticipés ses supérieurs. Mais cela ne faisait que prouver à ses yeux que leurs adversaires maitrisaient bien mieux l'art de la guerre souterraine et du renseignement que sa nouvelle nation d'adoption.

En soi, il s'agissait de tout sauf d'une surprise pour quelqu'un qui avait eu la chance d'apprendre auprès d'un maître avant d'appliquer ses leçons au service d'employeurs confondant désespérément "ruse" et "lâcheté". Mais aussi déstabilisant que pouvait être le message pour ceux qui le lui avaient envoyé, il ne l'inquiétait pas outre mesure, l'interrogatrice ayant agi plus vite encore que ceux-ci ne l'avaient imaginé.

Ce qui occupait son esprit était davantage le subtil rappel qu'elle avait lu entre les lignes du message. Celui que les imprévus venaient toujours s'imposer au milieu des plans les mieux calculés et préparés. Ca'Teya avait donc l'esprit occupé à une et une seule chose depuis l'arrivée de la missive : trouver autant de points de rupture possibles à son plan et les colmater, aussi peu probable soient-ils.

Elle posa son regard sur l'écran qui affichait les mercenaires prisonniers colluder avec la jeune humaine qu'elle leur avait abandonné, et, avec un petit rictus lui tenant lieu de sourire, appela la salle des gardes.


Au moins une chose qui suivait exactement son scénario…




Pendant quelques instants, l'archéologue et le chef de SG-17 discutèrent à voix basse, puis Jackson annonça :
- Nous allons nous séparer. Le major Scott et le capitaine Nasimov vont transmettre un message d'alerte pour prévenir le SGC de la situation. Comme ça, même si nous sommes bloqués dans le Terminal, la Terre pourra aussi se mettre à chercher ce qui se passe. Capitaine Nasimov, vous irez à l'ambassade. Le mot de passe est "Enclume Rouge". L'ambassadeur vous donnera tous les moyens pour contacter la Terre.
- A vos ordres, monsieur, répondit-il.


- Bon, fit le major Scott. On va descendre en route. Lieutenant Ravenwing, trouvez un endroit dégagé pour nous dropper à faible vitesse faible altitude. Ensuite, vous reprenez la route vers le Terminal, et Jackson prendra les commandes. Nous, on va essayer de faire profil bas pendant que vous quatre attirerez l'attention de tout le monde. Il faut bien ça, en plus, si on veut que les mercenaires vous tombent dessus dans la demi-heure.
- Entendu, répondit l'Ascendante depuis le cockpit. Ah, attendez ! J'ai trouvé le transpondeur.
- Bon, reprit le chef de l'équipe. Maintenant, il vous faut un plan pour percer la sécurité intérieure et prendre le contrôle de la Porte. Oh, et survivre, ça serait un plus.
- On garde tout ce que vous ne pourrez pas cacher, je pense, ajouta Hansen.
- D'accord pour ça, mais ça ne va pas changer grand-chose pour la sécurité. Ils sont forcément en alerte, ils connaissent le terrain et ont l'avantage du nombre.
- Oui, admit l'archéologue. Ce ne sont pas les jaffas d'Apophis, ils sauront viser. Donc pas d'assaut frontal. On devrait pouvoir s'en sortir pour l'extérieur, mais on aura du mal à prendre le contrôle du DHD…
- Euh, hésita Anna, je crois qu'il y avait du monde à nous, là-bas. Quand ils nous ont pris nos armes.
- Ce serait mieux si on pouvait éviter d'impliquer du personnel d'ambassade dans une prise d'assaut chez des alliés, Anna, lui rappela Jackson.
- Oh. Oui, c'est vrai. Qu'est-ce qu'on sait sur leur sécurité ?
- Les renseignements ? Sûrement beaucoup de choses. Nous personnellement ? Rien. Je me trompe ? demanda-t-il à SG-17.
Voyant les militaires répondre "non" de la tête, Jackson continua :
- Non, à moins que quelqu'un nous sorte discrètement une I.A. de son chapeau pour pirater tout leurs systèmes, ça va être dur. Quelqu'un a le numéro d'une I.A. dans ses contacts ?

Anna secoua la tête en même temps que les autres, mais sans arborer le sourire ironique de l'équipe en face d'elle.
- On est à bord d'une navette militaire d'une corpo, non ? fit Choukri.
- Oui, répondit Scott. Où est-ce que vous voulez en venir ?
- Et bien, puisqu'ici les corporations sont quasiment des États, est-ce qu'on ne pourrait pas se faire passer pour… je ne sais pas… des renforts ?
- Difficile, lieutenant. Quelqu'un reconnaitra forcément le docteur Jackson, sans parler des uniformes. Je n'ai pas envie d'improviser ce genre d'infiltration.
- On pourrait peut-être… commença Nasimov. Non, oubliez, j'ai rien dit.
- Explique, fit Scott. On sait jamais.
- J'allais proposer de rentrer dans le terminal directement, avec la navette. Mais entre les boucliers, la flak en alerte et le DHD on ne sait où… Donc, on peut oublier.
- Ca aurait eu l'avantage d'être assez visible pour que les mercenaires puissent nous suivre, répondit le major.
- Mais l'inconvénient de tous vous faire tuer, compléta le capitaine avec un rictus ironique.
- Quelqu'un a autre chose en tête ?
- Dire la vérité ? suggéra Anna.
- Comment ça ? fit Jackson après quelques longues secondes de silence étonné dans la cabine.
- On peut expliquer aux autorités locales qu'on est poursuivis par ceux qui ont fait sauter l'EMP et… et bien… peut-être qu'ils ont une tête nucléaire sur eux ou quelque chose comme ça qui empêche la sécurité de les arrêter pour nous. Rappelez-moi un instant, pourquoi est-ce qu'on ne les laisse pas se faire arrêter par la sécurité, tout simplement ? On pourrait sûrement voir avec l'ambassade pour que les prisonniers soient ramenés au SGC.
- Anna, ces mercenaires occupaient au moins deux étages du QG de l'une des plus grosses corporations de la planète. Soit eux, soit ceux qui les paient, sont complètement infiltrés. Je parie ce que vous voulez qu'ils pourront passer les sécurités sans problème et que s'ils sont arrêtés, il leur arrivera un accident.
- D'accord, mais… commença-t-elle à répondre avant d'écarquiller les yeux. Évidemment !
- Évidemment quoi, docteur Stern ? demanda Hansen.
- Vous venez de le dire, les mercenaires sont infiltrés ! répondit-elle, excitée. Ils pourront passer les sécurités pour nous poursuivre ! Tout ce qu'on a à faire, c'est…
- … à les suivre, compléta Jackson. Logique.
- On a un début de plan, mesdames et messieurs, annonça le major.
- Tout ce qu'il faut, c'est les convaincre qu'on a réussi à atteindre la Porte, poursuivit Anna. Et je tiens à noter, docteur Jackson, que j'ai passé beaucoup trop de temps à vous suivre si je commence à penser comme ça…
- Et vous croyez que j'avais l'habitude d'improviser ce genre de plan quand Catherine m'a engagé pour déchiffrer ses "hiéroglyphes" ? J'ai appris comme vous, Anna. Vite, parce que beaucoup de monde voulait ma peau au bout de quelques heures. Bienvenue au club, dit-il avec un sourire amusé.

Anna évita de répondre que, trop souvent, les poursuivants de l'archéologue avaient réussi à l'avoir, sa peau, ce qu'elle-même préférerait éviter autant que possible.



Johnson s'éloigna de la dizaine de corps qui jonchaient le hangar et le couloir voisin, grommelant dans sa barbe.

Je savais qu'on aurait dû installer des foutus systèmes d'autodestruction à distance dans ces navettes. Je le savais ! se dit-il, de mauvaise humeur.

Un de ses lieutenants le suivait, tenant un écran allumé sur lequel s'affichait en temps réel la progression du véhicule volé. Véhicule qui, à en croire les enregistrements des caméras de surveillance, abritait au moins Jackson, son assistante et un membre de leur escorte qui se dirigeaient vers le terminal de la Porte et pas vers leur ambassade.

Le mercenaire ne savait plus quoi penser, la décision de l'archéologue l'ayant complètement pris au dépourvu.

Il sait quelque chose que j'ignore, c'est forcé. On vient de mettre un maximum de moyens pour le tuer, mais non, il ne va pas se mettre derrière le contingent de l'ambassade pour attendre que la situation se calme. Non, il va directement vers la Porte, et sans émettre quoi que ce soit pour les prévenir de ce qui se passe. Qu'est-ce qu'il peut vouloir faire pour se tirer aussi vite là-bas ? Et sans perdre la moindre seconde ? C'est comme… c'est comme pour la bataille de l'Antarctique. Il y a quelque chose là-bas qu'il veut à tout prix !

Il se tourna vers l'un de ses hommes :
- Toi, récupère un groupe. Je veux des armes et de l'équipement, prenez des paquetages pour une semaine. Vous nous rejoignez ici dans dix minutes.

L'autre acquiesça, et son lieutenant demanda quelques instants plus tard :
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Jackson a un plan. J'ai aucune idée de ce qu'il prépare, mais il n'agit pas normalement, pas du tout comme je l'aurais fait à sa place. Il est en train de sprinter vers son objectif initial, comme si rien d'autre n'avait la moindre importance.
- Qu'est-ce que ça pourrait être ?
- J'en sais rien. Mais c'est forcément du lourd, et il croit qu'il va en avoir besoin rapidement. La dernière fois qu'il a fait ça, Anubis y a perdu une flotte entière.
- Vous voulez les poursuivre ? Ils savent qu'on est après eux.
- C'est évident. Mais d'un autre côté, je n'ai pas vraiment l'impression que nos patrons vont être fair-play si on le laisse se tirer. Même si on réussit à le tuer, en fait. Et je vais même aller un peu plus loin : je parie ce que tu veux qu'ils nous ont demandé de tuer Jackson justement parce qu'il était sur la piste de ce qu'il y a là-bas.
- Vous croyez ça ?
- C'est ce qui s'est passé il y a quinze ans, et ça recommence. On est dans la même situation qu'à l'époque, et tout va partir très vite d'un côté ou de l'autre. Mais si on peut récupérer ce que cherche Jackson…
L'autre laissa sortir un sifflement en comprenant ce que voulait dire Johnson.
- On a un nom pour ce genre de situation, sur Terre. Si on gagne le gros lot, on devient des Faiseurs de Rois. Dans tous les cas, on aura de quoi négocier avec tout le monde pour se tirer de là en sécurité.
- Donc, on rattrape Jackson ?
- En temps voulu. D'abord, il faut lui donner un peu d'avance, parce qu'on n'a pas la moindre idée de son plan. Et on ne pourra rien faire tant qu'il n'aura pas montré une partie de son jeu. Dis-toi qu'il a toutes les cartes en main, là, conclut Johnson en s'emparant de l'arme d'un mort pour en vérifier la charge.




