Ba'al

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Ba'al
Mythologie
Cananéenne / Phénicienne
Nom
Ba'al
Autres noms
Ba'al, Ba'alat, Ba'alah, Bel, Belus
Fonctions principales
Dieu de la foudre, de l'orage et de la fertilité
Fonctions secondaires
Démon biblique
Représentation
Homme tenant un éclair dans sa main
Région de culte
Phénicie, Carthage

Présentation

Baal, désigné également sous les noms de Ba'alah ou Belus, est le nom générique sémitique signifiant « maître » ou « seigneur », et est couramment employé pour désigner plusieurs divinités occidentales. Il s'applique à diverses divinités climatiques locales, habituellement nommées d'après la montagne censée leur servir de refuge.

Néanmoins, le nom de Baal fait généralement référence au dieu de l'orage, de la foudre et de la fertilité dans la mythologie cananéenne, et phénicienne. Le dieu Baal cité dans les textes ougaritiques peut être assimilé à l'ancienne divinité syrienne Hadad, le dieu de la végétation et de l'orage, également appelée Baal-Saphon.

Dans les mythes cananéens, Baal doit combattre Yam, dieu de la mer, préféré du dieu suprême El. Sa victoire lui assure la suprématie sur Yam et El, mais sa souveraineté est contestée par Mot, dieu de la mort et de l'au-delà. Après la mort de Baal, toute vie disparaît sur Terre. La déesse Anat retrouve alors son corps et le ramène à la vie.

D'autres mythes relatent le combat de Baal contre les eaux déchaînées des océans et les chaleurs dévastatrices de l'été. Bien qu'il soit régulièrement vaincu par ses ennemis, il se lève à nouveau contre eux selon un rythme cyclique et se manifeste par des orages riches d'éclairs et de tonnerre qui annoncent l'automne.

En tant que dieu de la fertilité et du renouveau, Baal prend souvent la traits d'un taureau, symbole de vitalité et de vigueur sexuelle, et est invariablement accompagné d'une divinité féminine (Anat, Astarté, Ishtar, Tanit), même s'il est hermaphrodite. Des festivités annuelles étaient organisées en l'honneur de Baal et de son union avec Anat.

A noter que Baal fut assimilé en Égypte, sous les dynasties des Ramsès, à Seth et Montou, dans la mythologie égyptienne.

Histoire

Origine et évolution du dieu Baal

Dieu vénéré dans de nombreuses anciennes communautés du Moyen et Proche-Orient comme une divinité locale, Baal, en tant que nom commun sémitique, signifie « propriétaire », « maître », « seigneur » ou encore « époux ». En effet, les écritures hébraïques parlent souvent du Baal d'un lieu donné ou se réfèrent aux Baalim au pluriel, suggérant l'évidence des divinités locales, ou « seigneurs », de divers endroits. On ne sait pas dans quelle mesure les Cananéens considéraient ces différents Baalim comme identiques, mais le Baal d'Ugarit ne semble pas avoir limité ses activités à une seule ville, et sans doute d'autres communautés ont accepté de lui donner une portée cosmique.

Cependant, une telle fluidité dans l'emploi du terme « Baal » ne l'empêchait pas d'être attachée à un dieu de caractère distinct. En tant que tel, Baal désignait le dieu universel de la fertilité, et à ce titre, son titre était « prince, seigneur de la Terre ». Il était aussi appelé le « seigneur de la pluie et de la rosée », les deux formes d'humidité qui étaient indispensables pour un sol fertile à Canaan. En ougaritique et en hébreu, l'épithète de Baal en tant que dieu de la tempête était « celui qui monte sur les nuages ». En effet, Baal est devenu l'appellation punique de nombreux dieux d'origine sémite dont le culte a été célébré depuis le IIIème millénaire avant J. C. jusqu'à l'époque romaine.

Stèle de Baal au foudre, XVe-XIIIe siècle, trouvée à Ras Shamra (Ougarit),musée du Louvre.