- Bon, on a peut-être un plan, dit Nasimov à bord de la navette, mais il faudrait quand même les attirer dans le coin, nos mercenaires préférés… Ca va être dur de les suivre, sinon.
- Vous n'avez pas entendu le lieutenant Ravenwing, capitaine ? fit l'archéologue. Il y a un transpondeur à bord de la navette. S'ils sont un tant soi peu compétents, ils nous suivent à la trace. C'est une des raisons pour laquelle on ne passe pas par l'ambassade. C'est trop évident et il y a forcément une embuscade sur le chemin. Ils savent qu'on est en route pour la Porte. Tout ce qu'on a à faire, c'est à rester à l'abri quand eux perceront les sécurités.
- Et quand même leur faire croire qu'on se dirige vers la Porte, quand on y sera…
- C'est beaucoup moins dur que d'y aller par nous-mêmes, rétorqua Jackson.
Il n'eut pas le temps de répondre, la pilote temporaire se retournant :
- On approche d'un bon point ! fit-elle. Préparez-vous, j'ouvre la porte au dernier moment !

Les deux membres de l'équipe sur le point de partir posèrent leurs équipements les plus visibles sur un râtelier avant puis se rendirent près de la sortie du véhicule, prenant soin de se tenir à une rambarde.

- Bonne chance, leur dit Jackson.
- Vous aussi, répondit Nasimov. Essayez de ne pas vous faire tuer… On se retrouve au SGC, d'accord ?
- Ne vous inquiétez pas, docteur Jackson, dit à voix basse Scott en se rapprochant de l'archéologue. Je la trouverai, votre Vala. Vous aurez vos renforts…
- Je l'espère, major, et…

Il fut interrompu par le vacarme du vent s'engouffrant dans l'habitacle lorsque la porte s'ouvrit lentement à côté d'eux, révélant le sol à une dizaine de mètres en-dessous de la navette et se rapprochant rapidement. Jackson recula de quelques pas sans lâcher les barres de sécurité, puis suivit du regard les deux militaires lorsque ceux-ci, jugeant l'altitude suffisamment faible, sautèrent en-dehors du véhicule. Alors même que celui-ci accélérait à nouveau, l'ancien membre de SG-1 vit le duo se rétablir rapidement et partir brusquement vers une couverture quelconque.

- Bon, reprit-il. On est tous seuls, maintenant…





Les deux membres restants de SG-22 avaient chacun vaqué à leurs occupations à bord du vaisseau jusqu'à se retrouver dans l'une des salles de repos, qui, rapidement, était devenue le point de rencontre tacite des deux terriens lorsque l'un ou l'autre voulait parler. L'I.A. leur avait mis à disposition une médiathèque suffisamment conséquente extraite de ses écoutes et observations sur l'ensemble de la Voie Lactée.


La salle elle-même était relativement large, ou du moins leur donnait cette impression de par son agencement, quelques rares moniteurs occupant l'une des parois tandis que le reste des systèmes était directement connecté à leurs propres réalités augmentées. Shanti s'adossa à l'un des fauteuils tandis que son coéquipier resta debout, près d'elle. Depuis qu'ils avaient passé l'invisible point indiqué par l'I.A., celle-ci avait cessé de communiquer avec les deux, qui avaient ressenti l'absence au plus profond d'eux-mêmes. Tout leur semblait légèrement plus lent, plus flou, tandis que l'Entité pour qui ils travaillaient désormais ne leur faisait plus profiter des capacités de calcul de la frégate. Atlantis leur avait indiqué que les performances de ce fragment de conscience seraient dégradées, et ils attendaient encore de savoir ce que ce terme vague signifierait vraiment.


Elle observait, au travers de l'un des écrans en apparente lévitation, les hommes et femmes qui avaient temporairement pris possession de l'une des soutes de son vaisseau. Tsippora ne savait pas quoi penser face à ces soldats, tous volontaires, et pour elle tous suicidaires. Comme bien d'autres officiers et membres d'équipage, elle en savait assez sur les troupes Wraith, tant les régulières que les Fléaux, pour ressentir une crainte justifiée de tout combat au corps-à-corps, de ces abordages dont leur Ennemi était irrationnellement friand. Pour nombre de vaisseaux, parmi lesquels servaient certains de ses amis, la seule décision restante avait été de se faire sauter pour abréger le massacre qui prenait place dans les coursives.

Un seul de leurs vaisseaux pouvait détruire des flottes Wraith entières, mais il en venait toujours plus, et la supériorité technologique, civilisationnelle, physiologique, se faisait trop souvent balayer sous le simple poids de nombres effroyablement élevés. Mais en combat individuel s'estompait l'écrasant avantage technologique prompt à dispenser la mort par l'intermédiaire sous forme d'armes d'une puissance et d'une précision sans égales. Lorsqu'elles parvenaient –par autant de sacrifices que nécessaire– au corps-à-corps, les troupes de choc Wraith n'avaient plus besoin d'une telle disparité quantitative pour mettre à bas leurs adversaires. Les armes à énergie laissaient rapidement place aux lames monomoléculaires, aux nuages de nanites corporelles, aux serres acérées, aux armures organiques produites avec le raffinement qu'offrait un eugénisme porté au rang d'art. Une fois et une seule, son vaisseau s'était retrouvé du mauvais côté d'un tel abordage, et par un mélange de miracle, d'entraînement et de chance, elle avait survécu pour en parler.

Ceux dans la soute
attaquaient, venaient porter ce type de combat à l'ennemi, récupérant informations, échantillons technologiques, prisonniers, infiltrant les communications adverses depuis leurs propres vaisseaux pour tisser des pièges qu'elle-même saurait utiliser pour infliger plus de pertes avec moins de risques. Certains à bord, les plus jeunes, regardaient avec admiration ces "héros", murmurant telle ou telle rumeur sur leurs exploits.

Elle se contentait de croiser le regard de ces "invités", chacun lisant dans l'autre des souvenirs différents dans la forme mais identique dans le fond. Les détails changeaient, les visages étaient autant de pièces différentes d'un colossal puzzle, les décors variaient avec chaque individu, mais chacun acceptait silencieusement l'autre, ses expériences, ses pertes.

Tsippora avait pris un jour le temps de se renseigner plus en détail sur les conditions de ces troupes d'assaut et de choc, pour ne trouver que la confirmation de ce dont elle se doutait. Les chances de survie augmentaient avec l'ancienneté et l'expérience, mais pas suffisamment pour faire une différence, les actions d'abordage ou de sabotage étant si violentes et chaotiques qu'une situation maitrisée à un moment pouvait se transformer l'instant d'après en carnage réduisant de moitié les effectifs.

En-dehors de ses propres tours de quart, elle allait les voir, échangeait silencieusement expériences et souvenirs, chacun apprenant des facettes obscurs du monde de l'autre. Participant à leurs entraînements, elle revivait par procuration ce qui lui était arrivé face aux Fléaux. Sauvant ceux et celles qui s'étaient fait brutalement tuer devant elle, évitant les morts absurdes dont elle avait été témoin.

Puis elle se rappelait de la réalité, de ses propres limitations et de l'une des plus importantes leçons qu'elle avait été forcée d'apprendre : elle n'avait pas le contrôle, et ne l'aurait jamais aussi bien qu'elle le voudrait. Jamais.

Tout ce qu'elle pouvait espérer, c'était se préparer correctement, réduire la part des aléas et réagir correctement et rapidement face à ceux qui ne manqueraient pas de rester. Après, seule la chance choisirait qui resterait debout à la fin. Une chance qui, au mieux, était aidée par l'entrainement et les talents individuels, mais jamais assurée.



- A ton avis, demanda la jeune femme après quelques instants, qu'est-ce qu'elle prépare vraiment ?
- Parce que tu crois que ça changerait quelque chose qu'on le sache ? se vit-elle répliquer du tac au tac par le pilote, qui, quelques instants plus tôt, avait découvert avec surprise ce que certaines civilisations de la Voie Lactée considéraient comme du divertissement.
- Sûrement pas, admit-elle. Mais tu n'es pas un peu curieux ?
Il haussa des épaules :
- Comme tout le monde… Alors elle veut se débarrasser de sa copine mais garder ses jouets. Elle pourrait bien vouloir lui piquer sa galaxie.
- Atlantis, reine mégalomane de l'univers, avec nous ses pions pour lui offrir une galaxie entière sur un plateau ? reformula-t-elle. Pourquoi pas…
- Nan, c'est trop simple. Tout le monde le verrait venir à cent bornes. C'est bon pour les séries B, ça : "Oh mon Dieu, Hagalaz était en fait la gentille I.A. et nous l'avons tuée parce que nous étions aux ordres de la méchante !"
Shanti haussa des sourcils en voyant le pilote faisant ses simagrées, premiers signes de bonne humeur depuis trop longtemps :
- Et c'est pas ça, t'en es sûr ?
- Bien sûr que non, ça peut pas être ça ! Pour ça, faudrait qu'il y ai une gentille I.A. Honnêtement, tu y crois une seconde, à ça ? Elles sont toutes mégalos, c'est juste que la nôtre est mégalo mais n'a pas envie d'atomiser tout le monde. Alors je me dis qu'elle est un tout petit mieux que l'autre. Ca se tient, pour toi ?
- C'est une façon de voir les choses, admit-elle après quelques instants de silence.
- Pas pire qu'une autre, de toute façon. Alors, comment est-ce qu'on va s'y prendre ?
- On va sûrement devoir monter les locaux contre elle, comme Atlantis a dit. A moins que tu aies une autre idée, Tom.
- Non… Dommage que j'aie pas pris des cours de débat, à l'école. Pourquoi est-ce qu'on m'a pas dit que j'allais devoir convaincre un tas d'aliens génocidaires de s'allier avec une I.A. et deux clampins quand je serai adulte ?
- On se le demande…
- Au fait, remarqua-t-il. Est-ce qu'on a la moindre idée de comment communiquer avec eux ?
- … Non, fit la jeune femme en soupirant.
- Bon. Soit Atlantis a un plan tellement parfait qu'elle a prévu tout ce qu'on allait faire au moindre détail près, soit elle a vraiment, mais alors vraiment confiance en nous.
- Elle a un plan, en conclut Shanti sans hésiter.
- C'est bien ce que je pensais, confirma le pilote. Il a vraiment intérêt à être bien ficelé, parce que sinon, on va être dans une de ces merdes…


- Aucun plan de ce genre ne pourrait fonctionner correctement, intervint brusquement la voix d'Atlantis. Et je n'ai pas une confiance aussi absolue que cela en vos compétences à vous deux.
- On est foutus, c'est ça que vous voulez dire ? fit Campbell.
- Non. Je vous ai fourni ce dont vous aurez besoin.
- C'est pas vraiment les petits tours de passe-passe qu'on peut faire qui vont casser la figure à un gros tas de vaisseaux, répliqua le pilote, agacé.
- Non. En revanche, un excellent groupe de penseurs scientifiques, artistiques, sociaux, militaires, économiques et politiques représente un outil de choix pour résoudre les problèmes qui se dresseront devant vous.
- Pardon ? s'étonna Shanti. On doit encore les utiliser ? Vous êtes sûre que c'est prudent…
- Lieutenant Bhosle, vous ne cessez jamais de demander conseil à ces souvenirs et ces personnalités, pour la simple raison que tous et toutes ont définitivement été implantés en vous. Autant vous y habituer et en tirer le meilleur profit.
- Vous aviez prévu combien de trucs avec ces putains de souvenirs ? s'exclama Campbell.
- Autant que possible, lieutenant Campbell, répondit la voix calme et posée d'Atlantis. Il est plus efficace d'obtenir les mêmes résultats avec aussi peu de moyens distincts que possible.
- C'est les Ori, la bande de tarés que vous essayez de démolir dont on parle, là, pas des enfants de chœur !
- Effectivement, et le fait que nous soyons à ce jour en train de discuter des conséquences à l'échelle galactique de leur entreprise, plusieurs millénaires après coup, ne fait que démontrer leur compétence. Vous savez où ils ont réussi, échoué, les différences par rapport aux conditions dans lesquelles vous opérez, tandis que les aspects les plus dangereux de leurs personnalités incriminées n'étaient pas encore complètement développés. Et n'oubliez pas qu'il y a d'autres souvenirs à part ceux de… ces Oris en devenir.
- Tsippora, murmura Shanti.
- Exactement, lieutenant Bhosle. J'ai pris la peine de m'assurer que chacun d'entre vous bénéficie de la présence d'individus à même de contrebalancer l'influence du groupuscule dont je vous ai fourni les services. Il eut été illogique autrement que ces militaires fussent plus présents dans vos esprits qu'un groupe ayant réussi à asservir une galaxie entière.
- … Vous les connaissez, fit-elle brusquement.
- Veuillez préciser, lieutenant, fit l'I.A.
- Tsippora, Gwydion. Vous les connaissiez tous les deux, dit Shanti. C'est pour ça que vous les avez transférés.
- Je connais l'intégralité des personnes dont j'ai eu la charge, en tant que Cité, répondit Atlantis. Mais en effet, celles-ci en particulier font partie de ceux et celles que dont j'ai eu l'occasion de me rapprocher au cours de notre coexistence. Pour cette raison et d'autres, ils m'ont parus adéquats. Tant pour remplir ce rôle de garde-fou que pour vous permettre de rationaliser votre relation à l'ensemble de ces souvenirs.
- Encore de la manipulation "pour notre bien", commenta le pilote.
- Oui, répondit simplement Atlantis.



Cameron Mitchell se laissa tomber dans son fauteuil, prenant une inspiration profonde et se donnant quelques instants de décontraction. Il se leva ensuite pour se diriger vers le réfrigérateur de la cabine spacieuse qui lui avait été affectée à bord du Concordia. Le chef de l'aviation embarquée de l'escadre en sortit une bière qu'il décapsula d'un geste avant de retourner s'asseoir. Il prit une gorgée de la bouteille avant de la poser sur la table de travail près de lui, s'emparant dans le même geste de son pad personnel.

L'appareil, d'apparence semblable à ceux omniprésents à bord de l'imposant vaisseau, présentait cependant plusieurs différences notables par rapport à ceux-ci. La première d'entre elles était un assortiment de systèmes d'identification et de sécurité semblable à celui entourant les armes nucléaires du bord, ensemble qui s'expliquait par le simple fait que le pad du général Mitchell avait accès à celles-ci. Mais la particularité qui intéressait le plus l'officier à cet instant précis était le réseau sécurisé sur lequel il était connecté, réseau officiellement inexistant pour la quasi-totalité de l'équipage du vaisseau.

Après s'être authentifié, il se brancha sur son accès personnel et commença à parcourir les dossiers confidentiels qu'il pouvait consulter. En quelques instants, il trouva le nom qu'il recherchait.

Carl Banet, lieutenant. Qu'est-ce que tu as foutu, Halcyon ?

Les premières lignes indiquèrent ce qu'il savait déjà, rappelant brièvement la formation et la vie du jeune homme avant sa sélection préliminaire pour recrutement. Il ignora les liens pointant vers des informations complémentaires et passa à la page suivante, où se succédaient les appréciations et recommandations des instructeurs successifs qui avaient formé le futur pilote. Pendant quelques minutes, il parcourut le fichier, tenant la bouteille dans une main et y buvant périodiquement.

J'y crois pas. Pas de sortie en solo, pas d'absence injustifiée, pas de contact avec le Programme avant le recrutement. Rien. C'est pas possible… Ce gamin n'est pas une taupe… Ou alors, c'est qu'il a changé son dossier. Faudrait que je vérifie… que je passe les coups de fil à tout le monde pour savoir. Pas possible…

Avec une grimace, il passa à la suite, la dernière section de l'historique étant beaucoup plus mince que les précédentes, indiquant l'affectation actuelle de son ancien subordonné.

"Task Force 8492, affectation confidentielle." Ben tiens, à se demander ce qui leur faut comme accès pour savoir ce qu'ils foutent, ceux-là. Saletés de Black Ops. A cent contre un, ils ont foiré une opération et c'est le gamin qui en prend plein la figure et affaire classée… Mais quel connard a pu se planter au point d'enlever Bra'tac ? Même le pire abruti sait qu'il est avec nous. Ou alors ils ont essayé d'empêcher l'enlèvement et se sont fait griller. Oui, ça pourrait expliquer tout ça, si Banet était là au mauvais endroit au mauvais moment et a foiré son coup… Mais qu'est-ce qu'il foutait sur une mission importante ? Et puis, pourquoi est-ce qu'ils l'ont embarqué, déjà, cette TF 8492 ? On a des pilotes cent fois meilleurs, et au moins une douzaine qui ont fait des ops au sol. Tourne pas rond, tout ça…

Le général posa son pad sur la table près de lui et termina d'une gorgée sa bouteille avant de reprendre sa réflexion :
Il faudrait que je jette un coup d'œil à tout ce foutoir, mais j'ai pas le temps avec tout ça ! Abrutis de jaffas ! Ils vont l'avoir, cette guerre, s'ils continuent…


Laissant négligemment le contenant vide sur la table, il se leva et reprit le pad, parcourant une fois de plus le contenu du dossier. S'éloignant du fauteuil, il s'arrêta et retourna vers celui-ci pour ramasser la bouteille avant de se diriger vers la poubelle. Quelques secondes plus tard, à mi-chemin de sa destination, le général se figea avant de laisser tomber la bouteille par terre, l'ignorant alors qu'elle roulait sur le sol.

D'accord… ça, par contre, c'est intéressant. Qu'est-ce qu'elle faisait là ? Coïncidence ? Ou bien elle voyait le truc venir… Qu'est-ce que ça veut dire… ? Faut que je lui demande.

Sans s'attarder sur l'objet qui s'était arrêté au pied d'un mur, il posa son pad sur la première surface venue et commença à taper rapidement dans son système de messagerie, s'assurant d'avoir activé l'ensemble des logiciels de cryptage. Le courrier électronique partit quelques minutes plus tard, caché au sein de l'une des transmissions de routine de la flotte, et le général lâcha un court soupir : c'était à présent à elle de le contacter et d'éclaircir les choses.

En sortant de sa douche plus tard dans la soirée, il vit l'écran de son pad clignoter et s'en approcha rapidement.

Elle a déjà répondu ? C'est la première fois que j'ai autant de chance aujourd'hui…

Mitchell laissa les systèmes d'identification biométrique le reconnaître et ouvrit aussitôt le message :

Salut Cam,

J'ai appris pour lui hier. Je n'ai rien à voir avec ça, et ça m'étonne autant que toi. Est-ce que tu veux que je regarde ça de mon côté ?

C.F.