Ainsi, on retrouve plusieurs divinités portant le titre de Baal, accompagnée d'un qualificatif qui révèle quel aspect est adoré : Baal Marcodés, dieu des danses sacrées ; Baal Shamen, dieu du ciel ; Baal Bek, le Baal solaire ; et surtout, Baal Hammon, le terrible dieu des Carthaginois. De plus, on peut également citer Baal-Zebub, qui a donné plus tard le nom de Belzébuth, l'un des noms du Diable dans la religion chrétienne. Ainsi, chaque région avait son dieu Baal local. Son nom - le maître ou l'époux - se retrouve partout dans le Moyen-Orient, depuis les zones peuplées par les sémites jusqu'aux colonies phéniciennes, dont Carthage, et il est invariablement accompagné d'une divinité féminine (Astarté, Ishtar, Tanit).

La connaissance de la personnalité et des fonctions de Baal provient principalement d'un certain nombre de tablettes découvertes à partir de 1929 à Ugarit (Ras Shamra moderne), dans le nord de la Syrie, et remontant au milieu du IIe millénaire av. Les tablettes, bien que étroitement attachées au culte de Baal à son temple local, représentent probablement la croyance cananéenne en général. La fécondité était envisagée en termes de cycles de sept ans.

Baal et la religion hébraïque

Pour ces premiers Hébreux, « Baal » désignait le seigneur d'Israël, tout comme « Baal » plus au nord désignait le seigneur du Liban ou d'Ugarit. Ce qui fit du nom de Baal l'anathème des Israélites était le programme de Jézabel, au IXe siècle avant notre ère, pour introduire en Israël son culte phénicien de Baal en opposition au culte officiel de Yahweh (I Rois 18). À l'époque du prophète Osée (milieu du VIIIe siècle avant notre ère), l'antagonisme au baalisme était si fort que l'emploi du terme Baal fut souvent remplacé par le boshet méprisant (« hont e»); dans les noms propres composés, par exemple, Ishbosheth a remplacé le précédent Ishbaal.

Dans les étapes formatrices de l'histoire d'Israël, la présence des noms de Baal ne signifiait pas nécessairement l'apostasie ou même le syncrétisme. Le juge Gideon s'appelait aussi Jerubbaal (Juges 6:32), et le roi Saul avait un fils nommé Ishbaal (I Chroniques 8:33). Les textes bibliques témoignent de la lutte acharnée qui prend place à partir du IXème siècle contre la vénération des divinités qu'incarne Baal qui concurrencent Yahvé, divinité d'Israël en voie de monothéisation (Quand Élie fait égorger près de 1000 prêtres de Baal & Astarté, Livre des Rois, 1/18). On le décrit comme le culte du veau d'or dans le livre d'Osée.

Sacrifices d'enfants au nom du dieu Ba'al, ou de Moloch.

Dans la Bible, il n'a aucune identité précise, mais rassemble toutes les divinités qui pourraient détourner le peuple de Dieu du droit chemin. C'est pourquoi dans le livre des juges chaque histoire commence par : « Le peuple de Dieu se détourna du Seigneur et adora les Baals et les Astartés. » De la même façon, Astartés rassemble les divinités se référant à Ishtar, la déesse de Babylone. Paradoxalement, certains passages bibliques attribuent à Dieu des spécificités baaliques : à l'instar de Baal, Dieu habite sur une montagne, amène la pluie, la fertilité et les récoltes ou est qualifié de « chevaucheur des nuées ».

Selon la Bible, des prostitués, mâles et femelles, servaient sexuellement sur les hauts lieux et certains passage bibliques rapportent parmi les rituels chaldéens des sacrifices enfants pour obtenir les faveurs de la divinité, dans le livre de Jérémie (19:5 ) : « Ils ont bâti des hauts lieux à Baal, pour brûler leurs enfants au feu en holocaustes à Baal : ce que je n'avais ni ordonné ni prescrit, ce qui ne m'était point venu à la pensée ». Néanmoins, les liens entre de tels sacrifices et les cultes de Baal ne sont pas nombreux dans les textes bibliques et les sources extra-bibliques ne sont pas probantes sur de tels liens.