Mitchell ne fit pas un geste une fois le bouton de réponse pressé, laissant l'écran d'écriture vierge et réfléchissant aussi vite que possible :
Dans quoi est-ce que je l'envoie ? Le 8492, c'est des Black Ops, et ils ont pas l'air clean. Si elle se fait coincer, Sam ne me le pardonnera jamais. Sans parler de leurs soutiens. C'est clair, Cameron, ils ont forcément des amis très haut placés pour avoir ce genre de niveau de secret. Faut pas se faire d'illusion, si elle se fait avoir, je tombe dans la foulée… Mais… non, ça cloche vraiment. Et Bra'tac, dans tout ça. Pas un hasard. Ca ne peut pas être un hasard, pas avec une unité qui prépare les premiers coups si la guerre nous pète à la figure.

Merde, Cameron, joue pas au con ! Elle est douée, mais tout montre que c'est du lourd… Elle pourra pas s'en sortir toute seule…


Lentement, en choisissant très précisément chaque mot, Mitchell tapa sa réponse avant d'ouvrir le dossier des pièces jointes. Les déposant les unes après les autres, le général se rendait parfaitement compte qu'il s'exposait à la cour martiale en divulguant des dossiers hautement sécurisés et des codes d'accès confidentiels à une personne théoriquement en-dehors du Programme. Sans compter la preuve qu'il avait caché d'autres données jugées critiques à ses propres supérieurs. Il savait pourtant ne pas avoir le choix. Il allait avoir des réponses, quelles qu'elles soient, à partir du moment où il enverrait le fichier. Elle n'abandonnerait pas, et trouverait ce qui se cachait derrière l'absurde trahison, mais il fallait mettre toutes les cartes de son côté. Une professionnelle de l'information avait besoin de tout ce qu'on pouvait lui fournir.

S'il lui demandait de mettre sa vie en danger, sa carrière à lui n'était qu'un enjeu somme toute secondaire, arriva-t-il à la conclusion en envoyant le message avec le dossier du pilote, des informations sur la Task Force 8492, quelques-uns de ses contacts et codes d'accès personnels.

Ainsi que la liste des points de chute de Vala Mal'Doran, liste dont seuls les amis proches de celle-ci au sein du Programme soupçonnaient l'existence.

Ce message a été modifié par Rufus Shinra le Lundi 02 Janvier 2012 10h02



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Johnson avançait d'un pas rapide dans le hangar lorsque son communicateur se rappela à lui. Un bref coup d'œil sur l'écran lui indiqua l'identité de la personne et il murmura un juron avant de répondre laconiquement :
- Ici Johnson.
- Où est-ce que vous êtes ? On a une putain d'alerte de sécurité ! hurla son supérieur hiérarchique officiel.
- Je sais, Jackson a attaqué des hommes à moi et vient de nous piquer une navette. J'ai rassemblé une équipe et on se prépare à le suivre.
- Qu'est-ce que vous foutez encore ? Revenez ici tout de suite ! C'est le bordel ici et j'ai pas envie d'une bande de connards qui viennent me pourrir encore plus la journée !
- On n'a pas le temps ! répondit le mercenaire. Mon équipe s'est branchée sur le transpondeur de la navette et Jackson se tire vers la Porte. Si on ne part pas maintenant, il pourra rentrer sur Terre et on ne le récupérera jamais !
- Et merde ! Retardez-le, j'envoie du renfort. Si vous foirez votre coup, avec ton groupe, c'est ta tête qui tombe, tu m'as compris ? C'est pas moi qu'on enverra au casse-pipe si tu dézingues un putain de VIP terrien…
- Bien compris. Est-ce que vous pouvez contacter la sécurité du Terminal, qu'on se coordonne et qu'ils évitent de nous descendre à vue ? demanda-t-il.
-Ouais…
- Merci patron. Johnson, terminé, conclut-il.

Il vérifia que l'appareil était éteint puis le rangea dans sa poche pour se tourner ensuite derrière lui :
- On décolle dans trente secondes ! Tout le monde à bord !

Grimpant dans la navette d'assaut, il sortit son moniteur, sur lequel étaient affichées la position et la trajectoire de l'appareil qu'ils poursuivaient. Celui-ci se rapprochait rapidement du terminal de la Porte, lui imposant une limite de temps bien trop faible pour son goût. A l'instant où la porte latérale se refermait, il sentit la vibration du décollage, qui dura les quelques secondes nécessaires à la mise en route des compensateurs inertiels.
- Bon, fit-il en se tournant vers son équipe une fois les tremblements disparus, Jackson et son groupe sont presque arrivés à destination. Il va droit vers la Porte et pas vers l'ambassade, donc à cent contre un, il ne cherche pas à rentrer chez lui. Bonne nouvelle pour nous, ça veut dire qu'on peut le suivre. Mauvaise nouvelle, j'ai aucune idée de où on va. Aussi, les gars de la Corpo sont en train de péter un câble, là, et notre couverture tiendra pas la journée. Ca veut dire qu'on a le champ libre niveau conséquences. Et aussi que c'est sûrement le dernier job. Le reste du groupe continue l'évacuation et rejoint le point de RV. Nous, on finit le travail.

Il croisa le regard de la douzaine d'hommes et de femmes, lisant leur détermination et y répondant par un acquiescement de la tête avant de continuer :
- Le plan est simple : on arrive et on prend le contrôle de la Porte. Le tout, c'est de rester assez discret pour que Jackson et ses potes se tirent et qu'on puisse savoir où ils vont. Ensuite, on les suit et on s'assure que personne ne vienne derrière nous.
- On fait sauter le Terminal ? demanda l'un des mercenaires.
- Ouais, c'est ça. Et tu t'occupes des quelques tonnes d'explosifs et de toute la planète qui va nous tomber sur le cul. Tu nous prépares ça en dix minutes… Ou alors t'arrêtes de raconter des conneries, merci.

L'autre se tut et Johnson attendit un bref instant pour reprendre :
- Le DHD – le cadran de contrôle, expliqua-t-il en se rappelant qu'il était l'un des seuls du groupe à venir de la Terre, est dans une salle isolée, normalement. On a juste à le bloquer pendant quelques jours, rien de plus. Ca, par contre, c'est assez simple : j'ai déjà vu les sécurités pour la salle de contrôle. Tout ce qu'on a à faire, c'est assez de dégâts pour les bloquer complètement et couper les communications avec l'extérieur. Le temps qu'ils amènent assez de moyens pour percer les murs, on se sera occupé de Jackson, expliqua-t-il avant de se tourner vers une mercenaire qui venait de faire un geste pour attirer son attention. Oui ?
- Pourquoi est-ce qu'on ne l'attend pas juste au niveau de la Porte ? Ou on pourrait poser une mine, un truc simple.
- On pourrait, mais Jackson cherche quelque chose. Et s'il sort en plein milieu du bordel avec les Jaffas, tout seul, en douce, c'est du très gros. Alors on va voir ce qu'il prépare et le vendre au plus offrant. Dites-vous tous que c'est un bonus de compensation pour la retraite, d'accord ?

Devant les acquiescements généraux, il lâcha un sourire entendu et reporta son attention sur son moniteur. L'instant d'après, Johnson sortit son communicateur et sélectionna l'un des contacts qu'il avait enregistrés depuis des années et qui allait lui servir une dernière fois :
- Sécurité du Terminal ?
- Oui ? lui répondit la voix tendue de l'opérateur. Où avez-vous eu ce numéro ?
- Johnson, sécurité de la corporation Valert. Je suis en route pour coordonner une opération urgente.
- Un instant, monsieur. Je vous passe mon supérieur.
Il attendit quelques secondes, puis la voix rauque caractéristique d'un Serrakin dans la force de l'âge :
- C'est vous qu'on envoie nous apprendre notre job ?
- On vient juste pour coordonner. Les fugitifs ont directement attaqué nos locaux et nos employés. Il est possible qu'ils se soient enfuis avec des documents importants ou du matériel confidentiel et nous devons les arrêter avant qu'ils ne s'enfuient.
- Restez où vous êtes et on s'en charge…
- Négatif, monsieur. Nous devons l'arrêter nous-mêmes, vous n'y êtes pas autorisés.
- Et qui nous interdit d'arrêter un fugitif ?
- C'est un diplomate, l'un des plus gros VIP qui soient…
- Qui ?
- Le docteur Daniel Jackson et son escorte, de la Terre, fit Johnson en lâchant sa bombe.
Le mercenaire attendit quelques instants que la série de jurons prenne fin puis continua :
- Il nous a attaqués directement, donc nous allons l'appréhender nous-mêmes dans le cadre de l'enquête. Si vous le faites, on est partis pour un cauchemar diplomatique, improvisa-t-il. Et vous serez au centre de la tempête, mais c'est vous qui voyez.
- … D'accord. Qu'est-ce que vous attendez de nous ? demanda finalement son interlocuteur.
- Jackson va arriver par l'entrée visiteurs du Terminal. Mettez tous vos hommes disponibles aux alentours. Il faut le retarder le temps que j'arrive avec mon équipe.
- Entendu. Combien de temps avant l'arrivée ?
- Comptez deux minutes, répondit Johnson en regardant l'icône du transpondeur de la navette volée se rapprocher de l'entrée du Terminal réservée aux missions commerciales corporatives, à l'opposé de l'entrée des visiteurs. On arrive dans dix. Johnson, terminé.
- On vous attend, répondit l'autre avant de couper la communication.

Bon, voilà déjà des emmerdeurs hors-circuit. Ca prend forme… Allez, tout ce qu'il faut, c'est qu'il arrive à passer par la Porte. Réfléchis un peu, il a forcément un plan pour se tirer d'ici. J'ai juste à comprendre ce que c'est et à le suivre. Rien de plus. Enfin, si. Si je peux lui faciliter la vie, tant mieux pour tout le monde… se dit-il alors que, sur l'écran, la navette de ses cibles terminait son approche.