Le dieu Baal dans la mythologie cananéenne

Dans la mythologie de Canaan, Baal, le dieu de la vie et de la fertilité, s'est enfermé dans un combat mortel avec Mot, le dieu de la mort et de la stérilité. Si Baal triomphait, un cycle de fécondité de sept ans s'ensuivrait; mais, s'il était vaincu par Mot, sept années de sécheresse et de famine s'ensuivraient. Les textes ougaritiques parlent d'autres aspects de la fertilité de Baal, tels que ses relations avec Anath, son épouse et sa sœur, et aussi le fait qu'il ait engendré un taureau divin d'une génisse. Tout cela faisait partie de son rôle de fertilité, qui, une fois rempli, signifiait une abondance de récoltes et de fertilité pour les animaux et l'humanité. Mais Baal n'était pas exclusivement un dieu de la fertilité. Il était aussi le roi des dieux, et, pour atteindre cette position, il a été dépeint comme saisissant la royauté divine de Yam, le dieu de la mer.

Baal brandissant la foudre. Statuette trouvée à Minet el Beida, le port d'Ougarit, Phénicie (Syrie actuelle).

Les mythes parlent aussi de la lutte de Baal pour obtenir un palais comparable en grandeur à ceux des autres dieux. Baal persuada Asherah d'intercéder auprès de son mari El, le chef du panthéon, pour autoriser la construction d'un palais. Le dieu des arts et métiers, Kothar, a ensuite procédé à la construction du plus beau des palais pour Baal qui s'étendent sur une superficie de 4 000 hectares. Le mythe peut se référer en partie à la construction du propre temple de Baal dans la ville d'Ugarit. Près du temple de Baal était celui de Dagon, donné dans les tablettes comme le père de Baal. Le culte de Baal était populaire en Egypte depuis le Nouvel Empire plus tard vers 1400 avant sa fin (1075 avant J.C.). Grâce à l'influence des Araméens, qui ont emprunté la prononciation babylonienne Bel, le dieu est finalement devenu connu comme le Belos grec, identifié avec Zeus.

Mythe du combat entre Baal et Mot

Ce mythe raconte qu'après avoir vaincu Yam, le dieu de la mer, Baal devint le roi des dieux et s'empara de nombreuses villes. Il annonça alors qu'il ne reconnaissait plus l'autorité de Mot, le dieu de la mort, et le bannit dans le désert. Furieux, Mot provoqua la mort de Baal en l'invitant à partager un repas avec lui. Lors du voyage de Baal vers la demeure de Mot, les autres dieux mirent des vêtements funéraires et pleurèrent sa disparition.

A la mort de Baal, le dieu de l'irrigation, Athtar, monta sur son trône, mais Anat, la sœur et épouse de Baal, ramena le corps de ce dernier avec elle et supplia Mot de redonner la vie à son bien-aimé, en vain. Anat attaqua alors sauvagement Mot, ce dernier ayant la forme d'un serpent, et le déchiqueta, puis répandit ses restes à travers champs et déserts. A la vue du corps éparpillé de Mot, le dieu El, en deuil de son fils, ressuscita Baal qui remonta sur son trône, alors qu'Athtar s'enfuyait.

Panthéon de la mythologie cananéenne

Après sept longues années, Mot ressuscita lui aussi, et complota une nouvelle attaque contre Baal. Mais cette fois, Baal bénéficiait du soutien de tous les autres dieux du panthéon, y compris El, le dieu suprême. Grâce à eux, Mot ne gagna pas le combat, mais Baal non plus. Ainsi, les deux divinités continuèrent à se battre pour obtenir la souveraineté, mais sans jamais parvenir à désigner de vainqueur.

Le culte de Baal

Au Moyen-Orient, plusieurs grands temples étaient dédiés à Baal, et une célébration annuelle avait lieu en son honneur. Ces rituels étaient consacrés à la mort et à la résurrection liées au thème de la fertilité. Des prêtres brûlaient de l'encens, chantaient et dansaient en se taillant avec des couteaux. Ils pensaient que ces souffrances inspireraient de la compassion à leur dieu. Lors des cérémonies, la prostitution sacrée était parfois présente, et on pratiquait même des sacrifices humains.

A l'instar de nombreuses divinités locales, Baal a succombé à l'avènement du christianisme et de l'Islam en Europe et au Moyen-Orient. Dépeint par la Bible comme un ange déchu de Satan, il a été rejeté dans les régions converties au christianisme. Il a cependant marqué l'histoire comme un dieu important et révéré à son époque, dans des cultures différentes et sur une large zone géographique.