- Essayez de ne pas avoir l'air menaçants et laissez-nous parler, fit l'archéologue aux trois membres restants de l'équipe. Anna, gardez votre arme cachée. Vous êtes ma secrétaire, je suis un cadre supérieur, vous vous occupez des détails que je n'ai pas le temps de voir.
La scientifique acquiesça en même temps que le reste de SG-17 et Jackson regarda – sans laisser son visage trahir la méfiance qu'il éprouvait – la pilote effectuer les dernières manœuvres d'atterrissage avant de commenter :
- Je dois avouer, lieutenant Ravenwing, je suis impressionné. Pour quelqu'un qui n'a probablement jamais touché à un véhicule hébridan, vous le pilotez comme un vétéran.
- Merci, monsieur, mais les commandes sont vraiment intuitives. Et puis, le pilotage, c'est une passion dans ma famille.
- Sûrement… répondit-il sobrement alors que les portes commençaient à s'ouvrir.

Il attendit la fin du mouvement pour descendre d'un pas professionnel et s'approcher du seul agent de sécurité en vue :
- Monsieur, nous avons une alerte de sécurité. Vous ne pouvez pas rester ici !
Jackson brandit d'un geste une carte d'identification tout en affichant une mine exaspérée et Anna le rattrapa aussitôt, sans simuler le moins du monde la maladresse de son pas :
- Le directeur a un déplacement urgent, dit-elle avec un regard gêné. Il doit absolument se rendre sur… ah, désolée, je n'ai… pas le droit de vous dire le nom de la planète, le contrat n'a pas été signé. S'il vous plait, il y a déjà eu assez de contretemps et il est d'une humeur massacrante.
Elle indiqua d'un signe de tête l'archéologue qui avait continué d'avancer, ignorant la petite scène et maugréant dans sa barbe sans apparemment prêter attention à ce qu'elle disait.
- Et eux ? demanda le garde en désignant le trio armé qui les suivait.
- Ce sont les gardes du corps pour le directeur. La planète n'est pas sûre…
- Il va négocier avec des sauvages ? s'étonna le garde en abaissant lentement son arme.
- Oui, répondit-elle. C'est pour ça qu'il est…
- Ouais, ça se comprend… Bon, allez-y, j'enverrai quelqu'un mettre la navette au hangar dès que ce foutoir sera terminé.
- Merci beaucoup, répondit-elle en inclinant brièvement la tête.

Quelques instants plus tard, elle repartit au pas de course pour rattraper l'archéologue qui était en train de rentrer dans le bâtiment principal :
- Bien joué, murmura-t-il sans tourner la tête. Un de ces jours, vous devriez vraiment considérer la possibilité de rentrer dans une équipe de terrain. Vous avez ce qu'il faut.
- Vraiment ? répondit-elle, surprise. Et… qu'est-ce que vous lui avez montré ? Ca l'a calmé, on dirait.
- Moins fort, il y a sûrement des caméras et des micros. Juste un badge d'accès d'un cadre sup' que j'ai emprunté avant de vous récupérer. Sinon, oui, vous réagissez vite et bien, un peu d'improvisation… J'en toucherai un mot à Sam, si vous êtes d'accord.
- Euh…
- Ne vous inquiétez pas, on verra ça à tête reposée. Là, on a encore quelques problèmes urgents à régler… Attention, poste de garde droit devant, fit-il avant de tourner dans un nouveau couloir et en reprenant la moue excédée de son personnage.

Presqu'instantanément, Anna adopta la posture nerveuse et prudente de la secrétaire qu'elle était censée jouer. Une attitude qu'elle n'eut aucun mal à prendre, au vu de sa situation.



Johnson débarqua avant même que les moteurs ne fussent entièrement coupés, suivi quelques instants plus tard par sa troupe de mercenaires lourdement armés, chacun portant en plus un sac à dos massif contenant le matériel de survie pour quelques jours. Devant lui l'attendait un détachement des forces de sécurité du Terminal, aux uniformes bien mieux entretenus mais à l'armement et aux compétences bien plus faibles.

Sans hésiter, il se rendit aux devants du Serrakin qui portait les plus hauts galons :
- Johnson, sécurité de Valert. C'est moi qui vous ai contactés.
- Je sais. Mes gars sont en position et couvrent tous les accès que vous nous avez indiqués, mais on l'a pas encore vu. Vous savez où il est ?
- Non, il a désactivé son transpondeur il y a quelques minutes, mentit le mercenaire. Gardez des hommes sur place, mais restez sur vos gardes, il va sûrement tenter de s'infiltrer.
- Vous inquiétez pas pour ça. Il compte bien partir par la Porte, c'est ça ?
- Oui… Qu'est-ce que vous avez préparé ?
- Venez voir. Il peut s'infiltrer comme il veut, mais il ne va pas passer, lui répondit le responsable avec un sourire inhumain.

Ah merde ! Ce con a pris une initiative ! pensa Johnson en se mordant les lèvres.


Le cœur de la scientifique battait de plus en plus vite au fur et à mesure que leur groupe avançait à l'intérieur du bâtiment, restant dans l'enceinte de la corporation et se rapprochant de leur objectif. Jusqu'à présent, l'attitude de Jackson avait réussi à leur faire franchir deux autres séries de portes bloquées, l'archéologue ayant le culot d'utiliser l'alerte pour justifier son absence de passe sécurisé. Sachant pertinemment que les réseaux de communication étaient surchargés, il avait continué à bluffer, prenant à plusieurs reprises un ton menaçant et arrogant qui avait surpris l'Allemande. Celle-ci découvrait à nouveau une facette jusqu'alors inconnue de son supérieur hiérarchique, après celle du diplomate et du vétéran des opérations spéciales redouté par une grande partie de la Voie Lactée.

Lorsque Jackson prenait son air de supériorité, elle avait l'impression de voir un autre homme, qui pourtant restait l'archéologue qu'elle apprenait à connaître. Il n'y avait aucun doute dans son esprit que l'ancien membre fondateur de SG-1 avait caché cet aspect de sa personnalité, qui, s'il détonnait avec tout ce qu'elle savait de lui, n'était pas un simple rôle.

Et elle avait aussitôt décidé de ne jamais lui demander comment il en était venu à développer une telle facette de sa personnalité.

Mais elle avait de plus en plus peur, sachant qu'à un moment ou un autre, leur chance finirait par s'épuiser, un garde plus consciencieux ou moins sensible à ses chances de promotion que les autres les bloquerait et attendrait le temps nécessaire pour accéder aux bases de données. Et ils seraient forcés de recourir à la force, d'attaquer directement le cœur du Terminal. Elle-même n'aurait probablement pas le choix et aurait à tirer, tant pour se protéger elle-même que les autres. Que ceux qui lui faisaient confiance. Il lui faudrait tuer, à nouveau. Décider de la mort d'individus qu'elle ne connaissait pas, qui ne chercheraient qu'à protéger leur planète et leurs camarades, comme les soldats qui parcouraient les couloirs du SGC et d'Atlantis.

Victimes de la situation.

Anna soupira lentement, détournant le regard de l'une des caméras accrochées au plafond avant de ralentir le pas. Elle se laissa rattraper par les membres de l'équipe de reconnaissance jusqu'à être à la hauteur de l'Ascendante :
- J'ai besoin d'aide, murmura-t-elle en sachant que la femme aux cheveux clairs n'aurait pas le moindre souci pour l'entendre.
- Et… de quel genre ? répondit celle-ci avec un sourire aussi désarmant que terrifiant, le regard perçant sans effort la volonté d'Anna.
- Ca ne marchera jamais… On va s'entretuer, et tout ça pour rien. Qu'est-ce qu'on peut faire pour éviter ça ?
- Éviter quoi ?
- D'avoir à tuer des gardes quand ils se rendront forcément compte de qui on est. Quelqu'un va forcément reconnaitre le docteur Jackson, c'est une célébrité !
- On pourrait se rendre, proposa l'Ascendante d'un ton espiègle.
- S'il vous plait…
- Je peux essayer de voir ça… Mais, je te préviens, ça ne va pas forcément te plaire.
- Est-ce qu'on va encore devoir… devoir tuer ?
- Non, on ne tuera personne.
- Alors je vous suis, Urth.
- Excellent ! Reste avec moi, on va les laisser prendre un peu d'avance, dit-elle en désignant les deux militaires rattraper Jackson sans leur faire attention outre mesure.
- Pourquoi ?
- Oh, je ne sais pas, une idée comme ça… On va tourner à gauche, dit-elle en indiquant un croisement à quelques mètres devant elles qui embrayait sur un escalier.

Jackson ouvrit la porte de sécurité devant lui et s'arrêta un instant pour prendre ses repères dans l'énorme salle où il venait de déboucher. Son regard s'éclaira lorsque, à une vingtaine de mètres à sa gauche, au-delà d'une autre porte –transparente– se dressait l'anneau Ancien. Son inconscient remarqua aussitôt l'absence de personnel dans la pièce et il commença à s'inquiéter légèrement plus qu'à la seconde précédente. Il faisait prudemment quelques pas en avant, suivi par son groupe lorsque, obéissant soudain à son instinct, il se retourna et ne vit que deux des membres de SG-17, Anna et le lieutenant Ravenwing étant encore dans le couloir derrière.

Il n'eut pas le temps de leur dire de se presser qu'une voix, accompagnée de mouvements de tous les côtés, vint s'imposer à lui comme un problème bien plus urgent :
- Vous êtes encerclés ! Rendez-vous, docteur Jackson. Les mains sur la tête !
Sans bouger, il balaya rapidement l'ensemble de son champ de vision et vit qu'une dizaine de gardes avaient surgi de leurs cachettes et avaient pris position, les armes braquées dans sa direction, sur le réseau de passerelles dominant la salle. Face à la nouvelle situation, que sa longue expérience lui permit d'identifier professionnellement comme ce qu'O'Neill aurait techniquement appelé "une journée pourrie", il arriva rapidement à la conclusion d'une reddition sans geste brusque. L'esprit occupé, il ne remarqua pas les deux femmes prendre la tangente sous la forme d'un couloir latéral.

- Voilà ! commenta l'Ascendante tout en grimpant au pas de course l'escalier. Je crois que c'était pour ça qu'on devait aller par ici…
Anna ne répondit pas alors que, dans le couloir derrière elle, des ordres étaient hurlés par des gardes venant couper leur retraite. Ceux-ci manquèrent de peu les deux fuyardes qui s'éclipsèrent en prenant un autre croisement.


Quelques instants plus tard, Anna s'arrêta et vit Urth faire de même pour se retourner vers elle :
- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda-t-elle à l'Ascendante.
- Moins fort, murmura celle-ci en se rapprochant d'un carrefour. Le poste de contrôle de la Porte est juste derrière. Tu te souviens de l'adresse que t'as donnée Atlantis, non ?
- Euh, oui, répondit Anna sur le même ton tout en se rapprochant à pas de loup de Urth. Mais comment on va faire ? C'est sûrement gardé. Et puis le docteur Jackson…
- Pas un souci, se vit-elle répondre tandis que la femme aux cheveux clairs se plaçait sur le côté de la scientifique. Tu as toute ma confiance.
- Pardon ? fit Anna en étant soudain prise d'une inquiétude.

Sans dire un mot de plus, Urth se contenta de lui faire un clin d'œil avant de la pousser sans ménagement dans le prolongement du couloir, déséquilibrant Anna et la faisant se rattraper dans une parfaite absence de grâce ou d'élégance quelconque.

En pleine vue de la demi-douzaine de gardes en charge de la salle de contrôle.


- Excellente nouvelle, monsieur. Nous les avons arrêtés sans la moindre effusion de sang.
Ah le con ! continua à penser Johnson en suivant le Serrakin. Ah le triple con !
- Ne faites rien, dit-il. Ne vous approchez même pas d'eux, et ne tentez pas de négocier quoi que ce soit. Ce sont des experts au combat et ils ont l'un des diplomates les plus retors qui soient. Nous allons nous occuper de tout.
Bordel, Jackson, vous pouviez pas être un peu à la hauteur et éviter de vous faire piéger par un fonctionnaire à la manque ? Les autres vont tout comprendre s'ils vous interrogent. Merde, merde, merde, j'ai plus le choix, va falloir la jouer hard…
- Où est-ce qu'ils sont ? demanda-t-il.
- Juste à côté de la Porte, monsieur. On les a bloqués dans la zone de tri des bagages, à deux pas de là.
Il se retourna brièvement vers sa troupe :
- Déploiement standard, couvrez toute la zone, il a peut-être des renforts ou des agents sur place. On poursuit ce qui était prévu. Règles d'engagement Oscar-onze.

Il venait, par les deux derniers mots, de sceller la fin de la partie hébridane de sa longue carrière. Ses mercenaires allaient se mettre en position et se préparer à prendre le contrôle de la salle d'embarquement en un temps minimum.

Et avec une violence maximum.

Johnson serait sans nul doute persona non grata et l'un des individus les plus recherchés d'Hébrida après ce coup, mais cela serait aussi le cas s'il ne faisait rien. Il s'assura une fois de plus de la bonne charge de son arme, dont il allait se servir dans quelques minutes pour ouvrir un chemin vers la Porte, et continua de suivre le fonctionnaire fédéral, qui avait au moins eu le bon goût de ne pas contester l'autorité des représentants d'une Corporation.

Le système fédéral était un canular géant qui était à la fois son propre organisateur et sa propre victime. S'occupant des tâches d'intérêt général et de rentabilité minimale, le gouvernement officiel hébridan était bel et bien une démocratie. Une démocratie à la transparence et à l'accessibilité aussi exemplaire que son pouvoir réel était infime. Financé de miettes accordées par les Corporations, il offrait à celles-ci un artifice légal et diplomatique ô combien utile pour justifier des décisions désagréables sans subir de contraintes quelconques. Si le discours officiel témoignait d'un système planétaire uni sous l'égide de cette entité politique bienveillante, nul ne se faisait d'illusion sur la nature de celui-ci. Ainsi, nul ne s'étonnait de voir un haut responsable de la sécurité fédérale faire les courbettes appropriées face à un simple cadre intermédiaire, celui-ci appartenant à l'une des plus importantes entités économiques du système hébridan. L'homme sage (ou le serrakin, cela revenait au même dès qu'il était question du bon sens requis pour éviter les ennuis) n'irait pas chercher à contredire le représentant de ceux qui payaient de facto son confortable salaire.

Et Johnson n'hésitait pas un seul instant à jouer de l'aura que lui fournissait le poste officiel qu'il occupait en-dehors de ses activités "annexes", surtout lorsqu'il allait quitter définitivement cet emploi dans quelques minutes à peine.

Lorsqu'il arriva dans la large salle et vit la scène devant lui, il eut envie de soupirer, alors que Jackson était bel et bien encerclé, s'étant apparemment rendu avec son escorte. Il remarqua du coin de son esprit qu'il y avait bien moins de monde dans celle-ci qu'il ne s'y attendait, mais supposa que le reste du groupe devait être derrière l'un des nombreux piliers qui lui bloquaient la vue. Sans hésiter, il fit une série de gestes vers ses hommes, qui commencèrent à se déployer en arc de cercle sur la rambarde supérieure.

Un soldat ou un officier attentif aurait rapidement remarqué que les nouveaux arrivants étaient dans une position tout sauf idéale pour menacer le trio en contrebas, mais parfaitement placés pour prendre dans un feu croisé le personnel de sécurité dispersé dans la salle. Malheureusement pour ce personnel, les soldats étaient occupés à surveiller les dangereux intrus et l'officier en charge à préparer des réponses politiquement acceptables pour son homologue corporatif.

Johnson continua à se rapprocher de l'endroit où s'était immobilisés Jackson et son escorte. Escorte qui lui paraissait désormais particulièrement mince. Et où ne se trouvait pas la civile qu'ils avaient capturé plus tôt dans la journée.

Il n'eut pas le temps de poursuivre son raisonnement alors qu'une série d'évènements particulièrement imprévus vinrent se rajouter à une journée déjà peu ordinaire.


Anna était en hyperventilation, son corps commençant à peine à se remettre de la très brutale injection d'adrénaline qui avait marqué chacune de ses pensées et de ses actes après s'être rattrapée de justesse.
- Plus… plus… plus…
- Calme… lui répondit gentiment l'Ascendante en lui tendant un verre d'eau. Bois ça.
Anna, au milieu de sa demi-douzaine de trains de pensée simultanés, regardant avec méfiance le verre que Urth avait sorti d'elle-ne-savait-où. Au bout de quelques secondes, elle finit par porter celui-ci à sa bouche pour ne parvenir à rien d'autre qu'à s'étouffer. La scientifique toussa une bonne moitié du liquide par terre pour finir par relever la tête vers sa coéquipière du moment :
- Plus… plus jamais… ça.
- Ca quoi ? demanda Urth d'un air innocent.
- Tout ça ! hurla Anna en désignant d'un geste large la porte à moitié enfoncée, les gardes inconscients et les manches de sa propre veste auxquelles manquaient des lambeaux de tissu. C'est… c'est…
- Allez, tout va bien, fit-elle en se voulant rassurante.
- Non, tout ne va pas bien, répondit l'humaine. Tout ne va pas bien du tout ! Je n'avais pas parlé de ça, quand j'ai demandé un coup de main !
- Il fallait être plus précise, commenta Urth. Enfin, la voie est libre…
- Encore heureux, grommela Anna en reprenant difficilement le contrôle de sa respiration.

Avec un long soupir, elle entra dans la salle désertée par la paire de techniciens qui s'y étaient trouvés quelques minutes plus tôt. Ceux-ci allaient sans aucun doute donner l'alerte, limitant le temps qu'il restait à Anna pour agir, libérer ses coéquipiers et rejoindre la Porte. Une exploration rapide lui fit poser son regard sur un clavier différent de ses voisins, aux touches aisément reconnaissables pour quiconque avait utilisé un DHD. Localisant chacun des symboles du jeu de coordonnées fournies par l'I.A., elle s'apprêtait à entrer ceux-ci lorsqu'elle se retourna à l'appel de l'Ascendante :
- Ho, viens voir ça !
- Quoi encore ? demanda-t-elle avant de voir la scène qui était affichée sur l'un des écrans géants. Attendez une seconde, je le reconnais, lui… C'est lui qui avait commencé à m'interroger !
- Bingo.
- Qu'est-ce qu'il fait là ? demanda Anna.
- C'est pas à moi qu'il faut le demander, répondit Urth.
- Si vous le dites… Enfin, ça ne nous arrange pas vraiment. La route est toujours bloquée, entre ici et la Porte, commenta-t-elle. Est-ce que vous savez comment on pourrait faire diversion ?
- Hé, il faudrait penser à ne pas abuser… Je ne vais quand même pas tout faire à ta place, répondit l'Ascendante en s'appuyant sur une console.
- Évidemment… fit-elle en levant les yeux au plafond.

Son regard chercha machinalement les repères auxquels elle s'était habituée sur Terre et, au bout de quelques instants, elle se figea, un sourire venant lentement occuper son visage. Aussitôt, Anna se retourna et commença à parcourir les différentes commandes et tableaux présents sur les murs, cherchant un interrupteur précis.



Johnson était quelqu'un d'expérimenté. Il n'avait pas tout vu et, s'il le prétendait de temps en temps, était suffisamment intelligent pour ne pas faire l'erreur de le croire. En revanche, il s'avait s'adapter très rapidement à une nouvelle situation et éviter de se figer dans des a priori potentiellement mortels.

C'est pour cette raison qu'il fut l'un des premiers à réagir de façon réfléchie lorsque l'ensemble des systèmes d'arrosage anti-incendie s'activèrent sans préavis dans la salle d'embarquement, l'inondant avec tous ses occupants. Pas le premier, bien sûr, l'archéologue qu'il suivait à la trace ayant encore plus d'expérience que lui et ayant profité de la brève panique pour se mettre à couvert avec son escorte décidemment en sous-nombre. Il fut cependant assez rapide pour hurler un ordre bref et brandir son arme comme prévu dans la direction des agents de sécurité.

Ses propres troupes étaient bien moins habituées que lui aux situations de ce genre, mais avaient néanmoins un avantage considérable par rapport aux agents susnommés : elles étaient particulièrement bien entrainées. En conséquence, si la douzaine de mercenaires était probablement incapable de prendre une décision autonome à la vitesse de son chef, elle était en revanche entièrement à même d'obéir à un ordre de celui-ci. Et ce à une vitesse tout à fait honorable.

Pour cette raison et d'autres –comme le bruit caractéristique de l'activation d'une Porte des Etoiles– les agents fédéraux n'eurent aucune chance de résister à l'assaut surprise. Certes, tous ne furent pas tués sur le coup, mais suffisamment pour détruire toute cohérence d'une unité faiblement entrainée, qui venait de perdre son officier et l'ignorait encore (une ignorance aussi dommageable que la perte elle-même, sinon plus), qui était faiblement entrainée, attaquée par des troupes considérées l'instant d'avant comme autant d'alliées à traiter avec considération, et dont l'attention était focalisée sur le docteur Jackson et ses sbires sans aucun doute sinistres.

Anna, depuis la salle de commandement, eut besoin d'une paire de secondes pour refermer sa mâchoire figée dans son geste. Elle n'avait en effet pas entièrement prévu ce qui venait de se passer sur les écrans devant elle et dut prendre ces quelques instants pour se rappeler ce qu'elle devait faire. La scientifique ne put s'empêcher de déglutir, puis, s'emparant du micro, hurla :
- Allez-y, c'est les bonnes coordonnées ! On vous rejoint !

Elle se retourna lentement et fixa l'Ascendante, la foudroyant du regard :
- Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ?
- J'avais refusé qu'on tue qui que ce soit !
- Tu n'as tué personne, lui rappela Urth. Ce n'est pas ce que tu voulais, justement ?
- Ne vous fichez pas de moi ! fit Anna, commençant à crier. Vous saviez très bien ce qui allait se passer ! Vous les avez tués pour vos petits jeux !
Elle tourna brièvement la tête vers l'écran, faisant un geste du bras pour indiquer l'échange de tir où tombaient les agents de sécurité les uns après les autres. L'instant d'après, un mouvement attira son attention à la limite de son champ de vision et la scientifique commença à se retourner pour se figer brusquement lorsqu'elle vit le visage de l'Ascendante à quelques centimètres d'elle.

Celle-ci avait abandonné toute prétention, ses pieds ne touchant même plus le sol alors qu'elle avait repris l'apparence adoptée eue lors de leur première rencontre sur la Lune, son regard glacial imposait une terreur sourde à Anna. Celle-ci n'eut aucun mal à percevoir l'aura de puissance qui emplissait désormais la pièce, rappelant brusquement la réalité de l'être qui se tenait devant elle :
- Je crois que tu as oublié à qui tu t'adresses… fit l'Ascendante avec un calme froid et déterminé où perçait un infime rictus semblable à un sourire, laissant quelques instants parfaitement calculés pour laisser à l'humaine le temps de prendre parfaitement conscience de ce qui se passait. Ne crois pas un seul instant que j'ai à m'expliquer devant toi ou même que j'aie à tolérer tes petites colères. Il te manque quelques siècles de recul pour pouvoir te permettre ça… Je me fais bien comprendre ?
- O… Oui… bafouilla-t-elle, l'esprit à présent concentré sur une seule tâche critique.

Survivre à un danger infiniment supérieur à ce qu'elle avait jamais pu croiser au cours de sa vie.

- C'est très bien, fit Urth. Tout ce que tu as à savoir pour l'instant, c'est que j'ai mes raisons d'agir et que tu joues dans une partie aux enjeux un peu plus importants que quelques morts. Tu as accepté de devenir une joueuse. Assumes-en les conséquences.
Anna, n'osant pas dire un mot, se contenta d'acquiescer lentement.
- Voilà ! continua-t-elle en reprenant sans avertissement son sourire jovial, qui, aussi près du visage d'Anna, ne cessait pas de la terrifier. Tu sais, je crois bien qu'un de ces jours, on pourrait devenir copines, toi et moi…

Urth s'éloigna brusquement de la femme devant elle, reprenant l'apparence du lieutenant Ravenwing avant de donner une tape sur l'épaule d'Anna, la faisant sursauter de frayeur :
- Allez, on doit rattraper le bon docteur !



Jackson ne se fit pas prier lorsqu'il entendit la voix d'Anna surgir des haut-parleurs, et fit signe aux deux militaires qui l'accompagnaient de le suivre. Faisant un bref écart pour ramasser leurs armes, les trois Terriens filèrent en direction du vortex alors qu'au-dessus deux, les échanges de tirs se poursuivaient. Même si nul ne faisant apparemment attention à eux, ils prirent soin de rester autant que possible à couvert, voyant des tirs perdus faire sauter des pans du sol et des murs à leur niveau.

S'arrêtant plusieurs fois pour se mettre à couvert, le trio parvint finalement à destination et Jackson, laissant passer son escorte devant lui, attendit quelques instants devant l'horizon des évènements. Il engloba du regard toute la scène, puis, voyant les deux femmes émerger d'une porte et commencer à courir vers lui, il leur fit signe de venir avant de lui-même franchir l'étendue à l'apparence aquatique.


Alors que les derniers survivants des forces de sécurité tombaient ou se repliaient face la coordination et la puissance de feu de ses propres troupes, Johnson prit un instant pour regarder en direction de la Porte, voyant les deux femmes franchir à leur tour la Porte vers une direction pour l'instant inconnue :
- Dès qu'on est tranquille, dit-il à son second, tu prends deux hommes avec toi et tu vas sécuriser la salle de contrôle. Je veux l'adresse où ils sont partis, et je veux qu'on soit les seuls à la connaître, c'est compris ?
- D'accord. On fait griller les ordinateurs après ?
- Oui, faut qu'ils puissent rien faire de leur Porte pendant une bonne semaine quand on sera partis.


Le vortex se désactiva une trentaine de secondes après le passage des deux fuyardes, et le groupe abaissa enfin les armes pointées en direction de l'anneau.

- On s'éloigne, dit l'archéologue. Qui que ce soit qui gagne là-bas, on va avoir du monde à nos trousses.
Les autres acquiescèrent et se mirent à suivre Jackson qui prit la direction d'un couvert boisé avant de tourner la tête vers Anna, qui arborait un visage troublé :
- Au passage, bravo.
- Pardon ? fit-elle, surprise.
- La diversion, les renforts, c'était assez impressionnant.
- Je… je n'avais pas prévu tout ça, vous savez…
- Je l'espère bien, Anna. Et encore, c'était à peu près votre idée à la base, je crois… "Se servir des mercenaires pour nous ouvrir un chemin", je me trompe ?
- Mais… ils ont attaqué directement des gardes hébridans. Et ils nous ont laissé filer comme ça… Parce qu'ils nous ont laissés partir, hein ?
- Oui, je n'ai aucun doute là-dessus. Ils voulaient nous aider à venir ici. Donc, ils savent quelque chose que j'ignore… On veut nous piéger, mais je ne sais pas où est le piège. Vous jouez un jeu dangereux, vous le savez…
- De quoi est-ce que vous parlez ?
- Ne me prenez pas pour plus bête que je ne le suis, Anna, soupira l'archéologue en levant les yeux au ciel. Vous êtes intelligente, et coincée entre le marteau et l'enclume. Donc, vous êtes forcée de mener votre propre jeu, et je ne peux pas vous en vouloir, votre situation est tendue. Vous menez le vôtre, je mène le mien, tout comme Atlantis et ceux qui ont commandité l'attaque… Et je serais très étonné que la liste s'arrête là, fit-il en jetant un bref regard vers l'un des membres du trio de militaires. Enfin… pensez à ce que je vous ai dit en arrivant au Terminal. Si Atlantis vous laisse tranquille, je crois que vous vous plairez dans une équipe SG.
- Je crois que j'ai eu assez d'émotions pour le reste de ma vie, là, docteur Jackson, répondit Anna en s'efforçant de cacher le tremblement de ses mains alors que son corps réalisait à présent dans quelle situation il avait été quelques minutes plus tôt.
- A vous de voir. Mais vu ce qui nous est tombé dessus jusqu'à maintenant, je crois que c'est loin d'être fini.
- Je sais, je sais… soupira-t-elle.



L'espion jura silencieusement en voyant le contenu du message. Cette transmission était la raison-même de sa présence au SGC, un travail d'infiltration de plusieurs années. Les communications avec ses supérieurs étaient restées rarissimes pour préserver sa couverture, ne se multipliant qu'au cours des dernières semaines, l'avertissant de l'imminence de son action. La date avait même été fixée.

A plus d'une dizaine de jours de là, alors que le nouvel ordre stipulait une action immédiate.

Il jura à nouveau, son tour de quart n'arrivant que dans quelques heures. Instinctivement, le sous-officier toucha le support de stockage qui n'avait jamais quitté la doublure de ses vêtements depuis qu'il avait pu récupérer son précieux contenu. Il n'aurait qu'à attirer l'attention ailleurs d'une quelconque façon, et sa tâche pourrait être accomplie.



La jeune femme était restée immobile, oubliant de respirer alors même qu'elle réfléchissait, pesait les récents évènements. Le regard perdu dans le plafond immaculé de sa cabine, séparée d'une dizaine de mètres à peine du vide intergalactique, Shanti se leva finalement pour aller s'asseoir à son bureau.

- Atlantis ? demanda-t-elle faiblement.
- Oui, lieutenant Bhosle, répondit aussitôt la voix désincarnée.
- On n'a pas le choix, hein ?
- De quoi parlez-vous, lieutenant ? Il y a de nombreuses choses pour lesquelles vous avez un choix, d'autres pour lesquelles vous n'en avez pas, et encore, je suppose ici que vous ne vous êtes pas soudain prise d'une envie de philosophie abstraite.
- Votre plan, diriger la Voie Lactée en douce.
- Pas diriger, mais plutôt aiguiller. Vous ne prendrez pas de décision directe, ce serait contre-productif.
- Oui, mais pour ça, on n'a vraiment pas le choix ? Je veux dire, il doit sûrement y avoir d'autres plans que ça qui peuvent marcher, non ?
- Il y en a, lieutenant, mais aucun d'aussi sécurisé. Sans une structure, individuelle ou collective, capable d'organiser une stratégie globale, les efforts de votre galaxie ne seront probablement pas en mesure de parvenir au résultat recherché. Ou, pour faire plus simple : le jour où les Oris découvriront la survie d'espèces conscientes dans la Voie Lactée, ils n'y trouveront aucune opposition notable pour bloquer leurs plans de conquête ou d'extermination.
- Mais vous ne pouvez pas vous en charger, vous ?
- Non, en premier lieu à cause de mes limitations éthiques imposées. Il y a d'autres raisons techniques et sociales à cela, mais je doute que vous apprécieriez un exposé conséquent dessus. En revanche, en vous plaçant dans cette position, je joue très clairement sur une constante dans votre galaxie. La même que les Oris auraient sans aucun doute utilisé pour la diviser et la conquérir.
- Laquelle ?
- La religion, lieutenant Bhosle.

Elle se figea, son regard se durcissant aussitôt.

- Comment ça ? demanda-t-elle après quelques instants de silence.
- Souvenez-vous de la réaction qu'a eu ce jaffa lorsque vous avez rencontré le docteur Jackson. La terreur qu'il a ressenti en reconnaissant celle qu'il avait vu sur Dakara était presqu'identique à ce que j'ai pu observer très longuement dans certaines structures religieuses. Et ici, nous parlons d'une galaxie où les Goa'uld ont laissé une emprunte indélébile dans les cœurs et les esprits.
- Qu'est-ce que vous attendez de moi ? Que j'impose vos objectifs par la terreur ?
- Non, lieutenant, bien sûr que non. Ce serait particulièrement improductif. En revanche, que vous le vouliez ou non, une partie de la population vous considérera, du simple fait de votre longévité et de vos capacités, comme une entité de nature divine. Cela vous donnera une influence particulièrement utile pour préparer un mouvement visant à s'opposer à une autre religion. Et je doute fortement que vous vous mettiez à croire vos propres légendes, lieutenant, surtout vu votre propre passé.
- Fonder une religion… vous voulez que je crée une religion pour en éliminer une autre !
- Non plus. Vous n'allez rien créer, lieutenant. Vous allez juste être. A partir de ce moment-là, les choses se feront naturellement, et vous comblerez par votre propre existence un vide que la Nation Jaffa, la Terre et les autres puissances ignoreraient ou exploiteraient. Il serait stupide de ma part de faire de même, donc je compte éviter cette faute. Un mouvement religieux apparaitra forcément dans cette galaxie, et c'est quelque chose qu'il ne faut pas laisser au hasard. En faisant de vous ce que vous êtes devenue, j'offre quelqu'un qui n'est pas d'apparence aussi divine que pourraient l'être les agents des Oris, voire ceux-ci eux-mêmes, avec tous les risques que cela engendre, mais paraissant suffisamment étranger aux règles de la nature pour concentrer ces forces vives. A vous de voir comment vous les utiliserez, lieutenant. Vous pouvez les ignorer, les canaliser de façon inoffensive ou bien vous en servir le moment venu, qu'importe. Vous aurez suffisamment longtemps pour décider.
- On ne peut vraiment pas y échapper ?
- Non.
- …
- Vous en ai-je dit assez pour vous permettre de finaliser votre décision ?
- Pas vraiment, admit-elle. Mais… ah, je vais sortir le pire argument qui soit, mais c'est un peu ça… Si je ne le fais pas, vous prendrez quelqu'un d'autre.
- Non.
- Pardon ?
- Je ne peux plus changer ce qui va se passer avec Hagalaz, lieutenant. Si elle n'est pas neutralisée, aucun de mes plans n'aura plus la moindre importance, et, en revanche, celui ou celle qui réussira à révéler exactement ce qu'elle est aura un poids considérable envers ses… protégés. Et sans leur aide, une guerre avec les Oris serait très probablement vouée à l'échec. Donc je suis coincée avec vous. Si je décide de vous lâcher, il n'y aura personne d'autre dans une position aussi avantageuse.
- Une faiblesse de votre plan, hein ?
- Vous pouvez dire considérer ça de cette façon, lieutenant Bhosle. Mais, sachez que ce que je vous ai décrit n'est rien de plus que ma vision de la solution la plus sûre. Vous pourrez tenter votre chance, mais vous jouerez alors avec plusieurs galaxies.
- Je vois…
- J'en suis heureuse.
- Tant mieux. Pour ce qui est de la décision là-dessus, je vais vous faire encore plus plaisir et être un peu logique : ça ne changera rien ce que je choisis si on se plante avec Hagalaz. Donc, pas besoin de décider avant, si ?
- … Réfléchissez-y dès que possible, lieutenant Bhosle. Je ne saurais que trop vous le suggérer.
- J'y penserai.




- Bonjour, que puis-je pour vous ? demanda le sous-officier derrière son bureau en voyant la civile arriver devant lui.
- Bonjour, je voudrais le dossier d'enquête du lieutenant Banet. Carl.
- Désolé madame, mais ces dossiers sont confidentiels.
- Je suis avec le CID, dit-elle en présentant un badge d'accès.
- Oh. Excusez-moi, madame, fit-il après avoir passé le badge dans un lecteur près de son ordinateur. Tout semble effectivement en règle. Préférez-vous une copie papier ou une version numérique ?
- Papier, sergent. Considérez que je suis de la vieille école, répondit-elle avec un sourire désarmant.
- Entendu, madame. Si vous pouvez juste attendre quelques minutes, je vais imprimer ça.
- Pas de souci.


Une dizaine de minutes plus tard, Cassandra Frasier quittait la section du Pentagone allouée au Programme, rangeant les feuilles dans sa sacoche. Elle jeta un dernier coup d'œil à la carte qu'elle avait présenté et se demanda brièvement si quelqu'un d'autre que ses quelques amis s'était rendu compte un jour de l'étrange profil qu'elle offrait. Du moins, que les informations officielles indiquaient. Appartenant officiellement à la quasi-totalité des organismes du Programme ayant rapport de près ou de loin à des documents confidentiels, elle n'y avait pourtant jamais travaillé si ce n'est pour mieux se rapprocher de ses objectifs du moment.

On disait qu'elle avait un don pour trouver ce qui ne la regardait pas, et ce on était, au moins pour elle, totalement dans le vrai. Au fil des ans, l'une des premières réfugiées non-Terriennes avait trouvé et exploité une niche bien particulière apparue avec les transitions majeures du Programme.

Celui-ci, passant d'une structure approximativement militaire relativement souple à un colosse administratif et politique, avait menacé de laisser sur le bas-côté certains éléments humains manquant des connexions et des réflexes pour prospérer dans la nouvelle jungle. Jeune adulte, elle avait instinctivement continué à faire ce qu'elle faisait toujours : écouter et observer pour aider sa mère adoptive et le reste de l'étrange famille que formait SG-1.

Aidée ça et là par l'ancienne équipe, elle continuait à surveiller le système de l'intérieur, donnant aux anciens du Programme une vision plus rapprochée et surtout beaucoup plus fiable de ses rouages internes.


Une fois sortie du titanesque bâtiment, Cassandra prit place dans le monorail reliant celui-ci au reste de Washington, s'asseyant instinctivement dans l'angle mort des caméras de surveillance. Là, la jeune femme commença à parcourir le dossier, lisant en diagonale ses pages jusqu'à arriver aux évènements qui avaient inquiété Cameron.

C'est clair, ça ne ressemble pas au dossier d'un super-espion… Enfin, en même temps, il n'y a par définition pas de dossier-type pour les super-espions. Mais c'est déjà un début. Maintenant, au tour de la Task Force 8492… pensa-t-elle en sortant de sa sacoche l'autre document obtenu au Pentagone, cette fois-ci bien plus petit.

Malgré le niveau d'accréditation qu'elle avait pu officiellement présenter, la jeune femme n'avait rien pu obtenir de plus qu'une simple fiche de renseignements très vagues et généraux sur l'unité. Rien de ce qui était indiqué ne lui apprenait plus que ce qu'elle avait pu déduire du message de Cameron, la TF 8492 étant bien une force d'opérations spéciales particulièrement cloisonnée.

Ayant elle-même vécu presque toute sa vie dans l'un de ces groupes, elle ne s'offusqua pas du niveau de confidentialité, laissant plutôt un sourire transparaitre sur son visage à la nouvelle d'un travail intéressant. L'instant d'après, elle sortit de sa poche son téléphone principal pour envoyer un message à son petit ami du moment.

Elle rentrerait tard ce soir. Si elle renterait tout court.






@ brian : ah, je vois que quelqu'un apprécie les bons titres :-D



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Un grand classique pour moi. J'y ai passé des dizaines d'heures. Faudra que j'avance dans ta fic. J'ai pas trop le temps et j'en ai déjà d'autres sur le feu, mais je tenterais de me trouver un moment de libre pour regarder les 2 premiers tomes.



"Sais-tu que Flaubert voulait écrire un roman sur le néant? S'il t'avait connue, on aurait eu un grand livre. Quel dommage."
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XD : bon, bah spoiler à rebours pour toi, donc.

Pour ceux et celles qui ne voient pas de quoi nous parlons, il s'agit d'une référence à l'excellent jeu Ace Combat 5 : Squadron Leader (ou The Unsung War ailleurs qu'en France), que je recommande à tous les fans d'aviation qui veulent voir une excellente narration au sein d'un jeu de pilotage.



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